À contre-pied

petisaintleu

Johnny, affalé sur son canapé éculé en velours, sirote de la Corona en comatant devant des programmes musicaux où des rappeurs défilent avec des bimbos siliconées. Il a baissé le son, saoulé de leurs borborygmes qui lui rappellent la soirée du 4 juillet. Son pote Kevin avait vidé toutes ses tripes. On aurait dit un F/A-18 au décollage du porte-avion John F. Kennedy parti démontrer la toute-puissance de l'Oncle Sam. En émergeant, il n'était pas mieux. Il s'était retrouvé au milieu d'un champ de maïs, le jean en lambeaux et la Converse du pied droit envolée.

Il a compris que la cocaïne de mauvaise qualité achetée à un petit caïd se marie mal avec le Jack Daniel's. Il ne reverra son dealer qu'à la Saint-Glinglin. Les flics l'ont pincé et il purge cinq ans à la prison de Saint-Quentin.

Une de ses rares occupations consiste à se chatouiller les couilles. Plus précisément la gauche, l'autre s'étant volatilisée sur une mine antipersonnel, le poil à gratter local, lors d'une patrouille en Afghanistan. À son engagement au sein de l'armée, les Arabes et le 11 septembre lui étaient étrangers, à l'égal du premier amendement de la Constitution américaine. Dans son bled il ne les avait pas côtoyés. Que seraient-ils venus glander ? Il n'y a pas l'once d'un job aux alentours et la moustache s'affiche à la barbe des intégristes.

Au lycée, le sergent recruteur l'avait berné en l'embobinant sur la patrie et la possibilité de vadrouiller. Johnny avait signé. Ce qu'il en a gardé, c'est une pin-up. Un membre du corps des marines rencontré à Kaboul l'avait tatouée sur son épaule. Une blennorragie lui avait permis durant plusieurs semaines de zapper la moitié de sa gonade manquant à l'appel. Ce qui ne l'empêche pas d'être en mesure de hisser le drapeau. Sa bannière se tend fièrement vers les étoiles du nirvana.

La cité avait été prospère. Les années 1880 virent débarquer en carriole des pionniers des états voisins attirés par les usines textiles florissantes. Les ultimes collines franchies, ils découvrirent avec étonnement l'Eldorado au détour d'un virage poussiéreux. À l'horizon, on apercevait des espèces animales sacrifiées au profit des cultures céréalières. Ils étaient tous mus par la foi en cette Jérusalem du capitalisme triomphant.

Ils cessèrent leur errance. Certains s'étaient aventuré plus loin à l'ouest, peut-être à Bel Air ou à Frémont. C'était la belle époque. Tout arrivant qui en avait la volonté et s'en donnait les moyens pouvait grimper dans la hiérarchie sociale.

Ses trisaïeuls n'avaient pas su attraper la diligence en marche. Il y a trois générations, on se contentait de survivre des subsides des nantis. Chacun pour soi et Dieu pour tous. C'était le Far-West. Autant en emporte le vent du libéralisme.

De nos jours, il ne reste qu'à se bouger pour se rendre au McDonald's. On s'y déglingue l'estomac à coups de Coca-Cola et de cheeseburgers. Le dimanche, quand Johnny se sent d'attaque et que subsistent quelques billets, il amène sa copine Cindy pour reluquer un Bruce Willis. Ils aiment bien ça. Il la pelote à son aise, sans redouter les inquisiteurs aux mœurs conservatrices. On n'est pas en Californie, l'azur est sombre. Ici, on ne se balade pas le cul à l'air. C'est toujours pareil dans les zones rurales excentrées des métropoles. On se confie au Divin. Ça évite de s'interroger et on poursuit sa vie tranquillement. L'aventure, c'est l'apanage des astronautes de Cap Canaveral. Il est urgent de voler en rase-mottes dans un esprit terre-à-terre.

Cindy est coiffeuse. À la lecture des magazines, elle rêve d'être Frédéric Fekkai. Elle reçoit les effusions de Jodie Foster, de Sigourney Weaver ou de Michael Douglas. Au quotidien, elle en est encore à balayer des choucroutes peroxydées. Au mieux, escompte-t-elle se mettre à son compte. Elle serait la propriétaire d'une onglerie ou d'un institut de beauté. Elle ravalerait les rombières et les maquillerait à l'instar d'un kenworth t2000.

Pour gonfler son maigre pécule, elle taille des plumes. La patronne part fréquemment se faire défriser chez ses amants. Elle chouchoute des barbons qui se figurent retourner quarante ans en arrière lorsqu'ils singeaient des cow-boys dans des chevauchées fantastiques. Ils s'accrochaient à des croupes généreuses. L'affaire bâclée, ces-boute-en-train de seconde main rentrent la queue basse au corral. Ils se font farcir de remontrances par des lèvres lasses. Quelle importance ? Grâce à Monica Lewinsky, il y a jurisprudence. C'est une sorte de pouce-on-s'amuse en forme de majeur jeté à la face des pète-sec. Beaucoup d'entre eux s'en sont fort bien accommodé.

