J'ai 25 ans et je suis moyen

anonymeparisnord

Ce début de roman est pour tout ceux qui ne sont ni trop beau, ni trop moche et ni trop intelligent, ni trop con.

Ma première fois.

 

Ca y est, je crois que j'arrive à mon rendez-vous. Franchement, si un jour j'avais pensé me retrouver ici, dans cette salle d'attente. Ce lieu m'angoisse déjà, avec son papier peint rose et ses magazines datant d'il y a 5 ans. Tout semble si ordonné, si aseptisé. C'est censé me rassurer ? Me détendre ? C'est peut être simplement quelqu'un qui a de très mauvais goûts. J'entends un couple qui s'engueule derrière la porte, enfin surtout sa femme qui n'arrête pas d'hurler. Pauvre type, il doit en chier à la maison. Quand on pense que ce type doit payer pour se faire humilier, incroyable le monde dans lequel on vit. Je me demande ce que je fous ici, dans cette vaste escroquerie qui va me coûter un bras. Je suis en avance comme à mon habitude, pourtant j'ai essayé d'être en retard juste pour l'emmerder. Je n'ai jamais réussi à être en retard de toute ma vie, c'est assez rare pour un Parisien. La bonne femme derrière la porte continue de parler trop fort, du coup je me plonge dans un Science & Vie. C'est très intéressant, on peut y voir des photos des Bogdanov. Je n'ai à peine le temps d'être dégoûté de la violence de l'image que le silence dans l'autre pièce attire mon attention.  

 

« Merde ca va être mon tour ».

A ce moment là je ressens une sorte de boule dans le ventre. La même putain de pression qui te prend les jours de rentrée scolaire ou pour les oraux devant toute la classe. Je la déteste. Je pensais que quand je serais grand cette pression se serait enfuie. Non elle est belle et bien là, c'est peut être parce que je n'ai jamais grandi. 

Les pas se rapprochent de la porte, je repose en vitesse le magazine sur la table en le remettant en dessous des autres magazines. Je passe d'une position décontractée à une position totalement tendue. La porte s'ouvre, une femme aux cheveux courts et l'allure fine sort la tête haute, le pas lourd et pressant. Elle semble assez chiante. C'est au tour de (son) l'homme de sortir, l'air un peu ailleurs et le pas léger. Une petite bouée se dissimule derrière sa chemisette et un pantalon en velours trop grand pour lui. Ca semble être un chic type, juste un peu mou. En partant il me jette un regard un peu triste, un petite moue qui en dit long. Le regard du mec qui subit une vie qu'il ne veut plus. J'espère qu'il va la quitter. Une troisième personne se rapproche de la porte. C'est un type plus grand que moi, la cinquantaine, cheveux grisonnant, un pull vert à motif de cerf blanc qui doit provenir de sa mère et un pantalon en velours, encore. Il me fixe très longuement, du coup je le fixe aussi en cachant ma gêne. C'est peut être un premier test, une sorte de baston de regards. Je perds lamentablement au bout de 4 secondes.  

- « Vous entrez Monsieur…? » 

Merde c'est mon tour.  

 

Au moment où je passe mon pied droit dans la pièce, je repense à toutes les fois où j'ai dit « Moi vivant, jamais je n'irai voir un psy. » ; « Quoi ? Ces escrocs de psys, plutôt mourir ! ». Au départ, les psys sont pour moi des individus faits pour les gens qui ont cinquante ans comme lui, pour s'entraider entre cinquantenaires sur leurs problèmes d'érection et d'infidélité. Apparemment pas seulement. Je suis comme un enfant tout gêné qui rentre dans une pièce remplie d'adultes. Je voudrais me cacher mais il n'y a aucune issue, et les rendez-vous non décommandé 24 heures à l'avance sont dus. Il n'y a que lui et moi dans cette pièce où il ne semble y avoir que des livres. Il y en a sur plusieurs étages, sur tous les murs et même jusqu'au plafond. Des centaines ! J'ai lu approximativement 10 livres en entier en 25 ans, ce mec est donc définitivement un escroc.  

Pourquoi suis-je ici ? Parce que les gens autour de moi trouvent que je ne suis pas heureux. Selon eux, « je devrais voir quelqu'un » et cela tombe très bien car « ils connaissent quelqu'un de très bien ». Ce quelqu'un de très bien est en face de moi à me regarder avec son bloc-notes en mâchouillant son Bic bleu. Il a plus une tête de gardien de forêt que de médecin. Ayant une totale confiance en mes amis j'ai pris ce rendez-vous, après l'avoir reporté 11 fois. Je ne sais pas ce que je dois dire. Raconter ma vie ? J'imagine qu'il y a un moment où je devrais pleurer afin de montrer ma grande fébrilité sentimentale et prouver à ce vieux grisonnant que sa médecine fonctionne.  

Pour le moment nous sommes face à face comme deux cons à nous regarder. Il peut s'en ficher lui, il est payé à rester là. Pour moi à chaque minute qui passe la sodomie est un peu plus profonde. Je me sens comme dans une téléréalité où je dois convaincre un public que je suis heureux et non fou. J'espère qu'ils voteront pour moi. Pourquoi mes amis m'on poussé à venir ici ? Je n'ai ni le sentiment d'être malade ni l'impression d'être triste. C'est vrai que je ne suis pas celui qui partage sur Facebook la vidéo du panda qui tousse ou celle du bébé qui rigole, mais tout de même je ne suis pas ce vieux cynique critiquant tout sur son passage qui va mourir noyé dans ses excréments et dévoré par ses chiens. Au bout de quelque minute, je suis contraint de le réveiller : 

- « Bon, je dois commencer par quoi ? Mes parents ? Mon ex ? Mes potes ? Mes voisins Philippins de merde ?  

- C'est vous qui voyez. Parlez-moi de ce qui vous fait envie». 

L'enfoiré, 80 euros de l'heure pour avoir ce genre de réponse. Il est comme les taxis parisiens, il fait tout pour faire durer l'aventure. La seule réaction que j'ai eue est de tenter l'humour pour détendre l'atmosphère : 

- « Je peux vous parler de foot. 

- Je pensais à quelque chose de plus personnel… » 

 

Visiblement ça n'a pas du tout fonctionné. En même temps un type qui vit dans une bibliothèque avec des têtes de sangliers aux murs ne doit pas avoir le même humour que moi. D'un autre coté si je suis ici c'est que peut être je devrais me poser des questions sur mon humour. A quoi peuvent bien ressembler les soirées de mecs comme lui ? Surement des diners où l'on déguste du filet Chateaubriand, verre de Gewurztraminer à la main en se badinant de jeux de mots sur la philosophie allemande du XVIIIème siècle. Mes soirées sont plus sobres, mon intérieur aussi. Finalement je dois me prendre au jeu. Je suis assis le cul sur ce fauteuil assez confortable pour une raison : mes amis ne croient plus en mon bonheur. Il doit donc y avoir quelque chose chez moi qui cloche. Un traumatisme d'enfance ou quelque chose comme ça. Pourtant je ne vois pas. C'est au bout de 20 minutes qu'il se décide à me parler : 

- « Pourquoi êtes vous ici ? 

- Honnêtement ? Je ne sais pas. Mes amis pensent que je ne suis pas heureux. Du coup ils m'ont poussé à consulter un type comme vous. Je suis un peu venu à reculons, ce n'est pas mon genre de faire ce genre de chose.  

- Mais finalement vous êtes ici. C'est qu'il doit y avoir une raison, autre que de faire plaisir à vos amis. 

-Peut être, ce ne sont pas eux qui payent malheureusement.  

- Pourquoi pensent-ils que vous êtes malheureux ? 

- Parce que je ne rigole pas devant la vidéo du Panda qui tousse. 

- Pardon ? Quel Panda ? 

- Le Panda qui tousse, vous n'avez jamais vu la vidéo ? 

- Je vais très peu sur internet. » Bizarrement, je ne suis pas plus étonné que ça.  

- « Peu importe. Je pense que je ne rentre pas dans leur image du bonheur universel socialement acceptable. » 

D'un coup, ma phrase semble avoir déclenché quelque chose chez lui. Peut être parce que d'un coup je lui parais moins con, ou alors il vient de repérer une pathologie grave. Il se redresse sur son fauteuil et griffonne quelque chose sur son bloc-notes. J'aimerai voir, je fais un petit mouvement de tête comme pour passer au-dessus de sa feuille. C'est complètement idiot sachant que je suis à deux mètres de lui, mais je n'ai pu m'en empêcher. Il faudrait que je lui pique son bloc-notes s'il y a une pause.  

