Bavarde

divina-bonitas

Témoignage

Longtemps enfermée dans le mutisme enfant, je découvrais à l'école combien le bavardage était une alternative à l'ennui chronique des cours.


J'écoutais la première explication de la soustraction puis après un soupir en comprenant que la maîtresse recommençait sa démonstration, me transformais en moineau pépiant, chuchotant...donc je sortais de l'école le soir après toutes mes camarades. La punition était toujours la même: faire X tours de préau en courant sans couper les angles sous l'œil noir de la directrice.


Rien ne s'est arrangé au collège. Les remarques étaient systématiques sur les bulletins: "bavarde, dérange ses camarades, se retourne pour parler, perturbe la classe, élève dissipée..."


Même au lycée, la prof de français me mettait au piquet après avoir essayé maintes fois de me piéger: "Mademoiselle, vous qui parlez à votre voisine depuis 10 minutes, pouvez-vous dire à la classe ce que je viens de dire?". La mémoire auditive des musiciens est bonne généralement et mémorise facilement plusieurs sons simultanément. Donc la dame était furieuse et perdait la face car je savais très bien ce qu'elle venait de dire. Les rires fusaient et je partais au coin! Je la revois en train de taper ses trotteurs à semelles de crêpe sur l'estrade. Une fois dans l'angle, je la regardais le regard sombre, ce qui me valait au bout de quelques minutes un: "Arrêtez de me regarder comme ça, vous êtes insupportable, reprenez votre place!" D'autres rires...


J'ai envie de leur dire à tous ces enseignants et a postériori, que si je parlais en classe c'est parce que je m'y ennuyais ferme, que je ne comprenais pas pourquoi ils expliquaient la même chose plusieurs fois, que j'avais compris la première et qu'ensuite...j'essayai de trouver une occupation pour passer le temps. Je ne parle pas des cours soporifiques débités de façon monotone, monocorde, de l'envie de dormir qui en prenait certains quand d'autres comme moi, loin des radiateurs, essayaient de s'occuper, se distraire...l'enfance passe si vite. 


Bref, en terminale j'avais trouvé la combine. Faire les devoirs de maths en cours d'histoire, ceux du conservatoire de musique en physique, le russe pendant l'anglais...combler l'ennui en faisant plusieurs choses en même temps et en en gagnant, de précieuses minutes pour pouvoir faire autre chose après le lycée.


J'avais déjà un an d'avance. Peut-être aurais-je dû sauter une autre classe ? Ou peut-être que ça n'a rien à voir, que c'est juste que les cours sont trop longs pour tous les enfants, qu'on y rit rarement, que même les adultes ont un temps de concentration moyen de 20 minutes, que toutes ces heures assis à l'école sont une contrainte par corps et par esprit insupportable pour une majorité.

  • Premières heures en classe de CP ( juste une année de petite classe avant car la maternelle n'existait pas). L'institutrice nous fait copier des additions. Je ne me souviens plus si j'ai écouté l'explication ou pas, toujours est-il que je répondis bien naïvement à cette dame revêche qui passait dans les rangs pour contrôler : "Je n'ai rien mis dessous " sous-entendu : le trait. Croyant probablement que je me fichais d'elle, j'eus droit à une fessée et je me retrouvais au coin. Voilà ce qui m'a fâchée définitivement avec les mathématiques. A l'époque, hélas, c'était punitions au lieu d'explications. J'étais si petite, je n'ai jamais oublié !
    en sixième, j'ai eu un prof qui débitait son cours, on comprenait tant mieux, on comprenait pas tant pis J'étais nulle mais pas une fois elle n'a convoquée ma mère pour parler du problème. J'avais deux heures de maths, le lundi matin, l'horreur après le week-end !

    Merci divina pour ce texte très explicite ! Je pense à présent que les enfants sont plus chanceux qu'à une certaine époque. Ils sont davantage écoutés et aidés.

    · Ago 6 months ·
    Louve blanche

    Louve

    • Il faut l'espérer mais le "mal" perdure trop souvent encore à mon goût. Il y a beaucoup trop d'enfants pas entendus...
      Merci pour votre commentaire!

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

  • L’abrutissement des masses commence à l'école, on ne le dira jamais assez :o) Il n'y a pas de cancres ni de surdoués à l’école, il y a juste un enseignement mal fait dans une certaine médiane et cela n'a jamais changé.

    · Ago 6 months ·
    Gaston

    daniel-m

    • Et tristement...! Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi les enfants doivent rester assis toutes ces heures, ce qui revient à faire de la capacité à garder une posture figée un critère de sélection des esprits.