Son mec le sait, mais il n'est pas jaloux. Il a ses chimères de buildings, d'Hollywood et d'Ashlynn Brooke. Par procuration, il se connecte sur Porn hub, un site où des starlettes de la levrette balancent des photos et des vidéos, au cœur d'une surenchère de glory holes, de golden showers et de fist fucking.  Elles ont l'espoir de s'embourgeoiser en posant à la une de Play-Boy.

Johnny est un passionné des bagnoles de collection. Miraculeusement, son quasi-crétinisme, fruit de la consanguinité, cède la place au génie dès qu'il se plonge dans la mécanique. Le cambouis et les vapeurs d'essence ont des vertus ignorées de Milton Erickson, bien moins douloureuses que les lobotomies de Walter Jackson Freeman.

Il y a cinq ans, il a dégoté une Nash Rambler 4-door Sedan millésimée 1954. Elle appartenait à un médecin. Au vu du nombre de miles au compteur, il l'avait conduite avec parcimonie. La Marlboro fixée aux babines, il devint un orfèvre. Le joint de culasse et le carburateur n'ont pas de secrets pour lui. Il dépanne quelquefois un fermier des environs.

Il est trop fier d'exhiber sa caisse. Par opportunisme, on l'invite à des barbecues dominicaux en guise de remerciements pour s'empiffrer de ribs.

Viendra le temps où il se cassera. Il écoutera une station diffusant un rock FM ou un indémodable Elvis. Il arpentera, d'interminables lignes droites, fenêtre ouverte pour bénéficier de sa liberté, la peau écarlate sous un soleil accablant, et les Ray-Ban vissées sur le nez. Nulle crainte qu'un gyrophare ne lui colle aux fesses. Ce n'est pas la vitesse qui l'intéresse.

Kevin habite à quatre rues de chez lui. Ses parents l'ont prénommé ainsi en hommage à Costner. Ils l'avaient adoré dans Danse avec les loups et Robin des bois et ils pensaient qu'il serait un porte-bonheur. Rien ne s'est déroulé de cette manière. Kevin a les dents cariées à cause des Oreo dont il raffole. Fan de Mike Tyson, sans en avoir le talent, il pratique la boxe. Son appendice nasal évoque une patate écrasée. Virtuellement, sur sa Xbox, il a réussi à foutre KO le poids super-welters philippin Manny Pacquiao.

La bourgade n'est pas étendue. Néanmoins, si vous n'êtes pas du coin, il vous sera difficile de vous y repérer. Les friches industrielles, les uniques points remarquables, sont implantées en périphérie. Elles sont fréquentées par des chiens faméliques ou, la nuit du samedi, par des adolescents désœuvrés. Toutes les masures se ressemblent. Des briques rouges, dont la laideur s'assortit avec le ciel bas, gris et souvent pluvieux. Avec un peu d'imagination, on se croirait dans une déportation de Dickens.

Chez Kevin, c'est un royaume de bric et de broc. Dans la cuisine, d'antiques chaises en vinyle font tâche à côté de l'imposant frigo Panasonic. Sa machine à glaçons pourrait servir de laboratoire d'essais bactériologiques. Un rocking-chair chiné dans une brocante siège dans le salon. À l'étage, il dort sur un matelas pourri flanqué au sol. Les toilettes ne sont que l'ombre d'elles-mêmes.

Pour échapper à cette médiocrité dont il a vaguement conscience, il va parfois avec Johnny au Kentucky. On n'est pas dans une boîte à la mode ; la piste est dépeuplée. Le tenancier est old-school. Il hait la techno qui à ses yeux est l'attribut des New-Yorkais. Il est fidèle à sa religion, à la genèse, la Country Music. Pour lui, ce n'est pas ringard. C'est la base pour s'évader. Fin connaisseur, il apprécie que cohabitent une mandoline italienne, une lap-steel hawaïenne et un banjo africain.

Mais pour Johnny, c'est quoi l'Amérique ? Dos Passos sonne à ses oreilles telle une marque de Chili con carne d'une pub sur le canal 17. Les Simpson, il connaît, sans en deviner toutes les subtilités. Dans un épisode, Bart était envoyé en France tandis que la famille accueillait un étudiant albanais. Il a ri bêtement. Albany, Albanie, la perfide Albion ou Paris lui sont tout aussi inaccessibles que le Paraguay, le Malawi ou le Timor oriental. Il n'a pas eu les ressources de pousser jusqu'à l'Océan Atlantique.

