Il suffira d'un signe 

veroniquethery

Clin d’œil à Jean-Jacques Goldman, à ceux qui l'aiment et aux autres...

   Le Frère que j'ai choisi me l'a assuré : une autre histoire m'attend. Et d'ajouter : crois-moi, la vie c'est mieux quand on est amoureux. Je l'ai écouté durant longtemps. Sans un mot. Selon lui, rencontrer un homme par hasard, c'est démodé. Le Destin, il n'y croit pas. Il faut le forcer ! C'est facile à dire pour lui, qui a une famille, sa tendre Lisa et leur jolie Aïcha. De toute façon, après avoir subi les délires schizo-maniaco-psychotiques de mon ex, impossible de trouver pire ! Ce serait une bonne idée que j'abandonne mes peurs afin d'aller au bout de mes rêves. « Inscris-toi sur un site ! Rencontre juste quelques hommes ! Quand la bouteille est vide, on en ouvre une autre ! » Lassée par sa logorrhée, j'ai fini par lâcher un « Je commence demain... ».


    Quelque part, quelqu'un. Ces mots ont résonné en moi toute la nuit. Aux premières lueurs du jour, le ciel, entre gris clair et gris foncé, ressemblait à mon cœur : la pluie menaçait de nous noyer. Encore un matin, sans Lui. Alors, j'ai sauté le pas, lâché des bouts de moi en remplissant un profil, décidé que le prénom Natacha me donnerait un côté plus glamour, même si j'avais longtemps hésité avec  Laëtitia. La vie par procuration commençait doucement. Je me suis décrite en évitant de trop dévoiler mon côté femme-enfant - peur de passer pour une petite fille -, ou celui de femme libérée et indépendante, qui pourrait laisser croire à ces messieurs que je suis une de ces filles faciles qui bourdonnent sur la toile.


   Juste après avoir appuyé sur le bouton « valider », quelque chose de bizarre : une vague de messages a déferlé sur mon compte. A croire que tous ces inconnus désespérés n'attendaient que moi ! L'esseulé qui pleurait : « Je marche seul et je t'attends, serre-moi contre ton cœur », le coureur qui se croit poète : « Nous ne nous parlerons pas, mais nos mains diront tout », le macho arrogant : « Sache que je suis un homme comme il y a peu et que moi seul peux rendre une femme heureuse. Mais, compte pas sur moi pour le ménage », le condescendant : « ton profil est léger, mais j't'aimerai quand même »... Tout était dit : j'allais dire adieu à cette poussière d'espoir. C'est pas d'l'amour tout ça...


   Et au moment où j'allais repartir, je l'ai croisé. Nous avons parlé ensemble durant des heures, nous avons veillé tard durant des semaines et quand nous sommes rencontrés, nous avons compris que mon ami Jean-Jacques avait raison :  « Il nous laisse vide. Et plus mort que vivant. C'est lui qui décide. On ne fait que semblant. Lui, choisit ses tours. Et ses va et ses vient. Ainsi fait l'amour. Et l'on n'y peut rien... »

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