- « C'est quoi pour vous le bonheur universel socialement acceptable ?  

 

- Vous savez aujourd'hui on n'a plus le droit d'être tranquille dans son coin. Moi j'aime bien être tranquille dans mon coin. On est obligé d'être ami avec tout le monde, d'apprécier n'importe qui, de toujours voir le bon coté des choses, d'être toujours content, de poster des trucs marrants sur Facebook, de sortir jusqu'à 6h du matin sinon on est un vieux con. C'est ce mode de pensée qui me fatigue. J'aime profiter de mes amis sans rentrer dans une compétition. Du coup je pense que certains prennent cela pour du malheur.  

- Et vous vous le prenez comment ? 

- Moi je crois que ce sont eux qui ne sont pas heureux. Ils me détestent car je leur rappelle continuellement la réalité qu'ils veulent fuir, sauf que moi je l'accepte.  

- Quelle réalité ? 

-Et bien qu'on ne peut pas être heureux en permanence ! Qu'on aura tous notre part de merde dans la vie, enfin certains nettement plus que d'autres. C'est pour ca qu'ils se forcent continuellement à être contents. Moi je n'ai aucun problème à passer un samedi soir chez moi, je peux voir mes amis une autre fois. Mais pour eux, si je leur dis cela ils pensent que je suis malheureux car ne pas vouloir sortir signifie pour les gens qu'on n'est pas motivé, donc pas un fêtard, donc un gars relou qui n'aime rien. Mais le malheureux dans l'histoire, ce ne serait pas celui qui veut toujours sortir de chez lui pour se fuir ?

- C'est intéressant ce que vous dites. » 

Sans m'en rendre compte, je commence à raconter tout et n'importe quoi à cet inconnu gardien de forêt assis en face de moi. Pour quelqu'un qui ne voit aucun intérêt aux psys, je suis un vraie pipelette. Mais entre nous ce n'est qu'une simple discussion, cela ne m'avance pas plus. Je suis ici car mes amis pensent que je suis malheureux et il m'a fallu environ 17 minutes pour tous les critiquer. Jusqu'ici tout est normal. 

- « Je sais que j'ai tendance à beaucoup critiquer les choses, c'est peut être cela qui gêne mes amis. Mais j'en ai marre de cette quête quotidienne du bonheur. On nous gave tous les jours de livres à la con sur comment être heureux, des émissions sur le bonheur à la portée de tous, des cours de yoga avec des hindous, de nouvelles religions. Moi je n'ai pas besoin de tout cela. Pourquoi le bonheur s'apprendrait-il ? Dans ce cas là pourquoi à l'école il n'y a pas cette matière à la place de la techno ? Ce serait plus utile que de construire des horloges en PVC 4mm. Finalement, pourquoi devrait-on payer pour apprendre à être heureux ? C'est n'importe quoi tout ce bordel autour du bonheur. C'est un peu comme avec la cigarette. On sort des livres sur comment arrêter de fumer dont le seul but est de faire croire aux gens qu'il est difficile d'arrêter. Pour le bonheur c'est pareil, plus on nous bassine avec cela, plus les gens moyens se disent que le bonheur est quelque chose d'inatteignable. Pourquoi quelqu'un qui sourit serait-il plus heureux qu'un autre ? Je connais beaucoup de gens qui ne sourient que très peu et ils sont parfaitement heureux la plupart du temps. Ce qui est marrant c'est que plus les gens se détestent, plus ils se sourient mutuellement, comme pour préserver l'apparence. Plusieurs de mes amis ont toujours le sourire aux lèvres, sont plein d'enthousiasme mais en réalité ils ne sont pas profondément heureux. Ils ont tous comme un désespoir hystérique dans leur rire.  

- Vous ressentez de la haine ? De l'aigreur envers quelqu'un ou quelque chose ? Vous semblez très agacé par tout ce qui vous entoure.  

- Non absolument pas. Je râle parce qu'il y a trop de choses qui ne vont pas. Je ne supporte pas l'idée de subir continuellement cette merde. C'est une manière d'avoir du recul sur la vie, de se dire que parfois rien ne va comme on veut mais on l'accepte, on fait face. La plupart des gens préfèrent faire semblant et poster des photos d'eux avec leurs faux amis sur les réseaux sociaux. Allez donc dire à une soirée que tous les gens ici sont des hypocrites arrogants qui ne pensent qu'au nombre de like que leurs photos feront le lendemain... Il est là le problème. Je ne peux pas dire les choses telles qu'elles sont car certains de mes amis s'éloigneraient de moi. Ils ne souhaitent pas penser comme moi. Personne ne veut entendre la vérité. Ceux qui disent la vérité finissent toujours à l'échafaud. Les personnes les plus adulées sont toujours les plus grands escrocs.

- Vous dîtes que vos amis n'acceptent pas cette réalité, mais peut être que leur désir de bonheur continuel est une forme d'acceptation et que vous êtes une sorte d'obstacle. Vos amis auraient le mérite d'essayer de voir le bon côté des choses comme vous dites. C'est une manière de se battre. Finalement acceptez-vous réellement les choses ? Vous semblez vous renfermer sur vous-même rapidement, ce ne sont pas les caractéristiques de l'acceptation… » 

(Ta gueule). Ce qui devait arriver arriva : je parle pendant 10 minutes pour me faire casser en une phrase par un con de psy. Je ne peux pas en rester là, mon honneur est en jeu, mon ego envers mes amis aussi.   

- «  Nous continuerons dans quinze jours, cela vous conviens-t-il ?

-  Ha merde, tant pis » pensais-je  avant de demander : 

- « C'est déjà terminé ? 

- Oui j'en suis navré. Pour quelqu'un qui vient à reculons, vous êtes très bavard surtout pour une première séance. Dans quinze jours cela vous convient-il ? Vous réglez comment ? » 

J'ai pu m'arranger pour payer au prochain rendez-vous, c'est une déjà victoire. Je devrais dire consultation comme ils disent dans le métier. Je n'aime pas le terme « consultation », j'ai trop le sentiment d'être malade, comme si j'étais un fou en camisole de force à Saint Anne. En partant, je vois bien dans ses yeux que ce psy ne peut pas tout comprendre à ce que je dis, malgré ses 19 ans d'études. Il vient d'une génération où tout le monde avait de l'espoir et un emploi. Quand ce type avait 25 ans (il y a au moins 30 ans) un ouvrier pouvait se payer une maison. Aujourd'hui un étudiant de droit après 5 ans d'études ne sait pas s'il pourra se payer son studio. L'écart entre les générations est devenu un gouffre qui ne cessera de se creuser. Ce n'est pas de la faute des cinquantenaires, c'est notre faute.

En quittant son cabinet, je me demande vraiment ce que je fous ici. En fait ce je me demande vraiment ce que nous tous faisons. Aujourd'hui on se masturbe devant nos écrans d'ordinateur, on se prend en photo avec des gens qu'on déteste pour ensuite les montrer à d'autres gens qu'on déteste. On achète des choses dont nous n'avons pas besoins avec de l'argent que nous n'avons pas pour impressionner des gens que nous n'aimons pas. On achète même des médicaments pour bander.

Ma grand-mère aime beaucoup critiquer elle aussi, allez savoir pourquoi. Quand je lui dis que je n'ai pas d'argent dans le but de lui soutirer un petit billet, elle me rétorque toujours que « à son époque » on n'avait pas besoin d'autant de choses pour vivre. C'est certain. La pub nous fait courir après des voitures, des fringues; on fait des boulots qu'on déteste pour se payer ces merdes qui ne nous servent à rien. C'est vrai que si on retire les télévisions plasma payable en 43 fois chez Auchan, l'abonnement télé avec les 500 chaines différentes, la super voiture juste pour faire 1 kilomètre jusqu'au boulot, la deuxième super voiture parce que votre femme veut elle aussi sa voiture, l'abonnement à la salle de sport, les meubles design à motifs qu'on change tous les 6 mois, la bouffe bio dégueulasse, les fringues très chères de très mauvaise qualité faites par des Chinois dans des caves et j'en passe, cela ferait surement une nette différence pour beaucoup d'entre nous. Finalement nous sommes tous des sous-produits d'un mode de vie devenu une obsession.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivement que je me casse.

