A bientôt...

cerise-david

« Marchant dans ma direction tu sais que tu enflammes mon regard,
C'est comme James Dean - pour sur…
T'étais au-delà de la mort mais tu me vas mieux que mon pull favoris - et je sais…
Que cette affection peut devenir malsaine, et qu'elle blessera…
Mais je me souviens encore de ce jour où nous nous sommes rencontrés. »

 

Mon téléphone vibre dans ma poche… Je sens mon sexe qui réagit et cherche l’origine de l’onde agréable qui se diffuse et se propage le long de ma cuisse. J’attrape le carré de céramique et reste quelques secondes en suspens devant l’écran… où s’affiche une photo suivi d’un commentaire plutôt entrainant :

« J’avais que des fraises à me mettre sous la dent, j’aurais préféré un gland mais c’est pas la saison… »

Cette nana me fera péter une veine avant le début de l’été. Ma nana lève les yeux dans ma direction et je prétexte une envie de pisser pour me dérober à son regard inquisiteur…

Ça a commencé dans la rue, un regard a suffi. Elle a changé de trottoir pour prendre le même bus que moi. J’étais mal à l’aise mais voilà, elle dégageait un truc. Comme une odeur âcre et sensuelle à la fois. Et elle me bouffait des yeux. Depuis, on s’est pas vraiment laisser. J’en ai jamais eu l’intention. C’était sympa. Se voir entre deux sursauts. Jouer à ne pas se faire prendre ça rendait les choses excitantes. Elle m’a toujours foutu la paix avec les autres. Elle disait en riant que je ne trouverais jamais chaussures à mon pied. Faut dire surtout qu’au pieu c’était autre chose. Elle n’en avait jamais assez. Et moi j’en redemandais toujours. Elle m’inspirait tant de choses que je trouvais toujours un nouveau sentier à explorer avec elle. Elle alimentait le manque en soufflant le chaud et le froid sur ma queue sans jamais manquer d’air. Je n’aurais jamais dû lui laisser une ouverture. Les gonzesses c’est pire que le rugby, si tu laisses un trou béant tu peux être sûr qu’un essai sera marqué… Dans le cas présent, elle vient même de transformée.

Il passera plusieurs jours avant que je me décide à lui écrire à nouveau. Je sais très bien que je suis maître de tout arrêter mais voilà, elle soulage ma solitude, elle est mon rire et une certaine plénitude m’envahit lorsqu’on échange en vaines paroles. Et puis, elle ne se fait pas de fausses idées, du chantage, des caprices. Elle m’écoute râler et on finit toujours par en rires. Ensemble. Rien ne me prédestinait pourtant à croiser sa route, et des fois je me dis que ça aurait été plus simple de ne jamais la croiser. Parce que les mensonges ce n’est pas mon truc. Les regrets non plus. Elle, je dois un peu mélanger les deux pour ne pas me trahir. On fait rien de mal, elle est trop entière pour ça. Elle ne veut pas être celle de l’ombre, elle préfère être la bonne copine. Des fois, on passait des pactes. Pour rendre les choses moins dures. Pour elle je pense. Ces jours-là… elle se serrait contre moi et on restait comme des cons sans se toucher. Elle disait en riant, qu’elle n’avait pas encore cicatrisé de la dernière fois… je ne comprenais pas. Comme le coup des baisers. Jamais. C’était une de ses règles à la con, elle me parlait de Peter pan, d’un dé à coudre et d’autres conneries. J’avais décroché après la fée clochette…

J’aurais bien aimé voir sa tête, il sait que je peux être con quand je m’emmerde… j’espère qu’elle n’aura pas vu la photo, ou plutôt l’écriteau juste en dessous. Faut dire qu’on ne fait pas souvent dans la finesse tous les deux. Ça m’a value pas mal d’emmerdes au début et puis, on a commencé à jouer à cache-cache. Lui comme moi. A se cacher de nous-même.

