La Régression des Pro

enzogrimaldi7

   D'une certaine façon, c'est là le génie du capitalisme: il s'auto renforce. Une fois les pays ouverts aux humeurs caractérielles du marché mondial, tout manquement à l'orthodoxie de l'école de Chicago est aussitôt punie par les traders de New York et de Londres qui se liguent contre la devise du pays coupable.                                               Naomie Klein. La Stratégie du Choc.


   Entre 2008 et 2012, il y eut des chiffres qui nous interpelèrent. Le déficit des États-Unis qui s'éleva dit-on à 1280 milliards de dollars, le poids du déficit italien dans la dette publique de la zone euro, la balance commerciale catastrophique de l'Espagne (-53 milliards). Quant aux grecs, nous nous épargnâmes alors de les égratigner. Ces données contribuèrent toutes à l'affolement boursier, agitation que l'on nomme par ailleurs d'un mot qui grince: crise.


Depuis, l'ensemble des déficits des pays susnommés, s'est amélioré, cependant il faudra dès l'année prochaine faire le bilan de la décennie d'aprés-séisme. Bien sûr, avancer des chiffres est insuffisant. Pour démontrer il faut analyser, confronter, bref étayer. Et comme nous ne sommes pas économistes nous nous abstiendrons d'ériger nos conclusions en dogmes.


Contentons-nous donc ici, selon notre habitude, de confronter des idées. Nous nous attarderons plus précisément sur deux autres indicateurs qui montrent que le monde boite bas et qui réduisent à néant l'impressionnante armada de données brandie à droite et à gauche pour nous contredire. Encore des chiffres, oui, mais ceux-là, tout aussi discutables que ceux que nous venons d'énumérer, portent en eux, quel que soit le sens dans lequel on les tourne, la marque d'un misérabilisme sans équivoque.


Arrêtons-nous d'abord sur un consternant constat: un million de familles françaises croulent sous les dettes. Le budget nécessaire à la création d'un ménage est au dessus des moyens de la plupart de nos concitoyens. Coûte que coûte, il faut se précipiter dans un schéma de vie hors de prix, que la pression sociale, mécanisée par l'outil chimérique d'un consumérisme éhonté, institue en loi communément incontournable. Le coût pour fonder un foyer est exorbitant. S'agit-il d'un progrès?


Evoquer la pression sociale, celle-là même qui nous contraint tous dans l'économie de marché, comme moteur fatidique de l'érosion des valeurs humaines, est un raccourci bien soft. Allons plus loin. Sans glorifier les travaux de Naomi Klein sur la Stratégie du Choc, revenons sur les étapes de l'imposition, par la force, de l'ultralibéralisme, étapes que la sociologue met brillamment en exergue dans son ouvrage:


De Pinochet à Bush en passant par Videla, Thatcher et Reagan, l'ignoble doctrine orchestrée par Friedman, qui prit source dans l'immonde université de Chicago, a gagné la terre entière sous le prétexte sidérant du progrès.


Faut-il se gausser d'être 7 milliards d'humains qui alimentent ou finiront bien par alimenter les marchés? Sans aucun doute oui pour l'économiste philanthrope. Moins sûr si l'on observe le nombre considérable des hommes qui souffrent: un milliard ne mangent pas à leur faim. Alors il est tentant de sombrer dans la caricature en imaginant une chaine de restos du cœur planétaire. Cependant cette idée farfelue devrait faire son chemin dans les esprits.


Hélas, ces mêmes esprits sont en train de se perdre sur le chemin de Mars plutôt que de s'occuper à nourrir leur voisin. ''C'est comme cela que les hommes ont toujours avancé'' nous dit-on. On avance aussi, dans certains milieux autorisés, que ce bon vieux système qui s'effondre permet aux hommes de n'avoir qu'un septième des leurs dans la famine. Sans lui, qui sait, il y aurait peut-être 2 ou 3 milliards d'affamés: l'absurde règle des œufs qu'on casse pour faire l'omelette.


Cet argument ne tient plus. Le mot progrès est un fourre-tout dont il ne ressort rien. Depuis que les indiens d'Amérique, derniers vrais hommes, ont disparu, de quels progrès parle-t-on? Pour ma part, je dis bas les masques. Les pro-ultra-libéralistes n'ont qu'à bien se tenir. Il ne s'agit, sur un plan humain, que de régression.


                                                                          2012

  • La régression serait finalement une bonne école, ... non ?

    · Il y a 2 mois ·
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    daniel-m

    • Ils se sont bien gavés jusqu'ici mais tout a une fin. À suivre..

