cannibal'art

christinej

Je suis la, stressée, dans ma robe de cocktail hors de prix. Tenant fermement l’invitation que j’avais reçu pour l’inauguration de “LA” nouvelle exposition.

Je tends mon carton au vigile de l’entrée. Celui-ci me détaille de manière grossière, et d’une voix d’outre-tombe, me sort “c’est vous la gagnante! suivez moi.”

Je suis surprise par la clarté des lieux, et encore plus estomaquée, quand je constate qu’aucune œuvre n’est exposée. Au milieu d’une immense pièce aux murs blancs, trône un buffet gargantuesque. La multitude des couleurs tranche de manière singulière avec l’austérité du lieu. Quand l’homme que je suivais, s’immobilisa. Devant moi, droit comme un i, un homme d’une rare élégance, sans âge, habillé par un grand couturier, le crane rasé, les lèvres et les yeux maquillés, me déshabille du regard.

“ Je suis Monsieur White, propriétaire de cette galerie et l’artiste. Et vous, vous devez être, Mademoiselle Anne, la gagnante du concours?”

“oui c’est moi, enchantée.”

“non, non, l’enchantement est pour moi. Laissez moi vous présenter a quelques convives.”

Je n’ai guère de temps pour la réflexion. Tenue par le bras il m’a présenté, comme on présente une nouvelle attraction.

J’ai donc serré, la main, a une duchesse. Le visage poudré, un maquillage et du parfum a outrance. Son sourire dévoile des dents jaunis par des années de tabagisme. Il y a un militaire, a la retraite. Les yeux perçants, les mains apparemment soudées derrière le dos, parlant très fort. Un jeune homme, qui me fait penser a un athlète grec, dans son costume trop étroit, mais avec un étrange accent des pays de l‘est. Un couple de jeune marie, amateurs d’art. vraiment très amoureux, ne pouvant s’arrêter de s’embrasser. Et plein d’autres personnes intriguées comme moi par l’absence total d’œuvre dans la galerie.

Nous étions en tout une quinzaine d’invites.

J’observais discrètement tout ceux qui allaient partager cette soirée avec moi, quand le maitre de cérémonie prit la parole.

“Chers élus, aujourd’hui je vous ai choisi pour faire partie de cette aventure a mes cotes. Oui j’ai bien dit une aventure, la création d’un art nouveau. Car vous allez être les premiers invites interactifs du monde de l’Art. Mais pour l’instant s’il vous plait, profitons de cette table idyllique pour faire connaissance. Prenez place.”

Quelques murmures, une tension, ou plutôt une excitation envahie d’un coup cette étrange mise en scène.

A ma droite, ce trouve l’Artiste, a ma gauche l’athlète, qui s’appelle Gregory. En face il y a le couple d’amoureux, Eric et Barbara. Personne n’ose vraiment parler, ni même entamer les plats sur la table. Les mets ont l’air succulents, décorés de façon délicates et raffinés. Certains ingrédients me sont inconnus, de fines feuilles d’or rehaussent la somptuosité de la table, sans parler des fleurs et des épices. Et je ne parle même pas des bouteilles de champagnes, de vins et toutes sortes d’alcools. Une sorte de poudre brillante est parsemée sur tout l’ensemble. Quand j’ai demande ce que c’était, on m’ a répondu tout simplement que c’était de la poudre d’étoiles pour nous emporter aux portes du septième ciel.

Chacun reçu une coupe de champagne, et notre hôte d’ajouter

“commencez”.

Tout me fait saliver. Ne voulant pas me montrer impolie, je décide de me retenir.

Un peu de salade, de betterave crue râpée, des noix, du chèvre. Une ballottine de poulet, et des légumes. Chaque bouchée est une révélation, mes papilles semblent s’éveiller pour me faire connaitre le monde inconnu des saveurs. On est tous subjugué par cette nourriture. Les yeux se ferment, des murmures de satisfactions et plaisirs se font entendre.

Intriguée par l’effet que les betteraves ont sur moi, je jette un bref regard sur Gregory.

