Gitane.

lyselotte

 

 

 

Le rond d'une clairière, à la tombée du jour, un cercle de roulottes pour faire rempart aux ombres.

Un feu de camp flambant révélant quelques êtres, des corps assis tranquilles, unis contre la nuit. Le feu, en flammes hautes, volutes d'étincelles, s'élève vers la voûte piquetée de clous d'or.

Juste une lune ronde dans ce ciel clignotant, comme l'œil  bienveillant d'un génie surveillant.

Dans ce rond tressautant au rythme du brasier, se profile, comme émergeant du sol, une flamme de robe d'un rubis éclatant, un fagot de cheveux noué d'un ruban jaune, une femme  se déploie en très lents mouvements. Bras levés vers le ciel, comme pour une offrande, les reins cambrés en arc, cou ployé en arrière, elle attend que commence la musique magique pour prendre vie, enfin et danser dans la nuit. Battements de phalanges sur des cordes tendues, sanglots, frères de vie du monde des gitans, les notes comme des doigts  font palpiter sa gorge et caressent son ventre de leurs ongles pointus.

Elle se tord encore, frappant le sol du pied, ses bijoux pacotille résonnent dans l'air pur, grelots à ses  chevilles, bracelets aux poignets, à son cou un collier pleure ses larmes d'ambre. Ses breloques cliquètent à chaque mouvement, s'accordant aux guitares en légers tintements. Elle n'est que pulsations, prisonnière des notes, les bras tantôt se joignent en muette supplique, tantôt s'ouvrent en grand en geste d'accolade, puis plongent vers le sol qu'ils parsèment de fleurs. Elle vit la musique et danse comme on aime, le corps entier donné, le cœur entier ouvert. Au sillon de ses seins coule un ruisseau menu que le feu crépitant colore de rouge sang. La sueur colle sa robe à sa taille si fine révélant le nombril et son creux émouvant. Elle dénoue ses cheveux et le ruban soleil ajoute des flammèches sur le bout de ses doigts. Elle est feu elle est flamme, elle brûle, elle flamboie. Le corps tendu se plie et vibre tel un arc. Les pieds frappent le sol, les bras serpentent encore, sa robe virevolte, dévoilant à l'envie ses jambes frémissantes parées de poussière ocre, ses cuisses de gazelle, son buisson ténébreux, ses hanches voluptueuses au roulis langoureux.

Ses doigts montent à sa tête envolant ses cheveux, descendent sur son cou à la courbe si douce, dérivent comme en rêve vers ses seins généreux dont ils frôlent la pulpe en gestes amoureux.

Sur ses flancs palpitants, ils poursuivent leur route, s'acheminant sans presse vers la rondeur du ventre et glissent d'un élan entre ses cuisses ouvertes.

Un  sanglot de guitare, comme un cri guttural, gémissement de cordes en accord  avec Elle, accompagne son geste et le rend plus bandant.

Elle tourbillonne encore, esquissant en tableau un champ de fleurs pourpres sur la toile du feu puis elle s'accroupie, jambes pliées ouvertes et creuse ses reins souples mimant l'accouplement.

Ses yeux fixent la nuit à travers ses cheveux, invitant l'homme en chasse à venir la couvrir.

Les mâles qui regardent sont devenus des loups, les femmes qui l'admirent se transforment en louves.

Ce soir, dans les roulottes, des corps nus s'uniront, des gorges gronderont, des sexes gonflés de sève déchireront des ventres aux moiteurs odorantes, ce soir sous les étoiles, la gitane offrira à son amant d'un soir, sa flamme palpitante.

Ce soir, c'est pleine lune, les loups vont s'accoupler.



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