"J'ai une maison pleine de fenêtres"

Colette Bonnet Seigue

Les fenêtres de la vie ont raison garder dans la candeur de l'âme avide d'insatiables horizons…

 


 

Il pleut sur la colline,

Je regarde la campagne encore endormie.

Au loin, en petites touches cotonneuses,

Une brume joue avec les arbres-fantômes.

De la vitre, la pluie en dégoulinade

S'engouffre sous mes paupières.

Je n'ouvrirai pas la fenêtre

Ce jour sera gris…

 

Aujourd'hui, le soleil pointe son nez

Sur ma joue.

A battants ouverts,

Je vois le jardin renaître.

Malgré la froidure

Deux petites voix s'égayent.

L'été est là,

A portée de cœur !

Ça sent le bonbon du soir

Chez grand-mère…

 

Dans l'entrebâillement de la fenêtre de ma chambre,

Je peaufine ma mémoire,

J'ai peur de la sanction à l'école !

Les leçons s'entrechoquent dans ma tête

Sous les rais d'un soleil levant.

Apprendre et apprendre encore !

La peur oblige…

 

Fenêtre à tulle rose

Un nid aux yeux bleus

Bercé par la brise douce

De ta naissance !

Ouvrir tout grand

La maison qui chante

Ton premier cri !

Un sourire d'ange

S'accroche au bonheur…

 

Timide fenêtre

Aux battants peureux

Ouvre-toi au silence du monde

Juste pour son écoute !

Un oiseau chante sur ton bord

Roulade d'un amour

Indélébile…

 

Fenêtre docile de la mémoire

Toute prête à s'ouvrir

Sur le temps disparu !

Crémone complice,

Ouvre tes battants

Sur le jardin de mon enfance !

Un parfum de lys

S'y réveille…

 

Là, une fenêtre close

A jamais.

Le noir s'incruste

Dans un dernier souffle

Aux souvenirs murés.

J'ai froid…

 

Ouvrez-vous fenêtres !

Laissez pénétrer l'ultime courant d'air

De la vie renaissante

Aux petits matins fleuris,

Ensorceleurs !

Empêchez le temps pressé

De s'agripper

Comme lierre aux souvenirs sombres

Trop sombres !

Je vous laisse ouvertes

Sur cet éternel amour

Vivifiant,

Ensorceleur…

 

Regard souverain

Fenêtres ouvertes

A la vie experte

D'un croque-matin.

 

Petit opercule,

Les envols chagrins

Et manichéens

La nuit, déambulent.

 

Lucarne sur rêve

Comme une âme sœur

Ouverte au bonheur

Que le ciel enfièvre…

  • Les fenêtres, comme autant de moments de vie, de saisons ou d'état d'âme... Tantôt, on aimerait les ouvrir en plus grand que de raison pour s'évader vers des horizons infinis, tellement ceux-ci semblent d'une beauté inépuisable ; tantôt, on aimerait les emmurer à jamais parce que la tristesse du dedans et celle du dehors se valent, en fin de compte. Du printemps à l'hiver, de la plus tendre enfance au dernier soupir, elles feront toujours un peu partie de nous-mêmes, et surtout de notre imagination, de nos peurs et de nos rêves...

    Je sais combien ce poème a aussi une signification très contemporaine pour toi, qui aimerais tant pouvoir laisser pénétrer en toi l'air d'une époque plus insouciante, pour toi-même et les tiens, et je me doute bien à quel point tu avais besoin d'y exorciser la douleur de fenêtres à jamais refermées. Mais je trouve qu'on peut tout aussi bien lui donner un sens infiniment plus commun à nombre de nos frères et soeurs en humanité, tant il y a, sur cette Terre, de destins trop complexes, trop agités pour trouver un jour leur place définitive dans l'embrasure d'une fenêtre ; et c'est bien pour cette raison qu'il aurait également beaucoup parlé à mon coeur si je n'avais rien su de la tempête que tu traverses !

    Dans l'espoir que les volets du proche avenir puisent s'ouvrir sur des paysages plus paisibles, je te remercie d'avoir partagé ces vers, t'embrasse bien fort et te dis à très vite:-)

    · Ago 6 months ·
    Default user

    Christian Knoll

  • Les fenêtres, comme autant de moments de vie, de saisons ou d'état d'âme... Tantôt, on aimerait les ouvrir en plus grand que de raison pour s'évader vers des horizons infinis, tellement ceux-ci semblent d'une beauté inépuisable ; tantôt, on aimerait les emmurer à jamais parce que la tristesse du dedans et celle du dehors se valent, en fin de compte. Du printemps à l'hiver, de la plus tendre enfance au dernier soupir, elles feront toujours un peu partie de nous-mêmes, et surtout de notre imagination, de nos peurs et de nos rêves...