Celui semble en contemplation surréelle avec son assiettée de saumon.

Pour la première fois depuis le début de la soirée, le jeune couple ne se fixe plus. Ils ont les yeux rives sur ce qu’ils mangent.

Je regarde enfin Monsieur White, celui-ci n’a rien touche. Un sourire illumine son visage, satisfait de ce qu’il observe, son regard me fait peur. Encore plus quand il le plante sur moi.

“quelque chose ne va pas ma chère. Vous désirez peut être autre chose.”

“non tout va bien, tout est incroyablement bon.”

“a la bonheur. Alors mangez, buvez, devenez ivre, ivre de vin, ivre de vie. S’il vous plait.”

Même poli, je l’ai ressenti plus comme un ordre que comme une suggestion.

Mais je me sens attirée par toute cette nourriture, j’ai envie de plus. Sans même réfléchir je remplis mon assiette a raz bord et constate que je suis pas la seule. Certain se servant directement a pleines poignées, léchant leur doigts, pour replonger de plus belle dans le plat.

Le paroles se font rares. Le bruit de mastication, de succion, de gobage, coup de dents dans un pilon de poulet, du pain que l’on déchire, de la viande dont on essai d’arracher un morceau, les gorgées de vins se vidant dans des gorges sans fins, se déversant sur des mentons déjà recouvert de restes. On est a un festin bestial, ou manger est primordiale.

Dans des gestes convulsifs la nourriture se repend sur le sol, les murs. Dans une demi lucidité, je comprends pourquoi les murs sont blancs. Si il y avait eut des œuvres a la place ils auraient été souilles des déchets. Je n’arrive pas a me concentrer sur l’extérieur, mon esprit est automatiquement attire par ce qu’il y a dans mon assiette. Je sais que je suis irrationnelle. Mais je ne me contrôle plus.

Mes gouts changent également. Les légumes ne me contentent plus. Je veux de la viande, de la chair. Et j’ai soif tellement soif. L’alcool que j’engloutie me fait tourner la tête, mais je ne perds pas pied. Je vois ce qui m’entoure je comprends, mais je m’en fiche, je ne veux que me satisfaire.

Je me surprends a veiller sur mon assiette tel un trésor. Des invites a l’autre bout de la table se bagarrent pour un rôti. Il n’y a pas de mots échangés, juste des grondements bestiaux. Je les observe du coin de l’œil. Les autres font de même. Tirant a tour de rôle, estimant les forces de l’adversaire. Leurs yeux, injectes de sang, n’ont plus rien d’humain. Les muscles sont tendus, les veines sont saillantes dans leur cou. Je peux voir le sang qui afflue par pulsions répétées, qui semblent s’accélérer alors que la tension augmente.

Le silence est tombe d’un coup, lourd, poisseux. Tout dans l’air est oppressant, dense, nous mettant en mode ralentit.

Ces deux personnes n’ont plus rien a voir avec les élégants gentleman de tout a l’heure, dans leurs superbes costumes tailles sur mesure et leurs chaussures cirées.

Non ils sont devenus deux bêtes. Montrant les crocs, pleins de rages. Leurs habits taches et déchires n’ont plus rien de chics.

Et la brutale réalité est réapparue bruyante, furieuse, déjantée.

Le temps suspendu a été brise, et le retour a la vitesse normale est un choc. Comme ces hommes qui viennent de se jeter l’un sur l’autre, en hurlant. Des coups sont donnes, le premiers sang est verse.

Cette odeur si particulière du sang, l’appel que chacun d’entre nous semble avoir entendu. Même si l’on reste a regarder la déchéance de ces individus, on est en alerte. Ils continuent a se battre, les dents claquent en essayant de mordre, les ongles entaillent la peau comme des couteaux.

Dans se mélange de bras et de jambes je ne sais pas lequel a réussi a mordre l’autre.

Mais quand le vainqueur relève la tête, il est nappé d’un délicieux coulis rouge, vibrant, enivrant. Du sang. J’en veux

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