Révéler son vrai visage

enzogrimaldi7

A toi...
Vous m'avez écrit une lettre de la brûlure de votre corps, elle sent bon le sang et les humeurs dont s'arrose votre intimité quand à l'amour des hommes vous vous abandonnez.                                        Moreau, Adoration de Nona

Il est illusoire de croire que l'on n'est pas seul. Bien moins évidentes qu'il n'y parait, nos rencontres, celles qui ne sont pas soumises à l'intérêt ou à l'organigramme, celles animées par nos profondeurs, sont des moments miracles que l'on s'arrache les uns aux autres.


Le reste du temps la subordination fait rage entre tous. La technologie a eu beau essayer d'aplanir les aspérités hiérarchiques, rien n'a changé ou plutôt si: fut un temps l'organisation était grotesque et criante, la voilà aujourd'hui plus sournoise.


A l'école les leaders ne sont plus charismatiques que sur consoles. En Angleterre les ados désabusés du système bottent en touche en allant à la pêche, activité plus cruciale que Gameboy. Nous aimerions en voir quelques uns se regrouper pour refaire le monde à la façon des poètes disparus.


Fréquenter le seul endroit de la ville où les gens se déplacent pour autre chose que la rituelle beuverie donne une chance, aussi mince soit elle, de trouver quelqu'un à part. Quelqu'un non soumis aux règles absurdes de la pression sociale qui fait de celui ou celle qui a décidé d'être et non de paraître, un paria.


Après quelques rencontres inouïes, dans ce lieu unique où l'on vient chercher des affinités artistiques avec des sirènes, vient le temps des statistiques: bien que manifestement parfaites, à tout le moins pour lui, ces drôlesses ont confondu notre Casanova des cafés librairies.


La raison est suffisamment révoltante pour reprendre les armes citoyens: ces créatures ne sont pas différentes et profondes que par choix. Toutes ont de sérieux comptes à régler avec le démon des maladies mentales. A compter de ce jour nous décidons d'en désigner les responsables.


De deux choses l'une. Ou bien l'on rebaptise ces oasis culturelles avec le doux nom d'asile et on retourne au pub pour oublier en s'envoyant Miss Conforme, ou l'on s'interroge au moins deux minutes sur le pourquoi du gâchis. La réponse est criante et va de pair avec cet insensé constat qui a vu en France le taux des suicides augmenter de 70% entre 1970 et 2000. A compter de ce jour nous décidons d'en désigner les responsables.


L'ordre est nécessaire pour éviter l'anarchie mais cette castration a un effet secondaire auto destructif: une incapacité quasi totale à révéler ou réveiller en soi l'ivresse des sens en communiant avec l'être aimé ou la nature ou l'art. A compter de ce jour nous décidons d'en désigner les responsables.


                                                §§§


Comme l'avait prédit Freud dans son Malaise dans la Civilisation, une société surtout basée sur des valeurs matérielles ne peut que générer de graves troubles psychologiques. Le seul salut est le conformisme à tout prix, l'ordre à outrance, en d'autres termes, offrir corps et âme pour ne pas dire son cul, au système. A compter de ce jour nous décidons d'en désigner les responsables.


C'est dire oui à un mode de vie en faveur de l'ignorance émotionnelle, qui nie l'essentiel. Et ceux qui ont imposé ce délire ou le consolident de quelque forme que ce soit participent tous à ce grand CRIME CONTRE LE FONDAMENTALEMENT HUMAIN. Ils devront un jour payer pour transformer nos valeureux garçons en moutons décérébrés et nos ravissantes petites filles en servantes désensibilisées ou en putes de bas étages. Les coupables se reconnaîtront.


Il apparaît évident que malgré le leurre technologique, nous n'avons pas assez évolué pour spontanément opter en masse pour un consensus rapide en faveur de l'équitable. Il faut encore tuer pour s'affranchir. La cruauté domine toujours en ce bas monde où nous voudrions que la fuite en avant dans l'avoir soit substituée par une recherche du temps perdu.


