Thaïlandises.

tiare

De l'eau froide pour se laver les dents. Pas d'eau pour nager. A Phuket, des concombres énormes comme de grosses queues flasques encombrent la mer de leur suffisance. Même à Koh Samui, idem à Koh Tao. La mer est trop chaude de toute façon. Koh Chang, c'est dans une autre direction, plus le temps. Et puis au Nord, Chiang Mai, toujours sous la pluie en ce mois de juillet.

Rien à voir. Non rien. Rien.

Si des rocs jaillis d'une eau turquoise et des touristes, des clubs de plongée, des bungalows. Des temples, des vrais, des bougies miroitantes et des bouddhas fleuris. Wat Phra Kaeo, Wat Pho, îlots dorés de culture ancestrale dans le monstre urbain. Sukhothaï où je cru croiser entre ruines et lianes mêlées un voile d'innocence dans les ombres des jeux d'enfants.

Dans la descente des khlongs sombres de Bangkok, les mains rangées, les pieds posés, les épaules réservées, leurs crânes lisses, leurs corps frêles drapés dans des robes safran, de jeunes moines trouvent, frôlent, se logent contre l'homme chauve occidental, en sarong, adossé à la rambarde du taxi boat. Pourquoi lui ? Parce que c'est un être véritable, un des leurs parfois. Un gars blessé aussi.

Piochés à la louche dans les street food de Chachoengsao, de la bouffe gélatineuse, des œufs pochés et des lambeaux de poisson noient leur jus insipide dans le suc de mon intestin grêle pendant que des bouches rouges, a-vides de chair, dévorent et font couler le sperme d'une baise hygiénique.

Et montés en puissance dans mon cortex associatif des karaokés hurlant des parasites sonores et des gaz asphyxiants. Et les filles, araignées fertiles, droites sur pattes, aux yeux de vipères, sans frontières ni mères. Et les vieilles, tassées sur leurs rotules rouillées dans les bazars de la ville suffocante. Et le rejeton sans jambes au sol. Et les cafards, délogés de leur impuissance qui passent et repassent leur semence absurde avant qu'on les écrase d'un coup de latte, se posent en suçant leur bec d'un semblant de redoux printanier dans un nid troué. Trop de graisse. Trop de corps massés dans leur sauce rance. Trop de déchets jetés à l'eau aux poissons chats qui viendront lécher la vulve des vierges la nuit dans la cabane en pilotis construite sur les berges amères des verges de Satan. Pattaya, porte monumentale de l'oubli, flottant sur des eaux stagnantes et noirâtres, patate aigre-douce gavée de bites infâmes, pelée aux morpions, mycoses, verrues, éclairée de songes creux, pénétrée en toutes parts de sangsues ventrues, de têtards moribonds et de vers luisant le néant, tu me donnes la nausée sans même y penser, tu me files une sacrée raclée. Je vais dégobiller ma soupe de nouille.

Pourquoi il les regarde encore ces filles, ces pauvres tâches délavées sur la surface d'un globe de glace. Elles aguichent sans souci de l'autre (moi). Elles piétinent le mâle d'un regard de tombe sans fond. La femelle n'existe pas. Seul le sexe. Informe. Un sexe sans germe ni genre. Passe partout du foutre. Tranchée pour les morts-vivants en instance de chirurgie jubilatoire du Dieu pénis. Seule, je suis seule à mordre le sein crevé des Thaïlandaises en lapant le fiel de l'amour promu aux cieux du vice.

A la tombée du soir, je monte dans un tuk-tuk. Sous une mousson purifiante et parfaite, des reflets opaques se dilatent sur la tôle lustrée, des éclats de phares s'abîment dans des halos grandissants, une circulation débordante se noie dans le flot des eaux moirées, des collisions évitées me réanimeront. 

Pour tout bagage j'ai vingt ans et quelques lunes.

Aujourd'hui cette virée en Thaïlande appartient à un passé lointain et pourtant, je me souviens de toi, de toi dans le métro aérien, comme si on s'était entendu dans ce bordel asiatique.

Les portes du wagon se sont ouvertes puis refermées sur un sujet sans rêve à la station que tu nous avais indiquée. 

Il pleut de la lumière dans la cité des anges.

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