    Je sais combien ce poème a aussi une signification très contemporaine pour toi, qui aimerais tant pouvoir laisser pénétrer en toi l'air d'une époque plus insouciante, pour toi-même et les tiens, et je me doute bien à quel point tu avais besoin d'y exorciser la douleur de fenêtres à jamais refermées. Mais je trouve qu'on peut tout aussi bien lui donner un sens infiniment plus commun à nombre de nos frères et soeurs en humanité, tant il y a, sur cette Terre, de destins trop complexes, trop agités pour trouver un jour leur place définitive dans l'embrasure d'une fenêtre ; et c'est bien pour cette raison qu'il aurait également beaucoup parlé à mon coeur si je n'avais rien su de la tempête que tu traverses !

    Dans l'espoir que les volets du proche avenir puisent s'ouvrir sur des paysages plus paisibles, je te remercie d'avoir partagé ces vers, t'embrasse bien fort et te dis à très vite:-)

    · Ago 6 months ·
    Default user

    Christian Knoll

    • Merci Christian pour ce gentil et pertinent commentaire. Oui, bien-sûr il y a beaucoup de fenêtres à ouvrir aujourd'hui si je me tourne vers ce monde en demande. C'est vrai que les miennes sont en ce moment dans les courants d'air de ma vie bien dure!

      · Ago 6 months ·
      13335743 1312598225434973 3434027348038250391 n

      Colette Bonnet Seigue



  • Ont été livrées les fenêtres éteintes,

    Fermés les horizons d’un mur végétal,

    Entortillé le cordon ombilical …

    S’est édifié, pierre à pierre un labyrinthe.



    Personne n’en a jamais vu la sortie

    On ne traverse pas de jardins aux orangers,

    Mais une jungle épaisse de tous ses dangers,

    Gardée de ronces, barbelés et d’orties.



    La nuit commence, quand s’éteint la joie,

    Les rideaux tombent, rien ne trouve sa place,

    Il n’y a de palpable que ce que les années amassent,

    Et qu’on chemine seul sur le chemin étroit,



    Que l’on imagine bordé de précipices,

    Sans savoir la direction où nous mène,

    Le mystère de la condition humaine,

    Quand la peau se ride et se plisse.



    Et dans la lente course vagabonde,

    D’autres sentiers sortent des bois,

    Certains portent des lanternes, et d’autres des croix,

    Errant au bord de lacs sombres, dont on devine l’onde.



    Chacun garde cependant un peu d’espoir,

    Soit par conviction, soit par prière,

    En souhaitant qu’enfin revienne la lumière,

    Pour voir changer le cours de l’histoire

    · Ago 6 months ·
    Another flying machine     ( zouing machine)

    rechab

    • J'aimerais bien changer à ce jour le cours de ma dramatique histoire! Merci Rechab pour ce beau poème en retour

      · Ago 6 months ·
      13335743 1312598225434973 3434027348038250391 n

      Colette Bonnet Seigue

  • Ouvrir les fenêtres et laisser entrer doucement la lumière sur les souvenirs.... pour supporter l'insupportable... Avec toute la délicatesse et la poésie de tes mots Colette. Je t'embrasse très très fort.

    · Ago 6 months ·
    2018 01 13 13 02 42

    angemarina

    • Je t'embrasse aussi très fort avec un grand merci pour ton gentil commentaire.

      · Ago 6 months ·
      13335743 1312598225434973 3434027348038250391 n

      Colette Bonnet Seigue

  • se tenir au bord du monde en entrouv'rant encore des fenêtres , un texte magnifique

    · Ago 6 months ·
    Photo

    Susanne Dereve

  • Chère Colette, le "croque-matin" me séduit particulièrement ! Poème aérien et tendre sur les "yeux" de nos maisons et logis et de nos regards et souvenirs des saisons de nos vies ! Le gris, le noir et la floraison qui va arriver et aider à supporter, et porter l'inoubliable ......
    merci Colette de toute cette délicatesse !

    · Ago 6 months ·
    Ma photo

    theoreme

  • Chère Colette, c'est le poème de souvenirs en souffrance...avec juste cette lucarne ouverte sur un coin de bonheur...Moi aussi je t'embrasse très fort !

    · Ago 7 months ·
    Louve blanche

    Louve

  • Comme c'est fluide, comme c'est doux, comme c'est poétique, comme c'est beau, comme c'est chaud...
    Tout TOI quoi, Colette fidèle dans ton univers multivert !

    · Ago 7 months ·
    Photo0486

    Apolline

  • que de plaisir quand les mots coulent le mal dans les ruisseaux...

    · Ago 7 months ·
    017

    occhuizzo-marc

  • Ouvrir les fenêtres c'est ouvrir son coeur à la vie. Les souvenirs n'ont rien à craindre ni du jour, ni de la nuit ils se lovent dans chaque parcelle de notre esprit.

    · Ago 7 months ·
    Chainon manquant

    dechainons-nous

    • Oui en effet, sauf si ils sont douloureux avec cicatrices! Merci à vous.

      · Ago 6 months ·
      13335743 1312598225434973 3434027348038250391 n

      Colette Bonnet Seigue

  • C'est la maison de ton coeur Colette, ouverte aux fenêtres des souvenirs de la vie. Je t'embrasse de tout mon coeur.

    · Ago 7 months ·
    Version 4

    nilo

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