Moi je ne suis pas aussi bien sous tous rapports que sa nana. Je me dis des fois qu’elle a de la chance de l’avoir pour elle toute seule… Moi j’ai pas cette chance là, mais je veux pas lui piquer. Aussi je grappille des petits mots, des compliments, des caresses. Y’a pas de mal à se faire du bien… Je sais que nos échanges m’aident à faire la paix avec le côté sombre de mon âme. Sa main sur ma peau apaise mes maux, les trous béants que de nombreuses questions sans réponse ont doucement creusés en mon antre. Je ne veux pas qu’il disparaisse parce que ça me rassure. Mon reflet dans le miroir m’aide à y voir plus clair dans la pénombre de ma vie. Quand nos rires éclatent dans la nuit, quand nos corps s’embrasent… Je reste attachée à lui, comme un aimant à son socle, comme une racine à son arbre. Je sais qu’on ne s’appartient pas, ça aide à se sentir moins coupable. Je crois surtout qu’on ne fait rien de mal. Peut-être à nous même. Et encore, se sentir vivant. Vivant ! Jouer au JE, savoir qu’on peut se perdre, qu’on peut dériver et se noyer dans l’océan des émotions. Se sentir pourtant léger comme du coton, se chercher jusqu’à l’épuisement… Qu’on avance à tâtons, s’appuyant l’un sur l’autre quand les démons viennent toquer à la porte. Quand la vapeur se dissipe, je dessine sur son corps des arabesques et j’enfouis ma honte dans son cou. Parce que je ne suis pas si sure de moi. Moi et ma prestance on se cherche encore. Il m’aide à prendre de l’assurance et entraîne dans son sillage toutes ces questions morales… auxquelles il ne faut pas répondre de peur de se perdre. Je me dis qu’un jour tout çà cessera. Qu’on s’éloignera. Et c’est tout. Les centaines de messages auront été effacés, les baisers se seront envolés, les caresses auront finis de faire frissonner…

J’ai un peu peur de ce jour-là, je sais que je serais triste… je sais aussi qu’il manquera à ma peau, parce que du bout de ses doigts, il grave au fer rouge le péché de chaire qu’on consomme sans jamais vraiment aboutir. Sans jamais jouir de l’autre. Ça veut dire qu’il n’a pas tout de moi. Un petit bout que je lui laisse, un petit bout qu’il me donne. Sans jamais se mélanger et laisser nos corps se débrouillés. Je serais trop perdue si ça devait arriver… il faut qu’il continue de me saisir et de me repousser. Comme une danse qui n’en finit pas. Je ne me lasserais pas, mais il ne cédera pas. On s’endormira encore, dans les bras l’un de l’autre sans penser au reste. Au reste…

En attendant le jour J, je continue de lui écrire plein de conneries. On continue de se voir entre une glace et un match. Je continue d’allumer une mèche et de regarder le bout incandescent se consumer…

Je l’ai acheté pour toi. Je fais tout pour toi, en pensant à toi. Et voilà, 6 mois que cette robe est suspendue sur un cintre. A attendre, ou plutôt à t’attendre. Mais on n’a jamais le temps de prendre du temps pour nous. Tu ne m’emmènes plus en soirée, danser, tu me caches dans cette grande maison. Quand je parle d’acheter une voiture, de prendre un peu mon indépendance tu rigoles en me disant que çà ne sers à rien que j’ai tout ici. Je le savais au fond de moi, que je n’aurais pas dû retomber dans la gueule du loup. Et quand je tombe sur les messages qu’elles t’envoient… le temps s’arrête. Quand avec un simple sourire sur un écran pixélisé, elle obtient plus que moi après des instants devant le miroir, à me rendre plus jolie. Pour des rires, des moqueries. Quand mes passions tu dénigres sans raison. Sans essayer de comprendre et quand tu lis ces péripéties futiles avec ses copines. Quand tu l’invites à te rejoindre dans notre lit… et que tu t’endors contre moi, en cherchant l’odeur de sa peau. Quand derrière ton sourire, je lis ton désir pour elle. Quand je te demande si tu m’aimes encore comme aux premiers jours, et que tu me dis : « moi aussi ». Sans jamais vraiment répondre. Sans jamais vraiment mentir. Quand je te demande si tu as de ses nouvelles et que tu me jures que non. Quand ton téléphone vibre dans notre chambre la nuit. Je t’ai toujours fait confiance. Au fond de moi, j’ai toujours su qu’on ne peut pas aimer la même personne toute une vie… mais avec toi j’avais fini par me laisser surprendre. Me laisser douter. J’aurais dû rester sur mes gardes… ne pas lâcher la bride de mon cœur, entre tes mains. Je ne peux pas te reprocher de mentir, j’ai toujours su qu’elle était là. Tapie dans l’ombre, entre chaque meuble. Ton appartement qui deviendra le nôtre est rempli de son existence… alors j’attends que le temps l’efface. Je m’aurais à l’usure de ma raison. Ne t’en fais pas. Je ne ferais pas de scène, je continuerais à grappiller des caresses comme une docile chienne. Je serais l’épouse modèle qui sourit. Cachant derrière ses dents blanches ses larmes de patience. Je serais tout à toi comme je te l’ai promis. J’épilerais minutieusement mon corps pour ne pas brider tes fantasmes, te laissant la retrouver entre la courbe de mes reins et le rebondis de mes seins. Je resterais en apnée pour que le temps que tu m’accordes paraisse plus long. Qu’il s’étende comme nos corps encore assoiffés. Comme si c’était possible de vivre dans le mensonge d’un amour qui s’ennuie… Au fond, tu n’as jamais aimé qu’elle.

