Un mot pour toi

brigitte--2

Ma Dgi,

Hier Joel est venu tondre l'herbe. Je lui ai annoncé ton suicide, il m'a dit "c'est con ça" en baissant la tête. Dejà il y a trois semaines, je lui avais appris que tu n'habitais plus ici et il m'avait répondu, toujours en baissant la tête, "c'est des choses qui arrivent".

Nous sommes comme ça les normands, des taiseux. Mais après la tonte, il a vite filé chez Roger et Janine qui ont prévenu l'autre Janine. Et ce matin, alors que j'avais enfin trouvé un peu de courage pour faire le ménage, ils ont sonné, j'ai ouvert, ils étaient là tous les trois, l'homme devant et les deux toutes petites bonnes femmes derrière.

Ils sont venus avec leur être de nonagénaire, leur dos vouté, leurs fatigues et leurs rhumatismes.

Nous nous sommes étreints. J'ai eu du mal à le faire asseoir. "Mais non on veut pas vous déranger". Imagine les, tous les trois assis en face de moi sur la canapé, elles, avec leur parfum de poudre et lui, avec sa sueur de jardinier et ses mains calleuses. Ils étaient là avec leurs mots gentils, leur étonnement, leur incompréhension et surtout la simplicité de leur chaleur.

Je leur ai raconté (un petit peu) ce qui s'est passé. Roger était silencieux, choqué. Ils sont "de la vieille terre", ils en ont vécu des jours de difficultés, de douleurs et de deuil mais ils étaient là simplement parce qu'ils sont nos voisins et qu'ils les aimaient bien "les filles" comme ils nous appelaient.

Et malgré leur âge et leurs incapacités, ils viendront lundi à la cérémonie et je suis certaine que Roger choisira les plus belles fleurs de son jardin pour toi.

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