Louve

Julien Darowski

Je consens à m'anéantir,
À me laisser déchiqueter par la meute,
Car je reviendrai demain,
Impitoyable loup à la crinière soyeuse,
Fauve indomptable.
J'aurai les canines d'or et de nacre,
Ma langue sera rugueuse comme la pierre,
Brûlante comme le feu.
Mes hurlements se feront entendre partout,
J'aurai le museau de la noirceur du charbon,
Le pelage immaculé des neiges,
Mes pattes seront pourvues de griffes
Tranchantes comme l'acier,
Je serai indestructible.
Et je te vengerai enfin,
Toi, ma mère,
Louve injustement blessée
À l'enfance confisquée.
J'irai, sauvagement,
Mordre la vie jusqu'à la faire saigner
Pour qu'elle te rende amour et dignité.
J'irai chasser les mâles prédateurs
De tes flancs reproducteurs
Et tous ces charognards qui te traquaient,
Comme une proie,
Pour ta beauté.
Ils ignoraient
Combien ta peau,
Tiède et protectrice,
Était épaisse.
Ils ignoraient
Que tes crocs pouvaient lacérer,
Que, dans ta gueule,
Se cachait des mâchoires capables de broyer la chair et les os.
Mais moi, je le savais.
Car je suis né dans ton ventre,
Tu m'as allaité,
Tu m'as porté par le cou,
Et tu m'as fait comprendre,
En léchant une à une mes plaies ensanglantées,
Qu'il fallait s'unir dans la pénombre des forêts.
Et quand la lune s'en ira,
Tes yeux resteront,
Comme des saphirs luisant dans la nuit,
Comme des topazes mêlées d'azur et d'argent.

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