Le goût de tes baisers

carouille

Ce soir j'aimerais goûter ton silence.

Moi l'amoureuse des mots, je suis en overdose. Un trop plein de mots qui se trompent de chemin, échouent à atteindre leur cible et tombent à côté de ton oreille.

Et pourtant je leur dois tout.

D'abord la rencontre. Feutrée, vite effarouchée. Mais les effleurements mot à mot, irrépressibles. Et ton image imprimée sur ma rétine, que je promène du bout de mon regard sur le monde qui m'entoure. L'attente qui s'enroule autour de l'heure qui tourne autour de toi. Le vide de ton absence qui prend tant de place en moi.

Cette inconnue. Es-tu capable d'incarner tes mots ? Cet homme que crayonne un peu plus chaque nouvelle phrase peut-il vraiment être toi ? Cette oscillation sur le droit à prendre et donner. Le flux et le reflux des envies retenues et libérées. La gorge nouée qui emprisonne toutes ces phrases que l'esprit ne sait plus formuler dans cette vague qui me submerge et me fait trembler. Et l'abandon absolu devant l'évidence qui brise les résistances.

Ma pépite rêvée venue jusqu'à moi alors que je la pensais trop idéalisée pour pouvoir exister.

Désarmée et à genoux, oser. Toucher du doigt l'arc-en-ciel que tu déroules devant moi. Enfin parler avec le corps, accepter son langage. Parce que certaines émotions ne peuvent se dire qu'avec la peau. Le recueillement dans le creux de ton cou, noyée dans ton odeur, enveloppée par ta chaleur. Et tituber de bonheur.

 

Ma raison qui vacille en équilibre précaire sur la pointe du premier toucher. La douceur de cette éternité de découverte silencieuse après le chuchotement du premier pas. Une caresse du bout des lèvres pour se reconnaître. Apprivoiser ce territoire inconnu, le regarder donner vie aux mots tant écrits. Autour, il y a la nuit et tes mains sur mon visage. Juste au-dessus, les étoiles, et ton regard qui redessine mon sourire. Et en plein milieu, ton souffle heurté qui résonne contre le mien et m'accroche le cœur. Une vibration indélébile qui m'aimante vers toi.

 

Un murmure de plus. Tes lèvres qui s'entrouvrent et épousent les miennes. La bouffée de chaleur rougeoyante qui nous baigne l'un dans l'autre. Le goût de ta peau qui file jusqu'à mon cerveau et sème la zizanie. Un goût de douceur et de tendresse, de désir et de plaisir qui fait frémir chaque parcelle de ma peau. Un trésor turquoise tombé au creux de mes mains qui me bouscule sens dessus dessous. Les battements de ton cœur qui résonnent dans mes veines. Mon sang qui pulse, aimanté par les nouveaux chemins que dessinent tes mots. Des chemins qui se croisent et frissonnent comme des notes de musique dans le silence. Divins. 

 

Et la danse brûlante de nos langues dans un corps à corps que seule notre raison perd. Ta bouche, ma conquête. M'y engloutir, me l'approprier, l'habiter. Vivre et respirer là, sur le seuil de ton corps. Me nourrir de la caresse de tes lèvres jusqu'à m'envoler, m'emplir de ton goût jusqu'à saturer mes papilles. Faire basculer le monde et tous ses univers dans ce gouffre où je m'abandonne à corps et cœur perdus. Et caresser ta peau jusqu'à la polir. Imprégner de son essence le bout de mes doigts pour l'emporter avec moi.