Johnny s'est réveillé fatigué. Il a pourtant enchaîné ses dix heures de sommeil, tout comme ce sera le cas le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite. Jusqu'à l'instant où ce il a eu une révélation Il a tiré du tiroir de la commode le revolver Colt New Service, calibre 0.45, vestige de la Seconde Guerre mondiale et cadeau de son grand-père. Celui-ci avait veillé à le bichonner. Il avait formé son petit-fils à son entretien et à son maniement. Il s'est préparé en sifflant pour accompagner Shakira à la radio. Il s'est habillé en noir, estimant que la couleur était de circonstance. Il n'a pas eu peur et il n'a eu aucun sentiment en particulier. Il a planqué l'arme dans sa parka. Les poches sont profondes et ne laissent rien présager. Il est passé à proximité de l'église et de la mairie. Après le cimetière, il a tourné à gauche pour continuer sur cinq-cents mètres jusqu'au bahut. Il s'est remémoré ses copains et Jessy, une jolie majorette. Georges, le gardien, l'a reconnu. Johnny lui apportait autrefois des légumes du jardin familial. Il s'est inquiété de sa gueule terreuse. Johnny l'a rassuré en lui sortant une blague : son testicule fantôme ne lui lâchait pas la grappe. Puis il a pipeauté Georges pour s'introduire dans l'enceinte de l'établissement. Il a prétexté un livre à restituer à un de ses anciens enseignants.

Il maîtrise bien les lieux. Il s'est dirigé vers la chaufferie, derrière le terrain de basket et a pénétré par une entrée secondaire qui n'était pas fermée à clé. Une fois à l'intérieur, il a emprunté le tunnel qui mène au bâtiment 2. Il l'avait exploré, après être tombé par hasard sur le National Geographic. Un documentaire y traitait des souterrains de l'université de Columbia. Il a débouché au rez-de-chaussée pour s'incruster chez mademoiselle Smith, la prof d'anglais, un transfuge britannique. Il n'a pas frappé à la porte.

Parvenu au bureau, il a brandi son flingue. Avant que la panique ne gagne la classe, il l'a abandonné. Il a levé les mains et s'est éloigné du pupitre. Il a pris alors la parole, dans un silence assourdissant.

 Le cerveau humain demeure un mystère. Les personnes les plus sensées peuvent péter un boulon. Marylin Manson aurait un QI de 148. Johnny nous l'a joué à l'envers. Il a été gracié, lui, le damné. Il a dit : « Soyez sincères, sans violence. Profitez des espaces qui sont en vous, infinis. Suivez vos aspirations. Oubliez les loups de Wall Street, la sempiternelle course des marketeurs d'Apple. Ils ont inventé une soif que vous n'étancherez jamais. Ce matin, j'ai émergé avec l'image du gamin afghan que j'ai protégé. Nous étions sous un feu nourri des Talibans. Je me suis souvenu de son regard vide et désespéré. ».

Depuis, Johnny sillonne la route. Il a bossé deux mois chez Disney. Il a rejoint le Sud. Un couple d'excentriques l'a adopté. Il a effectué le tour du pays dans un camping-car aux allures de chambre d'hôtel de Las Vegas. Il dompte la faim, le chaud et le froid. Il a noué des relations : des punks à coiffure de Sioux, des Mexicains qui, après avoir parcouru le désert, avaient des projets d'intégration. Il a croisé des bannis rusés, plus vicieux que des coyotes. À chacun ses ambitions : Davy Crockett, Wounded Knee ou le Grand Canyon. À chacun de se créer son pays de cocagne.

Ce n'est pas l'Amérique ni le Pérou.

Mon Amérique est différente, c'est Fourmies, une ville paumée dans le Nord de la France, sur les contreforts des Ardennes. On jurerait être dans le Midwest ou l'Illinois, Comté de Sangamon, capitale Springfield. Les seuls Américains qui l'ont visitée furent les libérateurs de la 3e division du général Rose le 2 septembre 1944. Après avoir offert des chewing-gums et du chocolat aux marmots éberlués, ils s'engouffrèrent vers la Belgique et l'abattoir de la forêt de Hürtgen. Une similitude la relie à l'Amérique. Le taux de chômage qui frôle celui de Detroit ou des faubourgs noirs de Chicago. Il y a une date commune avec cette dernière : le 1er mai. En 1886, pour Chicago et en 1891 pour Fourmies, des travailleurs réclamant la journée de huit heures furent abattus par la troupe. On parlait alors d'Internationale Ouvrière remplacée aujourd'hui par la mondialisation et la globalisation.

Rien n'a vraiment changé des deux côtés de l'Atlantique et je réalise, qu'au-delà des clichés, nous sommes semblables.

