Prière de ne pas déranger

mls

Ses illusions sont tombées comme la nuit. Aisé d’être quelqu’un quand personne ne vous connaît ! Mais alors qu’il sort de sa coquille, bernard-l’hermite dans la peau d’un autre, il lui est plus difficile de supporter le silence. Il lui a fallu rassembler tout son courage pour se montrer au grand jour, pour oser enfin sortir de lui-même. Maintenant, il regrette presque. Certes, il ne se reproche pas d’avoir pris cette décision, parce qu’elle l’a transcendé. Il se blâme seulement de ne plus être capable de se passer de ce jour, de cette lumière, de ces projecteurs qui lui tiennent chaud. Sa vie était plus simple dans le noir.

Ses illusions se sont brisées comme du verre. Comme elle est fragile, la personnalité d’un homme ! Si la pâte qui la forme est quelconque, transparente et d’une malléabilité parfaite, il suffit d’un peu et il a vite fait de se rêver de cristal ! Orgueil de l’homme qui n’est rien et se croit tout. Aujourd’hui, son éclat s’est terni, faute d’entretien. La pâte de verre n’est plus, le cristal n’est plus, il est rayé, abimé par la vie limpide et scintillante qu’il a voulu se construire. Mais sa vie est juste celle, simple et solide, d’un verre blanc ordinaire.

Ses illusions sont englouties comme une épave. Quelles que soit sa beauté ou sa modernité, réelles ou imaginées, il repose à un endroit où personne ne le verra plus jamais. Quelques curieux, peut-être, et encore. Il gît par les fonds, où règnent la tranquillité, l’obscurité, le silence. Présence fantomatique parmi d’autres, inhumaines et inconnues, il se retrouve, il retrouve son essence. Car il n’est plus rien que ce qu’il était au départ, avant le début de son rêve : recueillement, solitude, ténèbres, labeur. Prière de ne pas déranger.

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