Il est urgent de se libérer de ces entraves. Si possible sans l'aide de plusieurs grammes de pourriture dans le sang. Sans retourner au boulot le lundi comme si de rien n'était. Autrement dit, stimuler les sensations à temps plein et sans recours artificiel systématique.


Nous ne sommes, comme le dit Moreau, que des nains sensoriels, des handicapés du sentiment. Il est des trésors enfouis au fond de nous qui ne demandent qu'à se manifester. C'est cette boule au creux du ventre au moment de séduire cette Femme, ou quand cet artiste entonne la première note de ce morceau de musique, c'est cette scène dans ce film, cette couleur dans ce tableau. Cette vue au sommet d'une montagne que l'on a fait l'effort de gravir en accord avec la nature.


Ce sont ces tranches de vie que l'on crève d‘envie de partager au cours d'un après midi languissant. Une pièce. Dans une maison qui a une âme. Une lueur à nulle autre pareille pénétrant la fenêtre. Un air de piano lointain. Le regard de celle qui sait qu'il est temps de ne plus perdre de temps, un regard qui sait que tu ne vis que pour l'instant.


L'ultime moment c'est peut être une route poussiéreuse de Camargue avec elle dans sa robe feu et noire, flamenco on air. La ronde des taureaux et des chevaux. Les prières des gitans, mes frères, l'odeur des guitares; une fleur, le silence et la lumière.


C'est une langoureuse pénombre où les regards s'invitent. L'observer sans la toucher. La laisser ôter ses parures, nouer ses cheveux dévoilant sa nuque fragile. Les dénouer. L'enlacer. La Respirer. La Caresser. L'embrasser. Et quand les corps et les sens se mélangent, lui révéler son vrai visage de femme, celui qu'elle n'a jamais osé s'imaginer.

                                                                     2007


  • Bravo Frédéric. Beau coup de gueule, beaucoup de vie
    Amicalement

    · Il y a 8 mois ·
    21765009 129430894369158 8985084520168090888 n

    koya-al-gaad

    • Merci. Au plaisir de vous lire à nouveau.

      · Il y a 6 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • A vrai dire, je m'interroge autant sur le début que sur la fin.
    Est-ce qu'il n'y a pas une espèce de "Hozho" à trouver plutôt que cette terrible dichotomie ?

    · Il y a 8 mois ·
    Photo

    Susanne Dereve

    • Je n'ai aucune légitimité pour ériger cette réflexion en dogme, mais c'est ainsi que je l'ai vécue.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • En état de méditation totale, tout est ici 'transcendantale" ! J'aime simplement lorsque le moi profond parle, passke cé bô. Merci pour ce texte !

    · Il y a 8 mois ·
    Gaston

    daniel-m

    • Effectivement j'étais déchiré en deux, le moi profond n'eut pas trop de mal à s'extirper. Je suis heureux que vous ayez fait connaissance avec lui. Et il m'a semblé que dans l'un ou l'autre de vos poèmes, j'ai croisé le vôtre...

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Tout à fait, c’était bien mon moi profond (bien vu), mais c’était il y a cinq ans, voire plus. L'écriture n'est jamais objective, mais elle n'est belle que si elle est subjective. Le temps passe et emporte avec lui, ... etc etc ;o) Merci pour ce commentaire qui me touche.

      · Il y a 8 mois ·
      Gaston

      daniel-m

  • Comme ce texte révèle votre nature profonde... Il est splendide et la deuxième partie me ravit. Je suis d'accord avec ce que vous avancez. Osez croire que les êtres humains aspirent aux mêmes valeurs que les vôtres.

    · Il y a 8 mois ·
    Coquelicots

    Sy Lou

    • Il fut écrit dans la souffrance et le désarroi, c'est un réconfort de le partager. Merci d'etre là

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • Superbe texte qui remue les entrailles et le cœur!
    Comment résister à l'envie de révéler son vrai visage , de vivre ses instants d'éternité en lisant ces derniers paragraphes?
    Merci Enzo pour ces belles émotions .


