Poilus

Patrick Gonzalez

Réédition pour la dernière année du centenaire...

Quand je suis revenu, je n'ai su que me taire,
comment donc l'expliquer, comment donc raconter,
qui pourrais le comprendre, tout ce que j'ai dû faire,
tant de jours, tant de nuits à vous ressusciter.

Comment dire mille fois, remonter à l'assaut,
reprendre quelques mètres, courbé sous la mitraille,
porter ce camarade, trop lourd, sur mon dos,
pour m'écrouler aussi, au bruit de la bataille.

Nuit entière, figé dans ce cratère d'obus,
dans la neige, le froid, sous le corps des mourants,
dans cette boue gelée, j'ai peur comme un enfant,
odeur de pourriture, de gangrène, de sang.

Aux lueurs de l'aube, unique survivant,
ramené par mes frères au réseau des tranchées.
Errant seul, hagard, au hurlement du vent,
dans quelques heures, je sais tout va recommencer.

Bu la gnôle, le vin, fumer pour oublier,
remonter au combat, fixer la baïonnette,
courir vers eux, hurlant, leur écraser la tête,
plein de haine, vibrant, tous les massacrer.

Ne plus compter les jours, pour vivre chaque instant,
les mois, et les années, cet enfer au présent.
La vermine, les rats, l'uniforme de crasse,
la nuit, les hurlements de la tranchée d'en face.

Vu tant de combattants, au sol, ventre ouvert,
retenant d'une main, les boyaux, les viscères.
Ces membres arrachés, gisant seuls à la terre,
têtes privées de corps, regardant vers l'enfer.

Même dieu avait fui, lui seul déserteur,
abandonné les hommes, à leurs noirs tourments.
Grande guerre saignante, se nourri du malheur,
racontez aux enfants, c'était il y a cent ans.

 

  • Il n'y a pas de mots pour décrire l'horreur que ces gens ont vécu, et beaucoup avaient même du mal à en parler à leur retour. Entretenir le souvenir afin que de telles ignominies ne se reproduisent jamais, merci pour eux Patrick,

    · Ago 8 months ·
    W

    marielesmots

  • J'aime beaucoup. La dernière strophe finit en apothéose. Elle est terriblement impitoyable. J'ai été amenée à faire des recherches sur des disparus de ma famille et ce que j'ai découvert ne m'a pas laissé indemne. C'est pourquoi ton poème sonne si juste avec son côté lugubre et horrible si bien dépeint.

    · Ago 8 months ·
    Coquelicots

    Sy Lou

  • C'est super bien écrit et ressenti! Hyper émouvant...

    · Ago 8 months ·
    Coucou plage 300

    aile68

  • L’horreur a l’état brut. Rejouer sa vie sans cesse à la roulette russe, tant que ça vit encore ! :o))

    · Ago 8 months ·
    Photo rv livre

    Hervé Lénervé

  • NE JAMAIS OUBLIER.
    MERCI

    · Ago 8 months ·
    00

    gone

  • Tu le sais déjà mon arrière grand-père n'en est pas revenu... :-(

    · Ago 8 months ·
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    Maud Garnier

  • Ne pas oublier et transmettre notre Histoire à nos enfants. Bravo Patrick

    · Ago 8 months ·
    Ade wlw  7x7

    ade

  • Terrible, mais il faut, tout comme toi, la raconter pour ne pas oublier tous ces milliers de morts sacrifiés sur l' autel de la barbarie !! Honte à ceux qui par intérêt ou par orgueil ont déclenché cette maudite guerres, et bien d'autres. Eux, bien à l'abri dans leurs bureaux ou leurs abris si fortifiés !

    · Ago 8 months ·
    Louve blanche

    Louve

  • Merci de mettre à l'honneur tous ces hommes qui se sont battus pour notre cher beau pays la France.
    Mon grand-père à fait la deuxième et son père à fait la première. J'espère que nous n'en verront plus.

    · Ago 8 months ·
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    Etaine Eire

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