''Quand je connaîtrai ton âme, je peindrai tes yeux''

enzogrimaldi7

https://youtu.be/mPAkgXipc2U

 A l'heure où les habitants de la planète entière s'exposent sur la toile, il est de glorieux artistes qui n'eurent pas ce bonheur bien que le méritant cent fois. Et parmi les plus grands, figure celui dont la trajectoire, fulgurante comme certains autres écorchés, est empreinte de tragédies. Amédéo Modigliani, peintre flamboyant entre deux siècles chaotiques, eut dès l'aube de sa vie, maille à partir avec les huissiers, et ceux ci, tels des fossoyeurs, seront encore là pour détruire le plus bel instant de son existence: sa seule et unique exposition en 1917.


Des nus, rendez-vous compte! Malgré tout son charisme, l'effrayante Berthe Weill ne put épouvanter les empêcheurs de peindre en paix. Ces limiers resteront donc à jamais ceux qui mirent brusquement fin au seul moment de liesse en public du plus grand peintre de tous les temps: de quoi rôtir en enfer pour l'éternité. Quant à la galerie du 50 rue Taibout (Paris 9eme), il ne fallait pas être un génie pour décider d'en faire un site de pèlerinage au lieu de la laisser en pâture aux magnats du cac 40.


Condamné à une mort lente avant 40 ans, Modigliani comprit que son salut ne se trouverait que dans la transcendance. Vite conscient d'un don du ciel reçu peut-être en contrepartie d'une santé défaillante comme une sorte de pacte avec les dieux, il ne tarda pas à se distinguer de ses pairs. Dès sa jeunesse donc, l'enfant des étoiles commença à produire quelques œuvres dignes d'intérêt. Il intègre enfin L'Ecole de Paris à l'âge de 22 ans en 1906, et se révèle dans un style brut sans retouches dont la dextérité impressionne tout le monde au Bateau-Lavoir.


En réalité c'est vers 1914 que Paris l'adopte définitivement. Outre l'irrésistible attraction artistique de la capitale, son choix de la France trouve sa source au sein de sa mère née à Marseille. Vite admis par la bande à Picasso et les habitués de Montparnasse qui lui reconnaissent un talent hors-norme de portraitiste, il invente son estampille: l'arrière plan se dépouille, les cous et les visages s'allongent et les yeux prennent un aspect singulier, dénués de pupille ou d'iris. Installé à La Ruche, il gagne sa vie avec des tableaux vendus alors pour des bouchées de pain, aujourd'hui valant une fortune. (Ci contre: Nu Féminin Assis, 1916.)


Pendant ce temps, une jolie étudiante d'art faisait ses classes à l'Académie Colarossi, un établissement prestigieux qui accueillit entre autres, Paul Gauguin et Camille Claudel. Cette demoiselle, comme ses comparses, apprenait donc à croquer des parangons, lorsque survint dans sa vie celui dont la réputation commençait à sortir du cadre. Rien ne put empêcher Jeanne Hébuterne de tomber amoureuse de Modigliani et d'en devenir la femme de sa vie.


Le style du peintre s'affina et s'encra pour l'éternité. Inspiré par Jeanne, modèle et égérie, Modigliani alla au delà de la prouesse, au delà de la grâce. Il acquit le don de pénétrer l'âme de ses sujets. Et cela resurgit avec une telle force, une telle beauté dans ses toiles, qu'il fit l'unanimité au sein du groupe de monstres qui défrayaient la chronique dans ce Paris qui appartenaient aux artistes et non aux charlatans: Picasso, Rivera, Utrillo, Jacob et Cocteau.


Fâcheusement rattrapée par la tuberculose et les excès, l'étoile Modigliani se mit à ciller.  Dès lors ses toiles prirent une dimension mystique car réalisées dans la souffrance et l'extase, jusqu'à la dernière: un autoportrait unique, achevé la veille de son extinction. Mais l'œuvre que nous retiendrons en épilogue, c'est le tableau intitulé Jeanne (1920), celui où, après avoir maintes fois sondé son âme, l'artiste fait apparaître enfin les yeux de sa promise, éclatants au grand jour, comme la preuve d'un amour impossible à avouer dans les méandres d'une fin de vie en grandiose ligne de fuite.


                                                                          2017

  • Mes compliments pour votre prose et d'avoir choisi spécialement Modigliani, pour sa singulière manière de peindre , ce n'est pas donné à tous les peintres de pénétrer l'âme d'une Femme, et c'est ce qui transparait dans son oeuvre, c'est fascinant il possède ce talent - Bel été Enzo

    · Il y a 4 mois ·
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    rosedulas

    • Très heureux que ce texte vous ai pénétrée. Modi? Le plus grand, sans aucun doute.

      · Il y a 4 mois ·
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      enzogrimaldi7

  • Le propre d'un artiste est de faire jaillir ses tripes. La peinture de Modigliani, que j'apprécie énormément, en est une expression très particulière.

    · Il y a 4 mois ·
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    daniel-m

    • Très heureux que vous l'aimiez. Il est immense, et le mot est faible.

      · Il y a 4 mois ·
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      enzogrimaldi7

  • Bravo et merci d'avoir mis à l'honneur cet artiste méconnu

    · Il y a 4 mois ·
    Cavalier

    menestrel75

  • Je ne connaissais pas sa vie. Cet exposé apporte un autre éclairage très intéressant.

    · Il y a 4 mois ·
    Coquelicots

    Sy Lou

    • C'est l'idée oui. Un personnage fascinant et une peinture éblouissante.

      · Il y a 4 mois ·
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      enzogrimaldi7

  • Sur le thème de la Peinture, recherche et exposé intéressant.

    · Il y a 4 mois ·
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    Marcus Volk

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