La chute du Cygne Noir

mineka-satoko

C’est un Grand Cygne Noir qui vogue lentement

S’ébrouant par moments des manches du kimono.  

Le bel oiseau oisif, lourd et lent, cingle l’eau

Comme passent les nuages des orages de printemps.

Dans cette lente danse, ce languissant ballet

Le Grand Cygne endosse de sensuels reflets,

Car il est d’une femme péchés et déboires,

Son reflet qui aurait traversé un miroir.

Au bout de son long cou, gracilement, s’étend

Un grand bec aguicheur fardé de rose et blanc

Que surplombe un œil rouge, douloureux stigmate

De vices, et de larmes déversées à la hâte.

Paré de sa noirceur sublime, il séduit,

Quand, passant sous un saule, une branche le caresse,

Il se rengorge alors, hérisse ses plumetis

Plus entraînant qu’un paon exhibant sa joliesse.

Il n’y a pas plus charmeur que ce grand Cygne Noir,

Cette Geisha aquatique qui valse au gré des flots,

Cette coquette putain qu’on aura laissé choir,

Et qui trouva, un soir, refuge au fond de l’eau.

Cet animal obscur accoste maintenant ;

C’est la fin du voyage, c’est l’entrée en scène

D’une ballerine crevée, d’une poupée humaine

Et désarticulée, poussant son dernier chant.

Et valsant dans les flots, vêtu d’un linceul noir,

Le Cygne fut jadis une jeune fille en fleur

Par le deuil amoureux tombée en désespoir

Qui paya de sa vie le prix de son malheur.

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