  • j'te monte la note, mérite + que 3.8, y'a du taf là !!!

    · Ago over 6 years ·
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    Christophe Paris

  • tip top tout àa fit ta plume que je reconnais, pleine de talent, j'aime bien tes tournures merci pour la lecture :) bonne chance

    · Ago over 6 years ·
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    Christophe Paris

    • Merci Christophe.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

    • Je te conseille tête bêche à Dunesin, écrite également dans le cadre d'un concours.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

  • Je suis arrivée trop tard pour ta demande, désolée, mais je ne vois pas en quoi, j'aurais pu te rendre service. J'aime beaucoup ton texte, c'est tout toi, un peu d'humour, du cynisme, de la vulgarité en place du poivre, de l'érotisme, du rêve... Des bonnes descriptions (merci Wiki) une bonne représentation du genre du personnage un peu rednek. et du combattant. Un peu d'histoire... c'est bien complet.le style est coulant et se lit facilement, peut-être un peu trop de nom de lieux cela fait un peu "Géo" mais cela passe. J'ai surtout aimé le réalisme dans la description psychologique de ton personnage, je l'identifie dans mon esprit, je le vois. Mais qui suis-je pour donner un jugement? Le mien est positif. Ton texte est bien travaillé, lu et relu,je crois par plusieurs et en plus de ce travail c'est un beau rapprochement entre auteurs et je regrette de ne pas en avoir fait partie... Bonne chance ami! kiss

    · Ago over 6 years ·
    One day  one cutie   23 mademoiselle jeanne by davidraphet d957ehy

    vividecateri

  • On sent la spécialiste. ..

    · Ago over 6 years ·
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    petisaintleu

    • Dis donc toi... ;)

      · Ago over 6 years ·
      Ete2012

      Valérie

  • fucking sans S avec un point derrière... et n'oublies pas la virgule sur ta dernière ligne après le que... That's all my brother. Congratulations !

    · Ago over 6 years ·
    Ete2012

    Valérie

  • Quel talent, quelle culture !
    Pour moi, presque dommage voire inutile cette fin qui casse tout le rythme et l'énergie grandissante de ce Héros fort attachant car oui on s'y croirait et on y croit !!!

    Sauf que zut l'auteur a tellement de choses à livrer qu'il ne sait comment s'arrêter...
    Tu vois, c'est comme un Artiste qui peint un superbe tableau et le retouche encore et encore. Mais pour sa touche finale c'est encore tout un art aussi pour lui de savoir dire Stop, pk en rajouter ?

    Enfin voilà, c'est mon avis...
    Bonne chance pour le concours :)

    · Ago over 6 years ·
    Mariemad

    Ma Ma

    • Ben, c'est voulu ! D'abord que l'on s'attend sans doute à un massacre à la Columbine. Et surtout dire que nos cultures ne sont pas si différentes. Et enfin, il fallait 15000 caractères maxi. J'en suis à 15000. Petit challenge personnel ;) Et Merci !!!!

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

    • Oui, et puis comme je viens de relire à l'instant les conditions du concours, ça peut le faire ;)

      · Ago over 6 years ·
      Mariemad

      Ma Ma

    • Pour la culture, merci Arte ! Et je suis originaire de Fourmies. Donc, le 1er mai 1892 et celui de Chicago (le 3 en réalité je crois mais chut...), ça fait partie de l'histoire de la ville.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

    • Exact. Et je voulais pas d'un truc gnangnan, je voulais surprendre. Racontez votre Amérique. C'était trop con de parler des USA que je connais pas d'ailleurs.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

  • Il faut y croire !!

    · Ago over 6 years ·
    W

    marielesmots

    • Ben, on croise les doigts. C'est dans les tuyaux maintenant.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

  • Oui sincèrement, dans le ton, on accroche bien, je vois que Monsieur st un gagneur et y a mis du coeur , le faire corriger par des profs agrégés, j'en ai aussi dans ma famille, agrégés de philo !!, je pense que tu as toutes tes chances !!

    · Ago over 6 years ·
    W

    marielesmots

  • Une plongée réaliste dans l’Amérique profonde, écrite dans un style lui aussi très américain, on s'y croirait vraiment...

    · Ago over 6 years ·
    P1000170 195

    arthur-roubignolle

    • Ah merci. C'est vraiment ce que je voulais ! Et faire tomber le couperet à la fin.

      · Ago over 6 years ·
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      petisaintleu

    • La chute t'a surpris ?

      · Ago over 6 years ·
      Photofp3

      petisaintleu

  • Une nouvelle bien écrite, avec sa dose d'humour et un brin acerbe !! Tout toi !! bonne chance pour le concours !!

    · Ago over 6 years ·
    W

    marielesmots

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