 

Après deux semaines à ne rien faire d'autre que de feuilleter le catalogue Ikea, envoyer des textos ou encore me masturber sur des actrices porno ressemblant de plus en plus à des cyborgs, vient le fameux vendredi soir. Le vendredi au même titre que le samedi est un jour particulier, c'est le jour où vous n'avez pas le droit de rester chez vous, surtout à Paris. Mes traitres d'amis qui m'ont envoyés chez le psy organisent une petite soirée non loin de mon loft de 25m2, je n'ai évidemment aucune raison d'esquiver. Cela fait plusieurs jours que je ne réponds plus à leur textos du type « Alors avec le psy c'était comment ? T'as vu il est bien non  ?  » ; « Alors ? T'as pleuré  ?  ». Ils m'attendent avec impatience pour avoir le plein d'infos. Moi je me dis que ce sera l'occasion de les voir, et surtout de tailler dans mon coin sur quelques personnes sur place. 

Finalement, même si la soirée qu'on me propose n'est composée que de personnes que je n'aime pas et qui écoutent de la drum&bass, portent des bonnets Carhartt même par 35 degrés et jouent Wonderwall d'Oasis l'été sur la plage pour approcher une fille, je décide de sauter le pas. Il y aura tout de même des amis à moi. Passage obligé, l'arabe du coin (ou l'épicerie de quartier si vous êtes du PS) pour acheter une vinasse poussiéreuse. Je cherche une bouteille pas chère mais qui ait l'air d'une bouteille chère. C'est parti, je monte les marches de l'immeuble en imaginant tous les types d'ambiances que je suis susceptible de trouver dans cette soirée. Bon point, je connais le propriétaire et quelques potes. Mauvais point, je ne connais pas les 27 autres convives, seulement leur gueule sur l'event Facebook. J'espère trouver une ambiance sympa. Raté, une musique "electro lounge" retentit au loin. Ca sent déjà le sapin. Je sonne, mon pote ouvre, je fais un pas dans l'antre de l'hypocrisie :  "vivement que je me casse". 

Je suis comme une brebis au milieu d'une meute de loups, plus ou moins intelligents. Je distingue toujours plusieurs types de personnes dans une soirée : la fille qui sait parfaitement qu'elle est bonne ; le mec hipster qui "écoute du bon son" genre Caribou (il s'y connait, il va souvent au Wanderlust) ; la fille "un peu perchée qui ne réalise pas" (cette technique lui permet de se déresponsabiliser sur le fait qu'elle couche avec tous ses amis) ou encore le saucé.  

J'ai une préférence pour la fille qui couche avec tous ses amis, sociologiquement parlant. Souvent c'est une fille un peu « extravertie » qui écoute de l'électro et qui vient d'un milieu favorisé. Elle se dit épicurienne, donc elle couche avec la plupart de ses amis puisque cela rentre dans sa conception du bonheur, surtout de celle de ses amis. Personne n'en parle mais tout le monde le sait. Elle n'est pas une salope, « elle ne se prend pas la tête ». Ses amis ne sont pas des crevards, « ils ne se prennent pas la tête ». Le fait de dire à tout le monde qu'elle est perchée, qu'elle se trompe tout le temps de métro, qu'elle est toujours en retard lui permet donc de ne prendre aucune responsabilité de ses actes. C'est une fille qui ne souhaite absolument pas grandir (à tort ou à raison). Elle vit dans un monde imaginaire où tout est beau et gentil, grandement aidé par le compte en banque de papa et/ou maman. Elle a une vision du sexe particulière, quelque chose de charnel, de doux, un bon moment entre amis. Ou bien elle n'assume simplement pas d'avoir envie de faire l'amour avec tous ses « amis ». On trouve souvent cette fille dans des festivals rock ou électro habillé comme une clodo mais sac Vuitton au bras. C'est juste une fille paumée qui n'assume pas le fait qu'elle soit favorisée.  

Quand au hipster, il est nettement moins complexe. Il s'habille chez Carhartt avec une chemise en jean, un bonnet, un chino retroussé en bas et un sac à dos vintage. Il a surtout un Iphone, un Ipad et un Macbook Pro juste pour aller sur internet. En soirée il te passe toujours des musiques sur Soundcloud, parce que ça fait plus « connaisseur ». Il tente de mettre le plus de musiques possible que personne ne connaît, critique les films que tout le monde aime et se dit écologiste. Il choisit d'être un classique parmi les originaux. Je sais. Vous vous dites qu'il est facile de taper sur les bobos et les hipsters. Certes. Mais qu'est-ce que ça fait du bien.

Puis il y a moi, avec ma gueule de moi. Au milieu de la faune local, je me fraie un chemin à coup de "pardon...pardon...pardon !!" dans le but d'atteindre l'alcool, mon salut. Du coup, je suis planté là, à boire un verre. J'espère que je ressemble à Don Draper buvant un verre de whisky avec Manhattan comme fond, mais non. En fait, je ressemble seulement à tous les autres dans cet appartement équipé des mêmes meubles Ikea que tous les autres. Je suis noyé au milieu de ce vomi d'hypocrites. Je regarde autour de moi, les jolies filles sont déjà en train de rigoler aux blagues vaseuses du gars au bonnet Carhartt. Les sportifs ont commencé leur concours de shots de vodka, à croire qu'être un homme au XXIème sicèle c'est être celui qui se détruit avec le plus de facilité. Les gens discutent de tout et de rien, mais surtout d'eux donc de rien. Je parle vaguement de choses inintéressantes avec une fille à côté. Elle m'explique qu'elle fait une école d'art et qu'elle n'arrête pas de bouger entre Berlin et Londres, je m'en fou totalement. Je lui dis que j'ai fais du droit majoritairement, ses yeux trahissent un jugement immédiat de ma personne. Elle fait mine de s'intéresser en esquissant des petits sourires. Je tente des blagues mais aucune réaction. Je laisse tomber. Je place ma tête sur quelques photos Facebook, histoire de montrer aux autres que le psy fait son effet. Une amie ayant remarqué mon errance, accoudée au bar elle s'approche : 

- « Alors chez le psy ? Raconte !

- Bah…je ne sais pas moi. C'était normal quoi, un psy quoi… Il est vieux et il ne parle pas beaucoup. 

- T'es chiant, toi ! Il est sympa au moins ? Il te dit des choses intéressantes ? Vous avez parlé de quoi ? 

- Je trouve que c'est plutôt moi qui lui dis des choses intéressantes. Lui, il écoute pour 80 euros de l'heure. Il note des choses parfois. Je lui ai parlé de vous. 

- Je sais bien que tu es contre les psy, mais c'est pour toi ! Ca peut te faire du bien, retrouver le sourire, arrêter d'être si cynique. Et alors tu lui as dit quoi ? Qu'on était super, dévoué et drôle ?  

- Exactement. Mais je ne peux pas te dire tous les compliments que j'ai pu lui dire, secret professionnel.

- Tu vois finalement tu acceptes le principe du psy ! Tu vois le bon côté des choses dans son cabinet. 

- Oui exactement nos discussions sont très positives. De là à dire que je l'accepte, ce sont tous des escrocs. C'est simplement un mec qui après le lycée ne savait pas quoi faire, il a finalement choisi la filière à la fac où il y avait le moins d'heure de cours. De fil en aiguille il s'est retrouvé à écrire une thèse et à juger l'humanité entière.

- Parce que toi tu ne juges personne peut-être ?  

- Si bien sûr, mais moi je ne fais pas payer. 

-T'es incroyable. Tu as toujours raison en fait. Bon en tout cas je suis super contente que tu sois allé le voir. Tu sais maman, elle allait souvent le voir avant et elle n'en dit que du bien. Je te dis ça parce que… » Je ne l'écoute déjà plus. Je vois seulement ses lèvres bouger. Je suis enivré par le brouhaha de la pièce. Ca a beau être mon amie, son trop plein de bonheur m'irrite à chaque fois. Elle a une vision de la vie tellement différente de la mienne. Pour elle, je devrais avoir tout le temps le sourire comme les types dans les pubs de dentifrice ou de Kinder. Mais parfois son bonheur m'apaise. C'est un peu comme voir un bébé panda dans un zoo. Il semble tout le temps content, peu importe ce qu'il se passe. C'est reposant à regarder, on retourne en enfance. Pour mon amie, c'est pareil.  