Les années ont passées. Sans vraiment rien changer à nos habitudes. Ses visites se sont espacées, par respect pour ma nouvelle conquête, qui deviendra ma femme. Et puis, un jour. Sans prévenir. Elle a débarqué. Elle m’a juste dit de ne pas me chasser, elle s’est glissée dans mon lit, nue. Elle m’a demandé de laisser les volets ouverts, de la rejoindre… Je ne peux pas vous dire ce qu’il s’est réellement passé. Pendant des années, j’ai pensé à un songe. Des fois, j’en doute encore… Tout ce dont je me souviens, c’est le réveil. Brutal.

Si vous croyez que c’est facile de la voir se rhabiller après l’avoir t’en dénudé. L’avoir touché, pétri, mordu, brûlé de ma peau, jusqu’à l’épuisement. Elle me regarde en coin. Comme un bibelot dont on aurait du mal à se séparer… et je me dis que cette fois-ci, elle part pour de vrai. Le jeu s’achève dans un silence à rendre fou. Je me surprends à chercher un bruit anodin qui me ramènerait à la réalité. Mais voilà, aucun bruit. Et notre atmosphère s’alourdit, on rentre en haute altitude, à la cime de nos sentiments. On n’a jamais su quoi en foutre et maintenant, il est trop tard pour en parler, le murmurer. S’embrasser. Je n’ai jamais gouté ses lèvres. C’était une des clauses du pacte… Maintenant je m’en mords les joues. Je la regarde prendre ses affaires éparpillés aux quatre coins de la pièce… je la contemple un dernier instant. Elle passe la porte, se retourne et me dis :

« A bientôt… »

Je n’ai jamais aimé ces mots, ces mots trop gros. Je sais que vous pensez que c’est bien fait pour ma gueule, que j’avais qu’à la retenir, qu’elle est plus qu’une simple fille… Vous devez avoir raison, on ne le saura jamais. Mais dernière confidence sur l’oreiller, j’ai un mal de bide à crever.

 

  • Franchement, ça se lis facilement. c'est pas trop long, c'est effectivement écris sans aspect laborieux. Mais pour une personne que ç ane touche pas personellement peut être qu'on a un peu de mal à s'imprégner d'une quelconque forme de psyché. Je ne ressens pas la réelle pesenteur de ce trio malheureux. La difficulté était très grande: c'est une scène banale, un triangle amoureux qu'on exploite dans les emissions de télé réalité et les romans arlequins... Je pense qu'il faut approfondir ces petites choses que seule une personne dans cette situation peux penser, ces choses anecdotique ou on se dit " mais oui c'est pertinent , je ne m'en était pas rendu compte chez moi ". Ces relations sont complexes tu l emontre, mais le côté simpliste du stéréotype ne peu pas laisser d'impression forte; j'ai bien aimé aussi l'effort au tout début pour écrire comme un homme, avec des mots d'hommes, tu peux faire encore mieux, tu as cette part de masculinité et de vulgarité sans cliché en toi...

    · Ago over 6 years ·
    Japon dos orig

    jone-kenzo

  • J'ai adorée. L'histoire, l'analyse des personnages. C'est bien écrit et c'est réaliste. CDC

    · Ago over 6 years ·
    Weekendplansnewest

    mlleash

  • Ton premier est un don, ton second est un espace de réflexion, ton tout est un talent agile.

    · Ago over 6 years ·
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    Archange Flippé

  • Ca me rapelle IDK ;)
    "Bonjour je m'appelle Simon"

    · Ago over 6 years ·
    Qr code alexanderdequerzen orig

    Alex De Querzen

  • C'est très beau et très poignant - cette impression de regarder sa vie se vivre en fait !

    · Ago over 6 years ·
    Monroe reading orig

    april-w

  • On lit du senti...