 

La faim de toi qui me fait mordiller le bout de tes lèvres. Et te laisser prendre ce que tu veux puisque tes mains sont si douces. L'envie de posséder tout ce que j'enlace de mes bras. Te faire tenir tout entier sur le bout de mes lèvres. Que ce soir tu sois près de moi sans parler. Simplement se lover l'un contre l'autre et tisser un voile de caresses pour nous abstraire du monde. Que le temps s'arrête pendant qu'on le regarde passer, chaque instant comme un trésor qui vaut de l'or. Un long voyage immobile qui repasse sans cesse en boucle. Une éternité de paix au milieu de ce capharnaüm. Quelque chose qui ressemble à un petit déjeuner pris au soleil. A une fenêtre ouverte sur un vol de papillons. Quelque chose de doux et de silencieux, qui glisse comme une caresse sans rien déranger mais en emportant tout.

Avec tous les possibles au creux de tes mains. Et tous les impossibles abandonnés au pied de la terrasse, là où le temps s'écoule grain à grain.

 

Prendre une photo de cet instant, pour la ressortir quand tout se brouille et se mélange. Quand les lettres s'emmêlent et blessent au lieu de charmer et bercer. Retrouver au-delà des mots rebelles, orphelins de ta voix et de ton regard, cette certitude éprouvée dans tes bras.

 

Et lorsqu'on s'écarte pour se regarder, le souffle court et le cœur amoureux, recommencer.

Le goût de toi qui me fait chavirer. Le goût de toi qui rend fou.

Encore et encore, quitte à me brûler les ailes. 


Crédit photo : © by himself
  • l'essence d'une fougue, une passion, des mots justes en écho !

    · Il y a presque 3 ans ·
    Img e0898

    Marie Guzman

    • oui oui, tout ça !! ;))) Merci beaucoup si mes mots ont fait écho ;))

      · Il y a presque 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Impressionné et complètement envouté par ce texte, je ne sais trop que dire mis a part que si une femme m'écrit çà un jour, je l'épouse!!!(((: C'est érotique, c'est de l'amour, c'est la vie!! C'est beau, juste beau!!
    Enorme coup de coeur!!

    · Il y a presque 3 ans ·
    Wp 20151019 03 24 03 selfie

    Mickael Froideval

    • ;))) Il a dit ça, à quelques nuances près ;) Alors je continue à me brûler les ailes, mais il les fait repousser à chaque fois, heureusement !! ;))) Sûre que tu en entendras une belle version tout juste pour toi. Merci beaucoup, encore ;)

      · Il y a presque 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Sublime ! ! ! je me suis surprise à trouver dans tes mots, les miens dans plusieurs textes (publiés ailleurs) en communion donc avec ce que tu écris ! et..."Cette inconnue. Es-tu capable d'incarner tes mots ? Cet homme que crayonne un peu plus chaque nouvelle phrase peut-il vraiment être toi ? Cette oscillation sur le droit à prendre et donner. Le flux et le reflux des envies retenues et libérées. La gorge nouée qui emprisonne toutes ces phrases que l'esprit ne sait plus formuler dans cette vague qui me submerge et me fait trembler. Et l'abandon absolu devant l'évidence qui brise les résistances." Comment as tu deviné ??? ;-) un grand coup de cœur pour moi !

    · Il y a presque 3 ans ·
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    Maud Garnier

    • Merci beaucoup Maud ;) c'est un grand coup de cœur pour moi aussi. Une expérience universelle et pourtant chaque fois unique ;))

      · Il y a presque 3 ans ·
      Ananas

      carouille

    • et oui ! :-)

      · Il y a presque 3 ans ·
      12804620 457105317821526 4543995067844604319 n chantal

      Maud Garnier

  • Un petit quelque chose, qui donne la fièvre, derrière. Petit comme un petit vent froid. Ce qui me touche le plus, c'est cette manière d'aimer un peu désespérée. Qui fait s'accrocher, et plonger plus loin, et vouloir y rester.Cette amnière de fouiller l'amour dans l'autre parce qu'il est soudain vital et nous donne presque tout ce qu'on goûte. Et tout au fond, comme l'impossibilité d'une grâce. Comme si tout ça se faisait sans nous, pour retenir quelque chose, pour le serrer contre soi, encore, encore, encore, tant que.... Et ça goûte vrai. Même si je me trompe. Merci.