Au bout de quelques heures et plusieurs vodkas je me demande ce que je fous là. Je me demande souvent ça. C'est une bonne question. Je suis venu parce que même si c'est une belle soirée de merde, je ne l'aurais raté pour rien au monde. C'est de la merde mais finalement on veut tous en faire parti. Je suis venu rêver le temps d'une soirée, faire comme si tout était comme avant, parler de ce voyage avec mes amis qu'on comptait faire mais qu'on ne fera jamais, et puis ressasser le passé. Tout le monde fume sauf moi. Plus la pièce est enfumée plus ses habitants fument. On se croirait dans une course à celui qui se détruira le plus vite, à celui qui oubliera sa vie rapidement. Je ne suis qu'un simple spectateur de cette vaste escroquerie. Chacun essaye de montrer à son interlocuteur qu'il a plus voyagé que lui, qu'il a fait une meilleure école, qu'il a un meilleur boulot à la con. Je suis allé deux fois dans ma vie à New York, c'est une chance. J'y ai passé de très bons moments notamment avec un ami. Quand je dis que je suis allé à New York, mon interlocuteur en face de moi ne peut pas s'empêcher de me dire « Ha oui ? Moi, j'y suis allé trois fois. Je suis parti comme ça à l'arrache » en me crachant sa fumée de cigarette au visage. Quel connard. C'est une compétition permanente. Quand on parle à quelqu'un qu'on ne connait pas à une soirée, on commence toujours par lui demander ce qu'il fait dans la vie, quelle école, où il habite, quelle taille d'appartement, célibataire ou non, où a-t-il voyagé. Comme si sa vie nous intéressait. C'est simplement pour se comparer à lui. Si on est en position de force, on est d'un coup assez à l'aise. Si au contraire on tombe sur un os, par exemple un mec qui a fait HEC en sautant deux classes, qui savait lire à trois ans et demi alors que vous avez redoublé deux fois dans votre fac de province, ce sera plus difficile. Oui je sais qu'il existe des gens qui ne jugent pas au premier abord, paraît-il. 

Je quitte la soirée avec un bon coup dans le nez, plein de projets avec mes amis qui ne se feront jamais. Finalement les soirées se ressemblent toutes, on se croirait sur Vivement Dimanche sur France 2 où les invités se congratulent mutuellement pendant plusieurs heures sous les applaudissements d'un public envieux et jaloux mais heureux,  plus heureux de vivre sa vie par procuration plutôt que de la prendre en main, en attendant la fin. J'ai 25 ans, diplômé d'une fac de droit et d'une école de commerce à Paris, sans boulot, sans copine, mais avec des amis qui m'envoient chez un psy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Psychologie inversée.

Au lendemain de cette soirée, je me réveille nu (sur le dos) en étoile de mer sur mon lit, complètement desséché et la bouche pâteuse. J'ai laissé la fenêtre qui donne sur la rue ouverte, « Putain… ». A ce moment je me fais la réflexion que mon célibat doit bien venir de quelque part, mais je ne vois pas. Il est 13h24, j'ai rendez-vous chez le psy à 14h, « Putain !! ». Douche en urgence, pas le temps de me laver les cheveux, vaguement les dents. Tans pis pour l'haleine fétide. Je m'habille avec les fringues de la veille. Il va penser que j'ai replongé. Je fonce au métro. Il est blindé et pourtant je suis seul dans un carré de quatre places, étrange. 

Arrivé dans « les beaux quartiers de Paris », je rentre par la porte cochère de ce donjon haussmannien. La boule au ventre revient, l'envie de vomir aussi. Je me regarde dans la glace de l'entrée, je suis comme l'ivrogne du village dans un roman Irlandais. Je tente vaguement de me recoiffer dans l'ascenseur pour avoir l'air d'un type sérieux. Je suis à nouveau seul dans la salle d'attente, mais cette fois il y a des magazines un peu plus récents que la dernière fois. Chouette le dernier Famille Chrétienne ! Il ne semble y avoir personne dans la pièce d'à côté, en même temps on est samedi et il est 14 heures et 7 minutes. A peine le temps de m'installer que le psy débarque avec un entrain inhabituel qui m'effraie : 

- « Comment allez vous aujourd'hui ? 

- Euh…bien, merci. Il a plu toute la journée. 

- Installez vous je vous prie. Mon patient d'après a annulé donc nous avons tout notre temps aujourd'hui. Nous sommes un peu restés sur notre faim la dernière fois n'est-ce pas ? 

- Vous trouvez ? C'était déjà beaucoup pour moi. 

- Comment allez-vous aujourd'hui?  

- Bah, vous m'avez déjà demandé il y a 40 secondes. Donc oui ca va, mais il pleut c'est chiant. 

- Vous semblez un peu pâlot. Tout va bien ?   

- J'ai bu un coup de trop hier, rien de grave rassurez-vous. 

- Vous buvez seul chez vous…? 

- Oui et j'attends de me faire dévorer par mes chiens. Mais non, j'étais chez des amis.  

- Vous me rassurez. Et alors cette soirée ? Vous êtes-vous sociabilisé ? 

 

- Je n'ai pas bu dans mon coin, du moins pas toute la soirée. J'ai vu mes amis qui m'ont envoyé ici. Ils voulaient savoir ce que je vous ai dis. 

- Qu'avez-vous dit ?  

- J'ai préservé notre amitié. 

- Je vois. Vous avez tout de même apprécié ?  

- J'avais le sentiment d'être au musée Grévin, tout le monde était parfait. 

- Vous êtes mal dans votre corps ? 

- Mais non pas du tout ! Juste, les gens veulent tous ressembler à ce qu'on voit sur les pubs dans le métro. Apparemment l'idéal masculin c'est le mec imberbe bodybuildé qui porte un slip blanc Armani. Si c'est ça la perfection, si c'est cela être un homme aujourd'hui je préfère ne pas être complet, ne pas être parfait. Ca me dégoûte. 

- Vous rejetez toute la société finalement. 

- Je rejette tous ces présupposés à la con de notre société qui me niquent toutes mes journées, qui me font acheter des conneries à longueur de temps. Tenez hier soir, il y avait un type totalement parfait : une peau lisse, une coupe de cheveux Franck Provost, chacun de ses vêtements étaient impeccablement taillé, on aurait dit qu'il s'était assis et qu'ensuite quelqu'un avait repassé ses fringues sur lui. Ce mec devait tellement se fatiguer tous les matins à vouloir ressembler à ces cyborgs qu'on nous montre tous les jours sur NRJ 12. Je suis sûr qu'il mange des salades le soir pour ne pas prendre de poids, qu'il se lave les mains à chaque fois qu'il touche quelque chose d'étranger. Il me déprime. En plus de cela il est écolo. 

- C'est grave d'être écologiste  ? Vous n'êtes pas préoccupé par notre planète ? 

- Vous rigolez ? Cette histoire de développement durable c'est juste pour nous mazouter le cerveau, on est déjà foutu. C'est comme si on exigeait d'un cancéreux en phase terminale d'arrêter de fumer sur son lit de mort. Tous les jours, pétroliers et  plateformes ruinent nos océans et nos petits oiseaux, et ce type me fait la morale pour mettre ma bouteille de Coca-Cola dans une autre poubelle que celle où je mets le poulet.

- En tant normal je noterais sur mon bloc-notes que vous êtes un dépressif narcissique paranoïaque, mais l'écologie ça m'irrite aussi. » 

Les psychologues viennent de remonter dans mon estime. Ce mec a réussi à me faire rire. Il s'avère même être un type sympathique et honnête, même si ce qu'il dit devrait normalement me faire flipper.

- « Toutefois, je sens chez vous un besoin de vous exprimer. Vous semblez perdu dans ce monde de plus en plus superficiel, vous ne trouvez pas votre place au sein de notre société. Avez-vous déjà pensé à écrire ? » 

C'est bien une phrase de psy ça, me dis-je avant de reprendre :

- « Non jamais, je n'aimais pas lire quand j'était petit.

- Et alors ? Je ne comprends pas.

- Je ne sais pas, moi non plus. Pour moi les écrivains sont des gens qui sont nés dans une bibliothèque. Ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. Ils font des références littéraires dès qu'ils le peuvent, genre ma vie est un roman. Au lycée je détestais ce qu'on me faisait lire. Comment voulez-vous prendre goût à la lecture quand on donne à manger du Zola ou du Pagnol qui part en vacance dans le château de son père. Je sais que ce sont des classiques de la littérature française, mais franchement à quatorze ans c'est difficile de s'identifier à ce genre d'ouvrage. Du coup à force d'entendre que les gens qui écrivent sont des gens qui lisent toute la journée, probablement comme vous, je n'ai jamais osé me lancer.

- Je pense qu'il est temps pour vous de vous lancer, vous avez beaucoup de chose à digérer. L'écriture est un bon moyen de prendre encore du recul sur les choses qui vous entoure.

