Con (mais finement!)

arthur-roubignolle

Con (mais finement!)


Voilà, confiné depuis trois jours déjà, et respectant scrupuleusement les consignes du gouvernement (pour une fois!), je ne vois plus personne, de toute façon je n'ai jamais été très proche des gens...

Je sors quand même pour me ravitailler avec mon arc et mes flèches, et avec un mètre-ruban aussi, pour vérifier la distance de sécurité. Si quelqu'un dépasse la limite d'un mètre je l'abat froidement, c'est de la légitime défense !


Personnellement je n'ai pas attendue cette pandémie (de pain!) pour respecter cette distance de sécurité. Ça fait longtemps que je ne m'approche plus de personne à moins d'un mètre. La dernière fois que je me suis approché de quelqu'un en dessous de cette distance on a même fait l'amour, ensemble c'est vous dire si on était proches, mais quand elle est partie, ce fut dur, d'autant plus que je lui avait prêté un bouquin de Faulkner qu'elle ne m'a jamais rendu...


J'ai cessé aussi tout contact avec ma meilleure copine, celle qui me confie tout et que j'écoutes patiemment pendant des heures mais qui postillonne beaucoup. On ne se voit plus mais on se téléphone, je l'entends toujours postillonner, mais au bout du fil et c'est moins dangereux...


Moi, le confinement, ça ne me change pas beaucoup, j'ai été sous-marinier dans la Royale, missions de quinze jours sous l'eau, totalement confiné, silence total, sous-marin nucléaire oblige (On espionnait les russes qui espionnaient les Danois...).


De toute façon, je suis casanier de nature, un vrai pantouflard. Pour me faire sortir de ma tanière il faut vraiment des catastrophes graves, comme par exemple la sortie du dernier album de Kenjirac...

Je suis un homme d'intérieur, mais j'adore lire des bouquins d'aventures. Récemment j'ai relu un bouquin de Paul Emile Victor qui raconte ses expéditions sur la banquise. Confortablement installé dans un fauteuil, bien au chaud j'ai trouvé ce récit passionnant (bien que je trouve ça assez dingue d'aller se peler le jonc dans ces régions désolées alors qu'on est bien mieux chez soi. Mais bon, j'ai toujours soupçonner les aventuriers de vouloir épater la galerie... D'ailleurs moi aussi j'ai failli devenir aventurier et seul un panaris persistant m'en a empêcher à l'époque...


Bon, l'ennui c'est que je ne trouve plus de gel hydro-alcoolique, les gens ont fait des stocks pour au moins vingt ans, de quoi résister à 3 épidémies de peste et cinq de choléra... Pareil pour le PQ, plus un seul rouleau dans les supermarchés, (à croire que les français passent leur temps à chier dans ce pays !). Mais non, en fait, le français est prévoyant, il craint la rupture de stock comme en 40, alors du coup il fait des réserves, provoquant par la même, la rupture de stock qu'il redoutait tant...).


Pour le gel ce n'est pas grave. Il faut savoir que dans le gel hydro-alcoolique, le principe anti-virus ne réside pas dans l'eau mais dans l'alcool. L'eau n'est là que pour vendre de la flotte à prix d'or. Je m'en fiche qu'il n'y ait plus de gel car j'ai de bonnes réserves d'alcool. Avec ces réserves je peux me désinfecter longtemps, mais pas les mains vous êtes fous  vous! Je ne vais pas gâcher de l'excellent cognac millésimé à me le foutre sur les paluches! Non, moi c'est direct dans la gorge, faut penser aussi à se désinfecter la gorge...


Pour m'occuper chez moi je sors de temps en temps sur mon balcon et je jette des boulettes de pain ou de l'eau sur la tête des passants, et vite, avant qu'ils ne relèvent la tête vers le cinquième étage, je me planque. C'est très amusant. (PS : ne faits pas ça si vous habitez au RDC vous risquez des ennuis...).


J'écoutes beaucoup la radio, j'ai entendu Edouard Philippe interdire l'ouverture des commerces, des lieux publics sauf les « lieux de culte ». Pourquoi cette exception ? Est-ce que l'eau bénite protège du conardo, pardon coronavirus ?


J'admire le dévouement et le courage des personnels de santé. Plus particulièrement celui de la maison de retraite des « Bleuets », où ma mère sévit, (tel un virus). L'héroïsme de ces soignants me stupéfie, ils doivent faire face à ma mère et maintenant au virus en même temps. Heureusement qu'ils ignorent qu'ils ont plus de chance de mourir à cause de ma mère que par le virus...

(Au fait, maman Roubi se porte bien, je me demande d'ailleurs ce qui pourrait avoir raison d'elle un jour. La mort peut-être ? Mais ce n'est pas sur... Un retour des bolcheviques en Russie certainement (Les Roubignolwsky sont en effets d'indécrottables russes blancs tsaristes, aucune évolution depuis 1919!).


Pour m'occuper chez moi je fais aussi d'interminables parties de billard, je travaille mes amortis, j'améliore mes allongements. Oui, j'ai un billard chez moi, je sais c'est luxe, mais par contre je n'ai pas de télé. Il y a longtemps que je n'ai plus cet engin d'abrutissement du peuple chez moi.


Pour me distraire aussi de ces longues journées de confinement j'espionne aussi ma voisine par le judas de ma porte. Je guette le moment ou elle sort sur son palier en nuisette pour mettre sa poubelle dehors. C'est assez furtif comme instant mais ça vaut le coup de rester ¾ d'heure au judas pour guetter sa sortie.


Voilà, à part ça, je m'emmerde quand même parce que mon poisson rouge vient de mourir. C'était mon fidèle compagnon depuis dix ans. Jamais un mot de travers, jamais un reproche, jamais une réflexion déplacée, toujours là dans les coups durs, à me regarder avec tendresse à travers son bocal (Il était confiné lui aussi!)...


J'espère cependant que cette pandémie ne va pas durer trop longtemps car ça me fait rater tous mes rendez-vous avec le thérapeute qui essaie de me guérir de ma misanthropie... Je ne vois pas pourquoi il s'acharne à vouloir me guérir de ça, j'ai beau lui dire que les rues sont pleines de paranoïaques il veut absolument que je sortes et que j'aime les gens...

Je les aimes d'ailleurs, mais de loin... (A un mètre de distance réglementaire, pas moins!).

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