    · Ago over 6 years ·
    Facebook orig

    le-hareng

  • Nom de Dieu, tu écris trop vite pour moi j'arrive plus à suivre! Bon alors plusieurs choses, déjà merci de ta critique sur "Le poète révolté" ensuite ton texte, j'aime, chaque émotion est décrite avec sincérité et un réalisme qui touche, qui fait que beaucoup doivent se reconnaître. Ce qui fait la beauté du texte c'est que l'on se ne fait pas forcément une mauvaise opinion du monsieur, l'on pourrait même se dire que ce n'est pas forcément facile pour lui non plus. En gros l'absence de jugement ou de préjugé, juste une histoire et des sentiments qui font mal. Dernier point, je n'ai pas oublié notre saga, je finirai ma suite prochainement mais arrivant au terme de Journal de bar, je vais écrire ce récit final pendant que je suis encore bien dans l'histoire. Ensuite nous pourrons revenir aux fantasmes. je vais prendre un moment pour rattrapé tous tes derniers écrits et si ton texte parle d'infidélité, je te remercie moi pour ta fidélité envers mes écrits, à bientôt!

    · Ago over 6 years ·
    220px lautr%c3%a9amont by vallotton

    Bryan V

  • Merci les filles... c'est le sujet qui touche surtout. ..

    · Ago over 6 years ·
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    cerise-david

  • ouch ...pareil que les autres

    · Ago over 6 years ·
    Suicideblonde dita von teese l 1 195

    Sweety

  • oui très belle écriture Cerise. Bravo, très agérable à lire

    · Ago over 6 years ·
    Sans titre

    agathe

  • Oulah. Merci pour tous vos compliments. Ca fait longtemps que jai pas été féliciter pourla fluidité de mon écriture et ca me touche.

    · Ago over 6 years ·
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    cerise-david

  • Un texte très fort, qui décrit des émotions puissantes avec une précision parfaite. Un sacré don que tu as Cerise :) Effectivement, ça vrille le coeur quand on le lit tellement on se sent à la place de celle qui l'a pensé... que j'espère ne jamais vivre ça !

    · Ago over 6 years ·
    Img 3458

    Alice Neixen

  • Oui il fait mal, cela m'est arrivé aussi, comme beaucoup je crois, j'avais 27 ans elle 17. Sa future secrétaire, pour son entreprise, parait-il. Une "bonne amie" m'a avertie. La douleur est vive, quand il me faisait l'amour, je pensais à elle. Il l'avait quitté, mais c'était une gamine, comme ses copains. J'ai reçu des coups de téléphone, les pompes funèbres, le prêtre, qui me croyaient décédé. J'ai pris cela en plaisantant, mais derrière le rire, il y avait un cœur à jamais blessé. Mon mari à mis fin à cela, mais moi, il m'a fallut un an pour ne plus pleurer quand il me faisait l'amour. Pourquoi je ne l'ai pas quitté, ne sais... Mais j'ai cessé de l'aimer d'amour.

    · Ago over 6 years ·
    Moi

    Yvette Dujardin

  • Il fait mal ce texte, parce-qu'il est tellement vrai. Cdc pour les douleurs que l'on croit éteintes mais qui sont éternelles.

    · Ago over 6 years ·
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    lyselotte

  • Belle plume Cerise, j'aime beaucoup! Le rythme est agréable, les mots sont forts, bien placés et les émotions au rendez-vous. CDC!

    · Ago over 6 years ·
    Win 20190225 10 13 13 pro

    Franck Bessieres

  • Tellement bien écrit que je me suis retrouvée vivre cela il y a longtemps...comme Stephan Mary...évite le xanax...CDC

    · Ago over 6 years ·
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    Choupette

  • Tres beau, l'ecriture coule fluide.

    · Ago over 6 years ·
    Qr code alexanderdequerzen orig

    Alex De Querzen

  • Merci pour le commentaire. Ca me touche vraiment.

    · Ago over 6 years ·
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    cerise-david

  • Bravo, très belle écriture. Lorsqu'on lit ce texte on s'incarne vraiment dans le personnage. J'ai eu mal au ventre...

    · Ago over 6 years ·
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    Marie Cornaline

  • Merci. Stephan pour le compliment et le conseil. Archange par le compliment qui me touche venant de quelqu'un dont l'écriture est un don.

    · Ago over 6 years ·
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    cerise-david

  • Une belle écriture éclairant les liens d'une prisonnière, qui la serrent, qui la serrent, qui lacèrent.

    · Ago over 6 years ·
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    Archange Flippé

  • Joli ! Un petit conseil, évite le xanax c'est encore mieux sans...

    · Ago over 6 years ·
    La main et la chaussure

    Stéphan Mary

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