- Mais de quoi pourrais-je parler ? Je suis un type banal au milieu d'extrêmes.

- Peut importe, dîtes ce que vous avez sur le cœur. »

Encore une phrase bien clichée de psy non ? Pensais-je avec un léger sourire arrogant.

- « Très bien, je verrais... Je vous dirais si cela fonctionne. Peut-être que la semaine prochaine vous me croiserez au Flore, veste en coton, barbe grisonnante, verre de rouge sur la table et un livre de BHL dans la main, l'air songeur. »

Il explose de rire et se tord dans son pull peu confortable. L'ambiance entre nous est nettement plus détendue qu'au départ. Je pense que nous commençons à nous comprendre, au départ nous étions comme deux étrangers vivant chacun sur sa planète.

- « Vous très bon pour les clichés, c'est certain. Laissez de côté Monsieur Henri-Lévy, il est probablement en train de poser pour Gala en costume trois pièces, portant des sacs de riz en Centre Afrique.

- Vous n'êtes pas mal non plus ! Ca fait du bien de se foutre de sa gueule.

- C'est un personnage. Passons vous voulez bien. Vous ne m'avez toujours parlé que de vos sentiments sur les gens qui vous entourent. Mais qu'en est-il de votre cœur ?

- Je suis seul… J'ai un chat sinon.

- Avez-vous souffert d'une relation en particulier ?

- Je suis restée deux ans avec mon ex. Ca n'a pas fonctionné. Donc nous ne sommes plus ensemble. J'attends toujours la bonne.

- Vous pensez qu'on aime réellement qu'une seule fois ?

- Evidemment. On ne peut trouver qu'une seule fois le vrai amour. Les relations d'avant sont des tests qui servent à savoir ce que vous n'aimez pas, celles d'après sont des rattrapages, une sorte de deuxième session pour ceux qui ont tout fait foiré.

- Pourquoi votre relation a-t-elle pris fin ?

- Parce que d'après elle j'ai de nombreux défauts. Je ne suis pas assez « saucé », je détestais ses amis qui voulaient tous coucher avec elle, je ne voulais pas assez souvent faire l'amour, je ne faisais pas d'assez bonnes études pour lui assurer la sécurité que le compte en banque de son père lui procurait jusque là, je n'étais pas prêt à tout pour cette fille. Je n'en pouvais plus de la voir se pavaner à longueur de journée devant son groupe d'amis composés uniquement de garçons. Vous savez aujourd'hui dès que vous êtes en relation avec quelqu'un, vous rentrez dans un nouveau championnat : celui des couples. Pour gagner, il faut assurer à tout le monde qu'on fait l'amour six fois par jour, que nous jouissons à chaque rapport comme la première fois, que nous baisons partout dans l'appartement. Oui le lit c'est ringard. A contrario, affirmer qu'on a passé le samedi soir sous la couette à regarder Walking Dead nous envoie directement en deuxième division chez les nuls. Alors que c'est parfois la meilleure soirée qu'on puisse passer avec une fille.

- Walking quoi ?

- C'est une série plutôt connue, sur un groupe de personnes qui tente de survivre alors que la planète est infestée de zombies. Peu importe. » 

Ce type vit vraiment dans une grotte-bibliothèque. Peu importe ce n'est pas le débat :

- « Ca semble terrifiant et totalement idiot à la fois. Si je comprends bien, il y a une pression autour du sexe qui vous rend nerveux. Si c'est une question de problèmes sexuels vous concernant je connais quelqu'un qui…

- MAIS NON VOYONS ! Mon corps se porte bien. Nerveux peut être pas. Je n'aime pas le fait de devoir se comparer en permanence, parce que tout le monde ment. Au final vous vous sentez toujours inférieur car tout le monde en rajoute sur sa vie. Le sexe c'est comme le bonheur, vous êtes toujours obligé d'en rajouter. Si vous n'êtes pas heureux, si vous avez eu une journée de merde vous vous sentez obligé de dire que tout va bien. Si vous ne faites pas l'amour ou mal, vous allez en rajouter à tous les niveaux pour assurer votre réputation sexuelle auprès des autres. C'est étrange parce que beaucoup de personnes sont écœurés par les films pornos, pourtant quand ils parlent de leur vie sexuelle à leurs amis, ils font tout pour qu'on pense que leurs rapports ressemblent à un film porno.

- C'est à dire ?

- Bah vous savez, genre le mec rentre dans la pièce le corps huilé et arrache les vêtements de sa copine et ils baisent violemment sur la table du salon. A écouter certains, c'est ça tous les jours après le boulot.

- Non j'avais compris cela, je voulais dire : où voulez vous en venir ?

- Ha pardon autant pour moi je me suis égaré. Les gens transforment la réalité alors que finalement le mec était en train de se moucher quand sa copine en jogging du dimanche lui a signifié devant la télé qu'elle avait envie de sa dose mensuelle. C'est d'autant plus triste car cela accentue leur sentiment d'infériorité. Au lieu d'assumer ils préfèrent mentir à tout le monde, comme si on était tous obligé de baiser comme des lions sur tous les meubles de l'appartement pour prendre du plaisir. Imaginez le malheur de dire sans arrêt à tout le monde que votre vie sexuelle est incroyable, mais dans votre tête vous vous dîtes : mince c'était quand la dernière fois ? C'est la descente directe vers la dépression suivie d'une bonne dose d'infidélité pour enfin arriver à la rupture.

- Votre ex-compagne vous poussait vers ce paradoxe ? »

 Mon ex-compagne ? C'est laid. Comme le gouffre est grand entre nos générations, mais peu importe :

- « Complètement car je n'étais pas ce type bodybuildé au corps huilé à la testostérone ultra développée. Mais le problème est que je sentais qu'elle n'avait pas nécessairement besoin de faire l'amour, simplement elle avait besoin de se dire qu'on le faisait régulièrement. Vous saisissez ?

- Oui. Vous voulez dire que la pression sociale autour du sexe est plus forte que le désir réel.

- Exactement, vous avez résumé en une phrase ce que j'essaye d'expliquer depuis vingt minutes.

- Oui c'est un petit peu mon travail en fait.

- Certes. Bon, en tout cas cette relation était vouée à l'échec. Elle fait partie d'une catégorie très originale : celle des filles qui ne peuvent être amies qu'avec des garçons sous prétexte qu'elles ne s'entendent pas avec les autres filles. Pitoyable. Elle, comme les autres de sa catégorie, sont juste des filles qui n'ont pas confiance en elle, qui ont la phobie de se faire abandonner. Du coup elle entretenait une sorte de flirt perpétuel avec tous ses amis, sans jamais dépasser les bornes, enfin pas que je sache. Tous ses amis devenaient donc totalement accro et n'attendaient qu'une chose : le jour où notre relation serait terminée et qu'elle aurait besoin de soutien dans sa tristesse. C'était la fille qui était toujours entourée de ses meilleurs amis, qui n'étaient rien d'autre que de gros chacals prêt à bondir à la moindre occasion. Pendant ce temps là, j'étais spectateur de cette vaste arnaque. Evidemment, si je disais quelque chose c'est que j'étais jaloux, si je ne disais rien c'est que je ne voulais pas m'intégrer à ses cons d'amis. Ce sont souvent des filles qui ont été pourries gâtées toute leur vie, d'où la peur de l'abandon.

- Vous faites dans la psychologie aussi ?

- Oui, quand je vais chez mes parents il m'arrive de lire Psychologie Magazine aux toilettes, ou sa version plus féministe : ELLE »

Il esquisse un sourire à nouveau, mais il tient à sa relation patient-médecin. Ca fait toujours du bien de cracher sur son ex, c'est un peu comme hurler contre l'équipe adverse au foot. Peut importe la mauvaise foi, on a toujours raison. Comme toutes les filles pourries gâtées, elles sont la plupart du temps de très mauvaise facture sexuellement parlant. Elle ont toujours reçu mais n'ont jamais appris à donner. Elles deviennent donc capricieuses sexuellement, c'est à vous de donner en premier et ensuite elle verra. J'ai dû me démener pour lui faire plaisir, sans réellement avoir de retour. C'est une relation à sens unique. Finalement on se force, c'est la seule solution jusqu'au moment où on a le courage pour dire stop. Aussi, elles sont nettement plus sujettes à l'infidélité car elles ne savent pas donner. Du coup si un soir une femme vous montre un tant sois peu de reconnaissance, vous risquez de craquer très rapidement.