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

  • Que croyez-vous qu'il arriverait si l'homme parvenait à coloniser une planète ? Il referait les mêmes erreurs.
    Au cours des millénaires, de nombreuses civilisations ont été flamboyantes, puis ont décliné et disparu : les Mayas, les Incas, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, etc.
    Aujourd'hui, c'est le monde entier qui va à sa perte, voué au chaos. C'est une sorte de cycle dans ce monde devenu désormais trop étroit, trop étriqué.
    Comment et où l'homme pourrait-il trouver son salut ? Je ne sais pas... Un gouvernement mondial ? Un nouvel ordre planétaire ? Je ne crois pas : trop de rivalités, trop d'enjeux...
    Nous ne sommes que les derniers maillons de cette aventure humaine et nous serons les premiers à en payer la facture. La fin d'un monde sur les ruines duquel les générations futures inventeront un autre modèle ? Utopique... N'oublions pas que l'homme est le plus grand prédateur pour lui-même.

    · Il y a 2 mois ·
    Coquelicots

    Sy Lou

    • Ça c'est envoyé!!

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

    • Pourtant, je ne suis pas pessimiste. Je place tout mon espoir dans les futures générations. Pas celles de maintenant, elles sont "sacrifiées" et subiront aussi de plein fouet la fin du système. Nous avons gaspillé les forces vives des jeunes générations actuelles. Mais dans quelques décennies, j'ose espérer que de nouveaux hommes se lèveront. Pour refaire les mêmes erreurs probablement, mais pour reconstruire et atteindre un nouvel équilibre, avant que le mouvement de balancier incessant de l'Univers ne le rompe.

      · Il y a 2 mois ·
      Coquelicots

      Sy Lou

  • :)

    · Il y a 2 mois ·
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    anna-c

  • Et si le constat est triste, plus encore est terrible notre impuissance...parce que désormais "nous savons" .....

    · Il y a 2 mois ·
    Image de femme baroque

    anna-c

    • D'autant plus que vous avez l'oeil acéré de quelqu'une qui vient du Sud..

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

  • Bien triste constat en effet ...
    Que faire ?
    Alerter comme tu le fais .
    Transmettre à notre petite échelle d'autres valeurs que la consommation à outrance .
    ou sinon une révolution .

    · Il y a 2 mois ·
    Oeil

    anne-onyme

  • Tout à fait. Mais sachant qu'à moins de contrôler drastiquement nos naissances (et nos morts), sans un gouvernement mondial (oulà le vilain mot), il n'est d'autre salut (pour l'instant) que de chercher une planète vivable (et non habitable) pour l'espèce humaine qui se chargera alors de la terra-former (le cercle vicieux) ou de s'y adapter (si elle retient les leçons de ces ancêtres terrestres) ; quand à notre consumérisme galopant, on en revient à "du pain et des jeux" pour contrôler les masses analphabètes et lui faire croire qu'elle aussi elle peut changer sa condition et s'élever dans la hiérarchie de son espèce (t'as qu'à croire...)

    · Il y a 2 mois ·
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    Marcus Volk

    • Oui, l'éternel débat. Merci.

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

    • Oui, comme vous, je ne vois pas d'autres issues qu'un gouvernement mondial, sauf que les lobbyistes y seront à l'oeuvre et comme des poissons dans l'eau...
      Merci encore pour ce texte très engagé qui a le mérite de déconstruire les chimères du capitalisme mondialisé et d’appeler un chat un chat. Ce qui progresse c'est surtout l’obésité et les maladies chroniques ou orphelines. La faune et la flore sont à l'agonie et pendant que les uns ont de l'or la bouche, les autres mangent de la terre pour survivre.

      · Il y a 2 mois ·
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      Julien Darowski

    • Je me sens conforté, monsieur, par votre commentaire. Sachez que j'avais à peu près votre âge dans les années 90, et cette décennie fut la pire en ce domaine. Ma vision du monde n'avait aucun avenir. Il n'y en avait que pour les yuppies enfants de Thatcher et Reagan lesquels engendrèrent les traders actuels et la société qui en résulte. Je voulais m'éteindre. Il n'y avait aucun espoir, tout convergeait trop ds le même sens. J'ai eu l'instinct de survie. La culture, l'écriture en particulier, me sauva. Aujourd'hui je partage cela avec vous et d'autres ici, quel bonheur. Et si vous me le permettez, je salue le pauvre jeune homme perdu que j'étais alors. Dieu qu'il aurait était fier de vous , et de quelques autres ici. Il eut la bonne idée de se maintenir en vie.

      · Il y a 2 mois ·
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      enzogrimaldi7

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