Conte de Printemps BELLIS

christinej

L’hiver entame sa révérence, non sans nous laisser dans son sillage, quelques derniers flocons finement ciselés, quelques bourrasques froides pour hérisser le poil sur une peau qui commence a prendre l’air.

Encore un dernier frimas et voila, elle s’en va.

C’est a lui maintenant d’entrer en scène.

Il est impatient, il bouillonne en attendant son tour.

Invisible aux yeux des hommes, parfois il se glisse dans les rêves agités des enfants, pour apporter une douceur printanière dans la danse d’une bise légère.

Il est, le Printemps.

Pour celui qui tend l’oreille au milieu d’une clairière, ou dans une foret paisible, on peut de temps en temps, l’entendre.

Dans la douceur du chant des arbres bercés par le vent, dans les mélodies duveteuses des oiseaux qui se réveillent, dans le clapotis du ruisseau ou court l’eau claire, on découvre son rire cristallin.

Il peut passer des heures a regarder s’étirer des jeunes pousses hors de terre et finir par bailler dans un enchantement de pétales multicolores.

Il s’étonne d’un rien et s’émerveille de tout.

Poussé par la jeunesse et la fraicheur de son esprit il sautille, butine, virevolte comme une nuée de papillons.

Un baiser envoyé dans un souffle d’amour et c’est un feu d’artifice d’éclosions. Primevères, au cœur soleil. Jacinthes dont les clochettes carillonnent de parfum. Pavots aux délicats pétales en papier de soie rouge. Éclatent en bulles de couleurs et en brise de parfum.

Un clin d’œil et la glycine s’allonge en une longue caresse vers le ciel et, inonde l’air d’une cascade de fleurs, en longues grappes, délicatement parfumées.

Il aime les fragiles ornithogales ou Dame de 11 heures, leurs corolles blanches, ce petit morceau d’astre de pureté stellaire, qui accueille si gentiment son sourire.

Il passe ainsi d’une jeune pousse d’un arbre, au réveil des animaux, a contempler le reflet arc-en ciel dans les gouttes de rosées.

Parfois, par curiosité il observe les hommes, mais trop souvent cela remplit son cœur de tristesse. Il arrive même que sa colère gronde envers eux, surtout quand il voit comment ils traitent la nature, sans aucun respect.

Alors il se déchaine et l’on voit apparaitre des giboulées au cœur de glace, des bourrasques amères, un ciel gris ou traine sa tristesse.

Puis, il retourne vers la nature et panse ses plaies avec autant d’amour qu’il le peut.

Un jour dans un village perdu au milieu d’une foret, il vit une jeune fille, d’une dizaine d’années, sortir de sa maison.

Elle rayonne littéralement, une aura l‘enveloppe avec douceur. Elle a de magnifique cheveux blonds et c’est son sourire chaleureux, rempli de bonté et d’amour qui attire les regards et les sourires chargés de tendresse.

Ce matin, elle porte une jolie robe blanche en coton léger, brodée au bout des manches d’une myriade de petites fleurs. Sa taille est marquée par une ceinture de soie jaune soleil. Ses jambes fines et longues se terminent dans deux socquettes blanches qui elles-mêmes disparaissent dans deux petits souliers noirs.

Pourquoi cette jeune fille a-t-elle attiré son regard et ému son cœur?

Curieux il l’observe pendant un moment. Elle est douce avec les animaux. Elle aime caresser les arbres, poser sa joue sur leur écorce et écouter leur cœur. Elle se penche pour sentir les fleurs et s’enivre de leur parfum en fermant les yeux.

“ Bellis c’est l’heure de manger.” c’est sa mère qui l’appelle.

Son regard se remplit de tristesse a l’idée de quitter ce paradis, mais elle doit rentrer et commence a rebrousser chemin. Quand, une main sur sa poitrine elle se met a tousser. Tousser si fort que les oiseaux se sont tus, si douloureusement que les arbres ont frémi, si terriblement que le cœur du Printemps se serra.

Dans la paume de sa main, une fleur rouge avait éclos. Ce rouge, porteur de mort, fleurit sur le chemin de la vie de Bellis, ne laisse aucun doute. Bellis est malade, très malade.

Chancelante, elle retourne chez elle, le rose de ses joues a disparu, la lueur de vie dans ses yeux a vacillée, son sourire s’est éteint.

Le printemps ne comprend pas pourquoi il se sent si affecté par cette jeune fille.

Cela fait si longtemps qu’il marche a cote des hommes, il les voit naitre et mourir, sans plus de tracas. Alors pourquoi, pour elle, c’est différent?

Chaque jour, il lui rend visite. Il récolte sur son chemin, la rosée qui vient de se déposer sur l’herbe fraiche, pour étancher ses lèvres arides.

Quand elle ose faire quelques pas dehors, il adoucit la mousse sous ses pieds, attendrit la bise sur ses joues. Pour raviver ses yeux avec un peu de beauté, il fait éclore les fleurs sur son passage.

Les arbres la berce chaque soir avec la complicité du vent, tel un tisserand il vagabonde dans la trame des branches pour faire naitre, une mousseline de note, une mélodie vaporeuse. Et chaque soir elle s’endort le regard tourné vers cette foret qui la réconforte.

Il veut faire de ses jours des tableaux ou la beauté et la vie règnent en maitre. Faire de ses nuits, un édredon douillet ou elle peut rêver paisiblement et sans contrainte, qu’elle court pieds nus sur l’herbe humide, qu’elle se fait des couronnes de fleurs sauvages dans une prairie caressée par le vent.

Car il sait que le décompte des jours a commencé pour Bellis.

Pourtant un matin, alors qu’il vient lui rendre visite, la lourdeur de l’air et le silence, ne laisse aucun doute sur la tragédie qui vient de se jouer.

Les pleurs de ses proches résonnent sur chaque feuilles de chaque arbre, même les oiseaux sont silencieux.

Pendant la cérémonie, la tristesse coule des nuages pour se mêler aux larmes de la famille.

Il reste debout, regardant ce qui n’est plus, ressentant un manque qu’il n’a encore jamais connu. Il cherche une réponse, une explication.

Il est triste, infiniment triste.

Il se rappelle de cette jeune fille, rayonnante, de son sourire si chaleureux.

Il se mit a son tour a sourire, a rire même. Il sait quoi faire maintenant.

Il récolte sur ses joues quelques larmes, les mélange a une poignée de terre, puis souffle deux mots “ Bellis Perennis”, et éparpille la terre autour de lui.

Les nuages s’écartent pour laisser le soleil réchauffer la terre.

Le sol frémit, un frisson parcourt l’herbe, un arc-en-ciel enjambe le ciel. Cela se passe toujours comme ca, lors de la naissance d’une nouvelle fleur.

Dans les champs, sur les collines, dans chaque jardin, au pied de tout les arbres, de délicates pâquerettes apparaissent avec enchantement et tendresse.

Ainsi personne ne t’oubliera Bellis, murmura le Printemps.

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