- « Vous semblez avoir été marqué par cette expérience. Elle vous bloque toujours aujourd'hui ? Vous ressentez un blocage avec les femmes en général ?

- Non je ne crois. Je suis de nature timide mais je n'ai jamais eu de soucis particuliers. J'ai la chance d'arriver à séduire par je ne sais quel miracle. Malgré cela je suis célibataire depuis un an. Quand je dis que je suis célibataire, je veux dire que je ne suis engagé avec personne mais il m'arrive d'avoir des histoires relativement courtes. En même temps, comment voulez-vous ne pas finir seul avec une génération de carriéristes ?

- Vous parlez des femmes ?

- Absolument. Les femmes d'aujourd'hui ne veulent plus rester à la maison torcher les gosses pendant que le mari se tape sa secrétaire. Elles ont raison. Le seul problème c'est qu'elles sont passées d'un extrême à l'autre. Maintenant nous passons après leur boulot et leurs études. Mon ex me faisait clairement comprendre que c'était ses plans de carrières d'abord, moi ensuite. Je ne comprends vraiment pas. Comment peut-on dire à quelqu'un qu'on l'aime pour ensuite lui dire « désolé j'ai un boulot à Shanghai je pars dans une semaine, sans toi ». Malheureusement la plupart des jeunes femmes d'aujourd'hui raisonnent de la sorte. Du coup il y a beaucoup de types sur le carreau qui n'ont pas pu suivre. Nous subissons le féminisme à outrance alors que ce n'est pas notre génération qui en est responsable. Les femmes ne croient plus en l'épanouissement amoureux mais en l'indépendance financière. Par contre si le mec ne paye pas le restaurant, c'est un radin.

- Véritablement. Ces histoires courtes vous permettent-elles de reprendre confiance en vous ?

- En quelque sorte. On reprend confiance quand on voit que l'autre veut la même chose que vous. Une fois la chose faite, on n'est toujours le même type seul avec son chat. On se dit libre, moi je dis qu'on est surtout comme un con.

- Donc finalement vous admettez avoir un problème de confiance en vous… »

Bien joué le psy, avant de tenter de me reprendre :

- « Je n'en suis pas si sûr. Je pense avoir confiance en moi, en ce que je suis. C'est plus un problème par rapport aux autres.

- Que cherchez vous finalement chez une femme ?

- Je cherche celle avec qui je pourrais m'emmerder. Je cherche celle avec qui le silence sera un moment agréable. Je cherche celle qui ne passera pas tout son temps à se regarder dans n'importe quelle glace. La plupart des filles que j'ai pu connaître ne supportaient pas de ne rien faire. Il fallait toujours sortir le soir, aller dans une boîte minable, voir des gens qu'on détestait, faire les jeunes alors qu'on prenait dix ans de plus à chaque fois. Si la relation commence ainsi c'est qu'il n'y a pas d'amour. L'amour est quelque chose qu'on ne peut pas expliquer où seule la présence de l'autre suffit à nous combler. Si le fait de ne rien dire ou ne rien faire est un problème, nous sommes comme des collègues de bureau.

- Mais cela fait un an, me dîtes-vous, que vous cherchez. N'avez-vous pas peur de vous enfermer dans une solitude ?

- Non pas du tout. J'aime la solitude. La solitude fait peur à tout le monde alors qu'elle ne me pose aucun problème car je n'ai pas peur de penser, les autres si. C'est pour cela qu'on a inventé la télévision, afin de proposer une alternative à sa propre pensée qui deviendrait trop envahissante. La télévision vous propose de penser à votre place pour cent trente euros par an. D'autres préfèrent fumer des substances étranges chez eux en pensant qu'elle leur libère l'esprit alors qu'ils ne deviennent simplement incapables d'avoir une réflexion cohérente, d'où leur sensation de bonheur éphémère. Mais c'est un autre débat sur mes amis en plein naufrage collectif.

- J'aimerais beaucoup en savoir plus sur vos rapports avec vos amis. Néanmoins la séance touche à sa fin. Revoyons nous dans quinze jours. Comment souhaitez-vous régler les deux rendez-vous ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La révélation.

Je me dirige tranquillement vers la bouche de métro. Je m'y enfonce rapidement. C'est l'heure de pointe à la française, il est 16h32. Je marche lentement tout en me prenant continuellement des coups de sac à main de « working girls » pressées de se plonger devant Touche pas à mon poste, comme la France entière. Ca pue, les gens puent, je ne distingue plus qui est clochard de qui ne l'est pas, ça pue partout et ça me dégoûte. Je continue mon chemin agacé et écœuré, une grosse femme marche devant moi et me bloque le passage. Ses bras tombent le long de son énorme corps, son énorme sac à main la fait pencher sur la gauche, elle prend toute la largeur du couloir. Impossible de passer. J'ai envie de la tuer, de lui hurler toute ma haine. J'ai envie de me moquer de son physique simplement pour la blesser, pour lui faire mal, qu'elle prenne pour tous les autres. Je ne sais pas ce que j'ai. En arrivant sur le quai, je tombe devant une publicité pour une stupide émission :

«  Révélez le talent qui est en vous ! »

Je reste figé devant, les bras ballants, la tête rentrée dans les épaules. Je crois que je viens de comprendre ce qui ne va pas chez moi. Tout est limpide à présent. Ce satané psy a réussi à m'y emmener. Les gens passent devant et derrière moi, je ne suis qu'un poteau au milieu du quai. Les coups de sacs à main dans le dos se multiplient, je suis à deux doigts d'exploser. A ce moment précis, je rêve d'un attentat terroriste, une bombe, une attaque au gaz sarin, une invasion Russo-Nord Coréenne à la kalachnikov ou bien un déraillement de métro. Je souhaiterais que quelque chose d'atroce arrive. Je n'ai pas envie de bouger, de toute façon les gens ne me voient plus. Je me sens mal dans ce métro qui a la même odeur que des chiottes de boîte de nuit. C'est atroce, mon problème est terriblement déprimant car honteusement superficiel : je suis un type comme un autre.

Il faut que je cesse de me voiler la face, de reporter ma colère sur des gens qui ne m'ont rien fait. Je fais partie intégrante de ce monde que je hais chaque jour. Moi aussi j'achète des choses inutiles, moi aussi je vais boire en boite de nuit, moi aussi je poste des photos sur Instagram en espérant un retour de like proportionnel à la « coolitude » de ma photo. Mon hypothétique malheur ne vient pas du fait que les autres soient heureux ou non, qu'ils soient cons ou non mais tout simplement du fait que j'ai vingt cinq ans et que suis honteusement banal. Voilà, c'est cela le grand drame de notre société : être banal, moyen, médiocre, ordinaire, imparfait, insignifiant, minime, modéré, modeste, passable. C'est ça que je n'accepte pas, du moins que je n'accepte plus désormais. Je passe mon temps à côtoyer des gens qui réussissent socialement, c'est à dire financièrement. Ils s'achètent des voitures très chères toutes options, ils prennent des verres chez Georges et cultivent leur amour pour la rive gauche, organisent des dîners de petits fours avec les piques qui vont avec et la musique lounge en fond, comme pour nous faire patienter dans l'ascenseur de la maturité. Ils me rappellent tous les jours que je vais devoir trouver un travail, cotiser pour les autres, prendre des RTT et trouver une femme.

Si mes amis pensent que je suis malheureux c'est que je refuse la transition qui se dresse devant moi. Je ne pourrais plus être moyen dorénavant. On me retire ce choix, le choix de glander, le choix de vivre comme bon me semble au crochet de mes parents et de petits boulots minables. L'école c'est terminé, je me dirige les yeux fermés vers la Vraie Vie. Maintenant je dois faire face à des problèmes encore plus ennuyeux. Bientôt, je lierais Auto Moto le dimanche sur le trône et je n'arriverai plus à bander à cause de la crise. Je n'ai pas envie de passer mes soirées à discuter de taux d'emprunt avantageux, d'épargne retraite, de points retraite ou de contrat de mariage. N'allez pas croire que je ne veux pas grandir, que ma seule envie est de boire avec mes amis tout en draguant des filles plus jeunes que moi. Bien au contraire. Mais la direction que semble m'indiquer la vie n'est pas celle que je souhaite. Je suis quelqu'un de classique. Je n'ai jamais eu d'expériences homosexuel (pourtant c'est très en vogue), je n'ai jamais fais l'amour sur une plage, je n'ai jamais pris de drogue, je n'ai jamais terminé une soirée au commissariat, je n'ai jamais couru sous la pluie après une fille pour lui dire que je l'aimais.

