C'est pas dégoogleasse

Michel Chansiaux

Le détournement des opérations textuelles offertes "on line" à des fins ou des faims ou défunts d'inspiration.


Qui saurait écrire sans son petit correcteur d'orthographe ? Allez dite la vérité ! Qui s'en remet à des progiciels pour balayer ses textes et traquer les répétitions, à des services informatiques payants pour déceler les plagiats ou faire valoir ses copyrights. Les écrivains eux-même ! Mais l'usage de ces outils «  en bon père de famille » est aussi jouissif qu'une nuit à Lisieux. Le plaisir est dans l'interdit, le détournement, le hold-up. Il faut savoir leur titiller le processeur, exciter leur puce, faire la sauterelle en mal d'amour avec leurs bugs. C'est pourquoi, j'aimerais vous présenter la dégoogleasseuse. C'est une machine à remuer les vers. Son usage est conseillé aux poètes en quête de créativité exogène. Son principe est simple. Il est basé sur la capacité approximative de traduction automatique appliqué n fois au même texte pour revenir dans sa langue d'origine. Profitez-en tant que les failles sont ouvertes !

Exemple : Les sanglots longs des violons de l'automne bercent mon cœur d'une langueur monotone. Traduit en Allemand :

Die langen Schluchzen der Geigen Herbst wiegen mein Herz 
mit einer monotonen Mattigkeit .

(1)

Repassons ce résultat en Français et nous obtenons :

Les sanglots longs des violons tombent peser 
mon cœur d'une langueur monotone.

 (2)

Les mêmes opérations en Japonais aboutissent à :

バイオリンの長いすすり泣きは単調なだるさと私の心の重さに落ちる

 (3)

Baisse du poids du long sanglot de violon 
est une langueur monotone mon esprit

 (4)

De l'un et de l'autre, de leurs sonorités brutes, de leurs sons de mots, en silence ou à voix haute,  me vient alors à la plume la phrase suivante :

La longue plainte de la dune, sous l'archet de ton corps cambré, mon amour.

Documents :  (1 - 2 - 3 - 4) : https://translate.google.com

André Perchet, d'après Paul Verlaine, Charles Trenet, Larry Page et Sergueï Brin.

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