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

  • Assistant de français dans des lycées anglais il y a bien longtemps, j'avais apprécié les horaires de cours: des "periods" de 60, ou 50, ou 45 minutes. Cela rendait les cours plus denses et moins pesants. Et les enseignants étaient présents presque toute la journée, à disposition des élèves. Une ambiance plus conviviale. Est-ce pareil maintenant ? Je ne sais.

    · Ago 6 months ·
    Oiseau... 300

    astrov

    • Merci Astrov, oui des cours moins longs amélioreraient sans doute la performance des élèves et des enseignants.

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

    • Bien sûr, demander à un enfant de rester attentif pendant des heures, c'est vraiment négatif !

      · Ago 6 months ·
      Louve blanche

      Louve

  • Eternel problème et récurrent auquel sont confrontés les enfants dits "en avance". Bien raconté

    · Ago 6 months ·
    Cavalier

    menestrel75

    • Merci Menestrel!
      Il y a de plus en plus d'enfants "en avance" maintenant qu'on y prête attention...et beaucoup en difficulté ou échec scolaire malheureusement.

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

  • la définition de "surdoué" est passablement périlleuse. Sans doute l'exemple du polytechnicien parachuté au dessus de l'Amazonie qui ne peut subsister est à remémorer... On a tous besoin les uns des autres. Alors, les surdoués pourraient-ils monter leurs capacité de patience envers les faibles du moment ?

    · Ago 6 months ·
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    Gabriel Meunier

    • Je n'ai jamais dit que j'étais surdouée...juste que je m'ennuyais en classe parce que ça allait trop lentement pour moi et que de ce fait, je bavardais. De mon temps...ça n'existait pas les "surdoués".

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

  • Moralité Bienheureux les simples d'esprit, ils ne s'ennuient jamais à l'école et crient au prof, encore ! Encore, mais la même ! :o))

    · Ago 6 months ·
    Photo rv livre

    Hervé Lénervé

  • Vous aussi vous étiez chiante ?
    Au moins vous bossiez vos cours :-))

    · Ago 6 months ·
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    Etaine Eire

    • Elle n'avait pas besoin de bosser les cours, c'était le privilège que la nature lui avait attribué.

      · Ago 6 months ·
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      Pawel Reklewski

    • Oui bof, disons que je faisais le strict nécessaire pour ne pas redoubler. Je n'ai jamais travaillé un seul soir, rarement les W.E...bien trop de choses bien plus passionnantes à faire...musique, peinture, danse...

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

    • "Bossiez", vous avez raison, n'était pas le bon terme.

      Ce que je voulais dire c'est que "le strict nécessaire" vous le faisiez quand même.

      De nombreux HPI reste, pendant leur scolarité, avec le " Bonnet d'Âne " pour éviter d'être remarqué.

      Pour reprendre les termes de Pawel Reklewski, "le privilège que la nature", ne l'est, selon moi, seulement si l'enfant est bien compris et encadré.

      · Ago 6 months ·
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      Etaine Eire

    • J'ai eu beaucoup de chance...aucun encadrement et pas beaucoup de compréhension. Disons que j'ai tiré le meilleur parti pris de mes facilités et de n'avoir personne pour regarder ce que je faisais. Je n'avais qu'une idée plutôt: travailler suffisamment pour avoir mon bac au plus vite et voler de mes propres ailes...

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

    • Bravo à vous !

      · Ago 6 months ·
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      Etaine Eire

    • Je crois n'avoir agi en réalité que par instinct de survie, poussée par la nécessité de m'extraire d'un environnement peu soutenant, pas aimant voire franchement délétère; l'école en guise de résilience donc. Je pouvais y être moi-même et y recueillais un minimum d'intérêt, toujours plus qu'à la maison. Question de caractère aussi sans doute. je déteste l'échec et le travail bâclé. Mais mon frère était différent et s'est très vite retrouvé en grande difficulté sur les deux fronts. Nous sommes inégaux face à nos ressources primaires. J'ai beaucoup de chance!

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

  • Voilà qui est bien raconté, sortir du lot sans comprendre que les autres sont différents, ma deuxième fille faisait travailler sa grande sœur et avait donc trois ans d'avance et savait déjà tout. Les élèves surdoués son chiants, en voici un joli témoignage, je comprends tout ça,...

    · Ago 6 months ·
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    Pawel Reklewski

    • Merci Pawel! Les élèves en avance sont pénibles parce qu'ils s'ennuient c'est tout!

      · Ago 6 months ·
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      divina-bonitas

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