Je n'ai jamais été premier de ma classe. Je n'ai jamais été le dernier non plus. J'ai toujours été au milieu, ni trop bon ni trop mauvais. Je suis celui "qui pouvait être un moteur pour sa classe” au lycée mais trop fenian pour le faire. Ou juste je n'en voyait pas l'intérêt à l'époque. Les moyens comme moi se laissent porter par la vie sans trop se poser de questions, ils ne se projettent pas trop loin. On vise toujours au milieu pour le travail comme pour les filles, même si parfois nous avons de bonnes surprises.

Aujourd'hui je suis un moyen perdu au milieu des autres moyens, et nous sommes nombreux à nous revendiquer. Le plus difficile quand vous êtes moyen c'est qu'il est impossible de se situer par rapport aux autres : on se dit qu'on est trop feignant pour rentrer dans les meilleurs écoles, mais pas assez con pour ne rien faire non plus. C'est une forme d'arrogance propre à notre génération et à un certain milieu social. Nos parents nous répétaient sans cesse que nous étions intelligents et que nous nous en sortirions toujours. Résultat de cela, je n'ai jamais tellement travaillé à l'école. Je suis toujours passé de justesse en classe supérieure sans jamais me démener. J'ai longtemps cru à la fameuse prise de conscience. Elle n'est jamais venue.

C'est dans cette optique que j'ai poursuivi ma vie à l'Université. Cette fierté française qui est à deux doigts de couler avec tous ses occupants. L'Université, plus particulièrement en droit, j'y ai découvert de nombreuses choses, mais sûrement pas le goût d'apprendre. C'est dans ce lieu que j'ai découvert que le travail ne paye pas forcément mais plutôt l'opportunisme, ou comment la chance y est pour beaucoup dans une réussite. L'Université est bipolaire. Elle est d'une part une usine à échec laissant sur le carreau des milliers d'étudiants qui chaque année ont cru au miracle, d'autre part elle reste le lieu où la mixité sociale est la plus présente. On y rencontre des personnes de tous horizons (ou presque). A l'Université, on vous ment pendant plusieurs années. On vous fait croire que vous êtes l'élite de la nation, que d'ici cinq années vous serez tous de brillants avocats ou magistrats. Malheureusement (ou heureusement pour ma part), non. En sortant de l'Université, vous avez une tête bien remplie de choses plus ou moins utiles mais absolument pas une tête bien faite. Je termine cette année ma cinquième année à la grande fierté de mes parents. De mon côté je n'ai pas l'impression d'avoir accompli quoi que ce soit, simplement d'avoir beaucoup bu. Mes études ont plus étaient un apprentissage sur la vie que sur la vie active.

Aujourd'hui je n'ai aucune envie d'intégrer le monde de l'entreprise tel qu'il existe, espace d'opportunisme et d'hypocrisie par excellence. L'open space de 100 personnes avec tous les petits cons comme moi qui se croient supérieurs à tout le monde grâce à leur armada de diplômes. On a tous envie de laisser une marque quelque part, ne pas avoir été qu'un type quelconque toute sa vie. Comment oublier cette idée ? Je ne veux pas d'un "gros poste" dans une "grosse boite" (ou une "bonne boite" comme disent les ancêtres). Je veux seulement faire ce que j'aime. Beaucoup ne comprenne pas cette mentalité. Pour certains, toute leur vie est consacrée à leur futur boulot, toutes leurs rencontres ne font qu'augmenter leur "réseau". Alors qu'en classe de seconde au lycée je ne pensais qu'à draguer les filles et à regarder MTV, d'autres savaient déjà quelle classe préparatoire ils allaient faire, quelle grande école, quel boulot. Certains de mes amis ont fait de brillantes études (comme moi) pour atteindre leur rêve. Beaucoup ont fini par travailler dans une agence de publicité, lieu un poil superficiel. Apres cinq ans d'études et des stages à l'étranger, certains de mes amis se prennent la tête toute la journée pour savoir si sur la boite de thon qui sera vendu au Monoprix il faut mettre un bateau de pêcheur, quel type de bateau, de quelle couleur, quelle inclinaison, un capitaine avec ou sans casquette, pipe ou pas pipe, pull à col roulé ou marinière, combien de mouettes dans le ciel. Tout cela fait l'objet d'un travail approfondi d'une équipe surentrainé. Un bonheur.

Que faire ? Je suis bloqué entre deux mondes qui attendent de moi que je fasse un choix. Ces deux mondes se détestent et ne peuvent cohabiter. Je dois choisir mon camp. Je n'ai pas envie de faire ce choix, pas maintenant en tout cas. Mes parents me laissent encore quelques semaines avant de me couper définitivement les vivres, je préfère donc procrastiner comme à mon habitude. Je prends de meilleures décisions dans la précipitation. Comme disait Sartre, c'est bien l'angoisse de la décision qui fait de nous des individus responsables.

 

 

 

 

 

 

 

Le jour où je me suis prostitué.

Dans l'optique de devenir quelqu'un de responsable selon Sartre, j'ai pris la décision de m'activer dans ma quête d'un travail, bien payé de préférence. Après du droit et du marketing, je cherche quelque chose où je pourrais écrire en étant une sorte de boîte à idée, et bien payé.

Après avoir envoyé des douzaines de cv, j'ai reçu trois réponses seulement. Il s'agit d'agences web qui seraient intéressées par mon profil. Les agences web sont des lieux où le superficiel fornique avec le technique et le geek. Sur les trois, l'une d'elles est en dehors de Paris, je la raye immédiatement par pur snobisme. Une autre a la réputation de très mal payer ses esclaves. Il ne me reste qu'un seul choix. J'ai obtenu un entretien dans trois jours, avec la confirmation que « nous serons plusieurs candidats ce jours-là ». Génial. Je vais donc devoir me battre avec des gens pour obtenir un travail, être un compétiteur. Je vais devoir prouver que je ne suis pas ce type banal et moyen. Mon gros problème est que j'ai tendance à être honnête, ce qui semble être la moins bonne des stratégies pour obtenir un travail. Je pense éviter de lui parler de mon livre, notamment de son titre. Il faut que je me trouve un coach tout à fait qualifié, qui pourrait faire de moi un véritable mercenaires des entretiens d'embauches. Je pense immédiatement à mon ami Rémi.

Rémi est un ami de longue date. Nous nous sommes rencontrés ivre mort à une soirée d'un ami en commun. Nous avions essayé de draguer la même fille chacun notre tour avec la même blague sur les handicapés, sans réussite. De plus, elle s'est avérée être la copine de notre hôte. L'échec nous a donc très vite rapprochés. Un échec relatif néanmoins. Rémi est une machine de guerre. Après avoir fini premier de sa classe préparatoire, il a décidé de rentrer à l'école Arts et Métiers pour encore une fois finir premier. Finalement, voulant nous humilier jusqu'au bout il a terminé ses études à Science Po. A Paris, il a obtenu un super boulot dans une entreprise qui fabrique et développe des réacteurs nucléaires et des bidules qui vont dans l'espace, passionnant. Rémi est comme mon antonyme. Je déteste les grosses entreprises, il les adore. Je déteste les costumes, il les adore. Je déteste les bourgeoises, il les adore. J'adore les femmes, il les déteste. Oui, Rémi est homosexuel depuis quelques années maintenant. Rémi porte des pantalons mal taillés qui lui font un gros cul, des mocassins quand il veut faire « classe » et il aime particulièrement faire des apéros-dinatoires chez lui avec ses amis homos. Les homos c'est comme les Francs-Maçons. C'est un réseau ultra-puissant qui possède des hommes dans toutes les multinationales ou administrations publiques. Ils sont partout mais personnes ne peut les distinguer. La différence c'est qu'il est plus facile de rentrer dans l'un que dans l'autre. Mais Rémi est aussi quelqu'un qui a réussi tout ce qu'il a entrepris dans sa vie, sauf ses premières fiançailles. Il est donc logiquement l'homme de la situation, celui qui pourra m'aider à réussir cet entretien d'embauche.

Le lendemain je fonce chez lui, en métro. Après 45 minutes de trajet, je suis enfin au lieu de mon coaching :

- « C'est quand ton entretien ?

- Jeudi !

- Demain ?

- Non jeudi dans huit mois tête de nœuds.

- Bon, tu veux que je te briefe sur quoi ?

- Toi qui as passé des milliers d'entretiens tu dois pouvoir m'aider à me préparer ?

