Le lien

Edwige Devillebichot

Alors que mon corps allongé hier dans le coton du lit
Avait déposé les armes, plié en chien de fusil
Mon esprit passait en revue les troupes de la journée
Et les années passées alourdissaient mon coeur
J'abandonnais l'effort des muscles et la douleur des os
Serrant mon oreiller de plumes dans mes bras vides
Blessés,  endoloris, distendus, battus sur la roue du bourreau
A porter lourde charge de jours, de soucis, de fardeaux
Plongée dans le sommeil, je me vis marcher dans une forêt profonde
Au lointain une montagne couronnée de neige éternelle
Sur son flanc d'herbes rases, harassée et chancelante
Une femme très vieille montait lentement sur un sentier
A petit pas, courbée et dans l'effort, un énorme sac sur son dos
Alors elle disparaissait arrivée à la cime sur l'inconnu versant
Puis je la vis revenir, belle et jeune volant plus que marchant
La chevelure au vent, les bras levés dans la joie d'un nouveau matin
L'air était devenu léger, rafraîchissant, embaumé de parfums
Elle venait me rejoindre et lançait dans le vent :
"Ce poids ce n'était pas le mien..." et l'écho répondait à la ronde
"... le tien, le mien, le tien, le mien, le tien, le mien..."
Le lien !

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