    · Il y a 8 mois ·
    Oeil

    anne-onyme

    • Tres heureux que ce texte vous ait touchée. Merci pour votre chaleureux commentaire

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • puis je mettre un bémol ?

    · Il y a 8 mois ·
    Tyt

    reverrance

    • Vous etes libre.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Pour moi la fin amoindrit le tout... Je trouve cela dommage car j'aimais beaucoup

      · Il y a 8 mois ·
      Tyt

      reverrance

    • C'est votre droit. Je pense que pour la plupart c'est la fin le mieux donc si vous préférez le début , ça fait un équilibre.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Uniquement les 2 dernières lignes... comme si la femme ne pouvait se révéler sans l'homme.. c'est ce qui me gêne ds votre fin

      · Il y a 8 mois ·
      Tyt

      reverrance

    • C'est un grand debat que l'on ne peut pas vraiment ouvrir ici mais oui intrinsequement c'est ce que je pense. Cependant, il ne s'agit pas ici d'un dogme, Plutot une experience partagée. En outre, je vous accorde que par les temps qui courent, le role de l'homme dans l'épanouissement de la femme est considerablement remis en cause. La faute à qui?

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Vous ne parlez pas d'épanouissement partagé mais de révélation de la femme par l'homme .. ;). C'est un peu différent.

      · Il y a 8 mois ·
      Tyt

      reverrance

    • Les échanges dans les commentaires sont souvent savoureux, et dire que certains et certaines ne les lisent pas (sic).

      Pour en revenir au texte d'Enzo, pardonnez moi, ce n'est pas un texte générique mais le ressenti d'une expérience et d'un souvenir vécu donc forcément de son point de vue il y a révélation.

      Et dans le générique je dirai et je vous rejoins peut-être que les expériences heureuses ou non, sont partagées, le femme, et la mère plus tôt ou plus tard (cela dépend d'où l'on se situe), peut également être le révélateur de l'homme, et participer à sa construction. Peut-être qu'on (nous les hommes) a tout simplement du mal à le reconnaitre

      · Il y a 8 mois ·
      Te%cc%81le%cc%81charger

      Marcus Volk

    • Debat passionnant que je vous invite a poursuivre de vive voix demain...

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Ce sera fort à propos avec ton titre

      · Il y a 8 mois ·
      Te%cc%81le%cc%81charger

      Marcus Volk

    • Encore faudrait il vous trouver ;)

      · Il y a 8 mois ·
      Tyt

      reverrance

    • Ce manche d'Enzo aurait pu te donner son gsm...

      · Il y a 8 mois ·
      Te%cc%81le%cc%81charger

      Marcus Volk

    • Le coup passa si pres...

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • Très bon comme d'habitude... tu devrais créer un cercle, et pas celui des poètes perdus...

    · Il y a 8 mois ·
    Te%cc%81le%cc%81charger

    Marcus Volk

    • J'aurai d'ici peu l'occasion de te remercier en personne. J'ai d'ailleurs prévu de mettre du rouge à lèvre pour te faire la bise.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Me remercier de quoi ?

      · Il y a 8 mois ·
      Te%cc%81le%cc%81charger

      Marcus Volk

    • D'être là.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

    • Alors ne me remercie pas.

      · Il y a 8 mois ·
      Te%cc%81le%cc%81charger

      Marcus Volk

  • "C'est une langoureuse pénombre où les regards s'invitent. L'observer sans la toucher.........................." J'adore, comme j'adore "...une fleur, le silence et la lumière."
    Suivre sa voie selon son cœur, c'est ma source de vie.

    · Il y a 8 mois ·
    Louve blanche

    Louve

    • Très heureux qu' en tant que femme, ce texte vous ait touchée. Merci pour votre enthousiasme. Un exemple.

      · Il y a 8 mois ·
      Img 20170623 234225

      enzogrimaldi7

  • « Vous m’avez écrit une lettre de la brûlure de votre corps… » Elle m’avait écrit une lettre à bruler sans faute pour ne pas me faire crâmer par ma femme.

    · Il y a 8 mois ·
    Photo rv livre

    Hervé Lénervé

Signaler ce texte