Paul.

Yvette Dujardin

Il ouvre avec le passe la porte de la chambre du motel, s’efface et laisse passer la fille. Elle semble intimidée d’un seul coup, malgré la tenue qu’elle porte, qui ne va pas avec son léger recul. Sa jupe courte, son tee-shirt qui montre son nombril, ses talons hauts. Puis aussi le maquillage, un peu trop appuyé.

Lui, quand il l’avait accosté au bar, elle lui avait souri, bu et rit de ses histoires, pourtant pas vraiment drôle, il n’avait jamais su les raconter comme Paul, son ami. Mais il ne voyait pas ses yeux tristes, ni n’entendait le rire un peu trop aigu de son inconnue, il ne savait pas son prénom, cela lui était égal.

Enfin, ils sont entrés, pour lui c’est la première fois qu’il emmène ainsi une fille, certainement  facile, car elle l’avait suivi sans problème aussitôt qu’il lui a demandé si elle voulait venir boire un dernier verre dans sa chambre.

Cette chambre, il l’avait loué depuis hier, après avoir enterré  Paul.  Il ne pouvait rentrer dans son appartement, un endroit sans passé s’était imposé à lui pour dormir. Mais le sommeil ne venant pas, sa tête allait éclater sous les souvenirs, alors sous la pulsion d’un  besoin de boire, de sortir, c’est par hasard qu’il était entré dans ce bar, qui côtoyait le motel.

Installé à une table, il regardait sans les voir, les gens autour de lui. Le brouhaha lui convenait, et surtout les verres de Whisky qui se succédaient, lui procurait un bien être, une chaleur qui pour l’instant lui ôtait toutes pensées.

Puis il vit cette fille au bar, elle était seule, comme lui, buvait, le nez dans son verre, sans répondre aux sollicitations des hommes qui l’abordaient et  qui finalement renonçaient.

Pourquoi lui ? Elle avait répondu sans hésitation à son bonjour et maintenant ils sont dans cette chambre.

Il ouvre le mini bar, lui demande ses préférences, d’un simple haussement d’épaule, elle signale son indifférence. Elle regarde autour d’elle, surtout le lit, puis se tourne vers lui, un sourire triste aux lèvres. Là, il le remarque, mais dans l’état d’ivresse ou il se noie, un autre visage s’impose à lui, Paul, la dernière fois qu’il l’avait vu, avait la même expression.  Pourquoi n’avait-il pas perçu sa détresse ? Il serait encore en vie, s’il avait su, avait compris qu’il lui cachait une douleur, si forte,  qu’elle l’avait conduit là où il était maintenant.

Paul, pourquoi ?

Il secoue la tête, comme on s’ébroue, puis reviens vers la fille, deux mignonettes de whisky à la main, elle en prend une, la vide d’un coup, puis la deuxième finit de même, sans qu’il puisse réagir. Puis soudain, lui entoure le cou de ses bras, l’embrasse,  le pousse sur le lit.

Elle agit comme une automate, l’alcool  sans doute, mais il sent une goutte salée sur ses lèvres.
Des larmes, doucement, coulent sur son visage,  il la regarde sans comprendre que ses propres larmes se mêlent à elle.

Il commence à l’embrasser, mais il ne peut continuer, se retourne sur le dos et laisse couler ses larmes, tente de les essuyer, honteux de montrer sa douleur devant cette inconnue.

Il se relève, la regardant,  commence à s’excuser, mais elle le devance et lui dit : je sais qui tu es !

Interloqué, lui qui pour la première fois voyait cette fille, comment pouvait elle le connaitre ?

Je connaissais Paul aussi, ajoutât- elle !  

Paul ! Mais comment ce pouvait-il ?

Tout s’embrouille dans sa tête, jamais Paul ne lui avait parlé d’une fille, elle ment, quel est  son but ?

Il sort précipitamment du lit, se rhabille, complètement dégrisé, une seule chose  le tourmente, Paul et cette fille, qu’avaient-ils en commun ?

Il empoigne la fille et la secoue violemment :

─ Tu mens, espèce de garce, tout en hurlant et la brutalisant.

Elle, se laisse secouer, tout en pleurant silencieusement.

─ Parle, dit-il, comment connaissais- tu Paul, et moi ? Jamais il ne m’a parlé d’une fille, tu étais une collègue ?

Paul travaillait dans une grande entreprise de marketing, comme cadre supérieur, jamais il ne lui parlait boulot quand il rentrait.

─ Oui, j’étais sa collègue mais aussi sa maitresse depuis six mois.

─ C’est faux, c’est faux, hurlât-il !

Il la jeta sur le lit et enserra son cou, il voulait la voir morte, ne plus entendre sa voix, ses affabulations, Paul était à lui, à lui, pour toujours, au-delà de la mort!

Elle ne se débattait pas, le laissant faire, son visage devenait rouge, elle allait mourir, pensa-t-elle, mais c’est ce qu’elle cherchait. Plus rien n’avait d’importance maintenant, elle voulait rejoindre son amant, si tourmenté qu’il avait choisi de mourir, seul.

A suivre…

Report this text