    · Il y a environ 3 ans ·
    Vie1

    thib

    • Il y a toujours quelque chose de vrai. Le ressentir, c'est déjà le faire exister. Et l'écrire, c'est se l'approprier, l'inscrire dans la peau, pour que rien ne l'efface.

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

    • Ce qu'il y a sous la peau, il n'y a que ça qui nous fait riches. Tout ce qu'on entasse au dehors est perdu. On est riche de ce qu'on donne. J'y crois. Fort.

      · Il y a presque 3 ans ·
      Vie1

      thib

  • Je rattrape peu à peu le temps et les mots passés à l'as pendant le Bug... Ouf ! Je n'aurais pas aimé ne pas lire ces lignes : belles et enfiévrées... Bravo à toi !

    · Il y a environ 3 ans ·
    Yeza 3

    Yeza Ahem

    • ;)) moi aussi je peine à rattraper ;( merci à toi !;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

    • J'y suis presque ! Tu vas pouvoir reprendre la saga "Sahara" ! ;-)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Yeza 3

      Yeza Ahem

    • ;)) j'y travaille, promis !! On se donne encore quelques jours,ça marche ??;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

    • pas de problème ! ;-)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Yeza 3

      Yeza Ahem

    • ;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Joliment doux et feutré, on perçois les mots pas à pas, effeuillés.
    "Et la danse brûlante de nos langues dans un corps à corps que seule notre raison perd. Ta bouche, ma conquête. M'y engloutir, me l'approprier, l'habiter. Vivre et respirer là, sur le seuil de ton corps."
    mon top passage.

    · Il y a environ 3 ans ·
    Avat

    hel

    • :)) merci hel ;) oui, moi aussi, un de mes moments préférés, d'être juste là sur ce seuil ;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • c'est sublime Carouille. Ah j'aurais pu l'écrire d'un bout à l'autre(quand j'étais plus jeune qu'aujourd'hui) et avec cette même symphonie des mots, la même ponctuation des silences, comme un écho de ces gestes caresses où l'on se love. Bravo et je te souhaite le plus grand bonheur qui soit avec cet amant d'amour.

    · Il y a environ 3 ans ·
    Bbjeune021redimensionne

    elisabetha

    • Très touchée Elisabeth par ce compliment élogieux. Et par tes souhaits de bonheur ;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Ah j'adhère totalement à cette belle sensibilité, étant d'un naturel à fleur de peau :) quel beau programme...bravo à toi

    · Il y a environ 3 ans ·
    W

    marielesmots

    • Merci Marie !! :) oui, vaste programme !! :)))

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Que c'est beau !

    · Il y a environ 3 ans ·
    20170709 160003

    Véronique Théry

    • Et que c'est bon ! ;))) Merci Véro ;) C'est bon de retrouver tes passages chez moi ;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Les likes, ça ne marche pas ! les mp non plus, l'abonnement n'existe plus !
    Whaou!! ces possibles exprimés ainsi !

    · Il y a environ 3 ans ·
    Loin couleur

    julia-rolin

    • ;)) pouvoir avoir une trace de ton passage, c'est déjà ça !! :)) et oui, whaou, c'est exactement ce que j'ai entendu dans ma tête !! ;)))

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

  • Oh Carouille... dans le silence que nous offre WLW, je te dis que tu parles cette langue-là à merveille. et que ton texte me ramène, me ramène... à une histoire de peau, moi aussi. de mots et de peaux. Merci.

    · Il y a environ 3 ans ·
    248407193 78b215b423

    ellis

    • Un silence où tu passes n'est déjà plus tout à fait un silence, Ellis. Oui, la peau et les mots, cela suffit à faire notre bonheur hein ? Merci à toi ;)

      · Il y a environ 3 ans ·
      Ananas

      carouille

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