Du rire aux larmes

Colette Bonnet Seigue

Fable à la manière de la Fontaine


 

Par un regard ensorcelé,

Un rire fou, énamouré

S'en est allé

Pour rendre heureux

Les amants souffreteux.

Y avait des rires à la ronde,

Hilarité en mappemonde.

Le rire fit des émules,

Quand vint soudain un  incrédule,

Tonitruant noctambule,

Comme un nuage s'agrippa

Sur les joues en grand apparat.

 

-Qui va là ? fit le rire

Qui vient troubler la joie divine

A coup de vagues éléphantines ?


-Je suis la larme qui dégouline

Le vent, la pluie en gélatine

Sont mes atouts  sous la paupière

A coups d'averse en prière.

Je coule à flots, raz de marée,

J'adore me voir lac salé.

 

-Passe ton chemin, fit le rire

Par grand éclat, je vais bondir

Sur ton flot gris t'anéantir !

Je suis le soleil sur les lèvres

J'offre de l'amour et du rêve,

Je ravigote les amants

Je peux me faire tonitruant

Ou, sourire sur la ridule,

En soie parée au crépuscule,

Dans l'alcôve aux draps de satin,

Je suis de braise, levantin

Sur des yeux clos-petit-matin.

Mon éclat se donne en pâture

A la tendresse qui murmure

Des mots d'amour en cache-cœur,

Je suis toujours élévateur

Tu n'es que grisaille et vampire

Qui noircit l'âme, qui l'aspire,

Aux méandres de ton abysse,

Dans le chagrin en interstice

C'est la grisaille en précipice

Tu es chagrin et imposture

Quand tu te caches en devanture

Sous la paupière retenue

Dans le cœur tu mets la cohue.

 

-Pourrait-on être complémentaire?

Demande la larme austère

Je suis la larme, j'en conviens,

Le vague à l'âme en trop plein

A besoin d'exulter en flots

Sur la tendre joue d'un marmot !

Si on passait du rire aux larmes

Sans artifices, sans armes,

Simplement, nous laisser porter,

Pour aider à évaporer

Les miasmes de l'Humanité.

 

 

 

Signaler ce texte