L'enclume

lespizzasjoey

Elle, elle ne dit rien. Ses mains sont moites, je le sais, même si je ne les ai pas touchées. Ca se sent ce genre de choses, ça se sent comme la peur. Elle a les mains moites de peur, c’est ça que je sens. Mais il y a quelque chose qui me gêne chez elle aujourd’hui, quelque chose d’inhabituel dans son regard. Quelque chose de perdu, de vide. Alors je pose mon regard sur ses mains, elles sont serrées l’une contre l’autre. Fort, très fort. Trop fort. Soudées comme si elles détenaient une vérité qu’il ne fallait pas laisser sortir. Quelque chose d’inavouable, de honteux. Dinjustifiable même. Sûrement. Quelque chose d’assez important pour qu’elles ne se séparent pas, pour qu’elles ne puissent pas se séparer.

Elle ne dit rien. Dans son silence il y a un secret aussi lourd qu’une enclume. Aussi noir qu’une enclume. Peut-être même plus. Et moi j’entends un tambour qui me fracasse la poitrine. Voilà que j’ai peur. Et que le tic-tac de l’horloge me donne envie de vomir, alors qu’elle ne s’arrête plus de pleurer. Et toujours en silence. Ce lourd silence après ces trois mots “je suis désolée”.

Il n’y a rien à dire après ça.

Il n’y a rien à dire. Je voudrais pouvoir faire quelque chose, la prendre dans mes bras, lui dire que tout ira bien, que tout s’arrangera. Mais il n’y a rien à dire. Aucun mot pour apaiser, aucun mot pour justifier. Surtout pas justifier. Elle a raison de pleurer, c’est sûrement la seule chose qui lui fait se sentir vivante maintenant.

Elle ne dit rien. Elle est pâle c’est tout. Elle pleure et elle pâlit à vue d’oeil sur son lit d’hôpital. Le drap de la couverture ne couvre pas tout, et surtout pas l’essentiel. Elle ne sera plus jamais la même. Elle ne sera plus capable de sourire avant longtemps. Car elle n’est plus capable de vivre depuis hier.

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