- Ce n'est pas compliqué, il faut simplement que tu puisses te mettre en valeur. Il faut que tu justifies toutes tes expériences professionnelles. Le but étant de démontrer que tu es le plus apte pour ce boulot. C'est quoi déjà ton boulot ?

- Concepteur-rédacteur.

- C'est censé vouloir dire quoi ce boulot…? »

Comme je vous le disais, nous sommes amis mais nous vivons dans deux mondes différents. C'est la raison qui fait que nous sommes amis.

- « Je suis une boîte à idée pour les marques.

- Mais ça intéresse qui tout ça ? Les entreprises ont besoins de toi pour avoir des idées de publicités ? Là où je bosse, on ne va pas employer des types comme toi, en chemises à carreaux et en Nike pour nous apporter des idées à la con sorties tout droit de leur esprit de drogué. »

Vous voyez, Rémi vit dans un monde où toute chose a un sens, ce qui n'est évidemment pas mon cas.

- « Oui si tu veux, peu importe on s'en fout. Je dois juste faire croire au mec en face de moi que j'ai une personnalité. Il me faut ce boulot, mes parents me coupent les vivres dans un mois. J'ai le couteau sous la gorge, je suis le dos au mur ! J'ai un psy à payer aussi.

- Ecoutes, dis-moi ce que tu penses de ce boulot ?

- Ce serait un bon moyen d'être payé pour écrire des choses que tout le monde va lire, d'embobiner un maximum de personnes, voire même d'écrire sur mes futurs abrutis de collègues.

- Très bien. Tu sais quoi ? Ne sois pas honnête un seul instant. Oublie-toi l'espace d'un entretien. Pense à ce que diraient les gens que tu détestes si souvent. Tu vois ? »

D'un ton relativement lent et monotone démontrant ma faible motivation, je poursuis :

- « Oui parfaitement, du genre : Je suis un type motivé et entreprenant, doté d'une bonne écriture grâce à des études de droit couplé à un sens du produit acquis en école de commerce. Mes expériences passées dans divers start-up n'ont fait qu'accentuer mon désir de devenir concepteur-rédacteur, notamment chez vous, votre agence étant leader sur le marché.

- Parfait ! C'est super ça !

- Quoi ? Attends un mec peut réellement gober ce genre de choses ? Mais c'est ridicule. Pourquoi je ne mens pas sur toute ma vie limite ? Il veut un type intelligent ou un robot ? Pourquoi fait-on des années d'études pour sortir ce baratin à la fin ?

- C'est comme ça ! Je n'y peux rien moi. Arrête de dire que tout est toujours con ou nul, si tu veux un boulot c'est par là que tu dois passer. Sinon tu restes chez toi, avec ton chat. »

Mon chat. J'adore cet animal. Il est comme moi, c'est un passable. Je l'ai pris dans une association car j'ai tout de suite vu dans ses yeux que personne n'en voulait. On c'est tout de suite reconnu lui et moi. Il a immédiatement senti chez moi une certaines nonchalance, quelqu'un qui pouvait enfin le comprendre. Il a une oreille abîmée et il louche, il n'est pas le chat que les petites filles rêvent d'avoir. Ce sera mon chat. Il se prend pour un félin en pleine savane, alors qu'il n'est qu'un chat jouant avec une ficelle dans mon appartement. Lui n'a pas à trouver un emploi, trouver une femme, un appartement, des vêtements. Il est bien, il vit nu, joue toute la journée, pète quand ça lui chante et emmerde le monde entier. Je souhaite me réincarner en chat, je pourrais me faire caresser la nuque des heures sans aucune contrepartie.

Mon rendez-vous professionnel approche, je dois donc décider comment m'habiller. Première option, je mets un costume. J'aurais l'air sérieux mais chiant. Deuxième option, je mets un jean et des Nike. J'aurais l'air sympa mais peu fiable. Je décide donc de mettre une veste-chemise-cravate avec un slim et des Nike, comme ça j'aurais l'air con. Direction l'agence dans le IXème arrondissement. En arrivant, je rentre et me présente à ce qui me semble être une grosse secrétaire :

- « Bonjour, pour les livraisons c'est au bout du couloir à droite. »

- « Non madame ! Je suis ici pour un entretien d'embauche avec Monsieur Straveski.

- Agenceur B, troisième étage, au bout du couloir à droite, bureau 223. »

Si j'arrive à mon entretien, ce sera déjà une victoire. Après avoir demandé huit fois mon chemin j'arrive dans ce qui semble être un salle d'attente pour entretien d'embauche. En fait elle ressemble à la salle d'attente de mon psy : catalogues obsolètes, ambiance suffocante et décoration à chier. J'imagine que derrière la porte doit se tenir une DRH de soixante ans qui ne comprend même pas le métier pour lequel elle compte me juger, et un directeur artistique carbonisé aux UV essayant de rattraper sa jeunesse.

Après une heure et sept minutes d'attente relativement ennuyeuse, j'ai vu défiler tous les candidats arrivés avant moi. Je suis donc le dernier. Soudain, la porte s'est ouverte et une voix faiblarde m'a interpellé pour me signifier de rentrer immédiatement dans la salle. C'était une salle de réunion avec des tables en bois laqué, des chaises en cuir noir et des téléphones high-tech pour faire des visioconférences. Concrètement, le genre d'endroit où on ne se sent pas vraiment comme chez soi. Je m'installe au bout de la table. Se dresse à l'extrême opposé, en face de moi, un homme qui a probablement la quarantaine. Il porte un pantalon rouge, des chaussures très longues en cuir marron, une veste-chemise-cravate. J'imagine que c'est le type qui me donnera des ordres. On dirait qu'il est en pleine crise de la quarantaine, il a dû acheter une Porsche sur un coup de tête et il doit utiliser des expressions de jeunes, du moins qu'il considère comme étant des expressions de jeunes, du genre en loucedé. Personne ne dit ça. A côté se lui se tient une femme mal en point, un peu courbée, jupe de nonne, cheveux grisonnants et pull fait maison, avec comme motif une famille d'ours traversant une rivière. Mignon. Elle fait peut-être partie de la même confrérie que mon psy, celle des gens qui se font offrir des pulls ringards. Ils me regardent tous les deux avec un sourire comme s'ils allaient me séquestrer. Je présume que les hostilités vont bientôt débuter :

- « Bien. Vous êtes le dernier de la journée, on va essayer de bien terminer, non ? »

Ils rigolent bêtement. Je rigole bêtement. Ils reprennent de concert :

- « Alors, pour commencer je vous laisse vous présenter ? » 

Je déteste me présenter. On a toujours le sentiment d'être chez les alcooliques anonymes. Ils ont déjà mon cv et ma lettre de motivation pompée sur internet. Ils savent déjà tout sur moi. Mais bon, après leur avoir répété mon nom pour la énième fois, je me lance :

- « Comme vous avez pu le lire sur mon cv, j'ai étudié le droit des affaires à Paris puis je me suis spécialisé dans le marketing digitale pendant un an en école de commerce. J'ai effectué plusieurs stages…bla bla bla » Tout cela n'est qu'une vaste arnaque. Je suis assis le cul sur cette chaise à supplier ces gens de me prendre comme esclave. Ils m'agacent déjà, ils me regardent comme si j'étais un enfant de douze ans. J'ai le sentiment de me prostituer, de me vendre pour obtenir de l'argent. Cet argent me servira à boire un peu plus avec mes amis, car ils adorent ça et moi aussi. Néanmoins je tente de jouer le jeu jusqu'au bout :

- « Votre poste correspond parfaitement à mon profil.

- Très bien. Mais nous sommes dans la surface pour le moment. Dîtes-nous ce qui fait de vous une personne à part, une personne qui a les qualités pour faire un bon concepteur-rédacteur. »

A ce moment précis, je dois choisir entre l'honnêteté et le mensonge. Je pratique l'un mieux que l'autre. Je pourrais leur dire que j'adore critiquer les gens, les mettre dans des cases et jouer avec elles. Je pourrais leur dire que de toute façon je finirai bien par gagner au Loto, alors qu'ils aillent se faire foutre. Dernière solution, leur parler de mon livre. C'est la plus risquée, c'est certain. Allez autant jouer carte sur table, je me lance avec une voix tremblotante :

- « J'ai écrit un livre… »

Ils se regardent mutuellement, l'air étonné qu'un type comme moi ait pu pondre plus de trois pages.

- « Vraiment ? Pourquoi ne l'avez-vous pas mentionné dans votre cv ou votre lettre de motivation ?

- Parce qu'il n'est pas publié pour le moment. Je n'allais pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

- C'est très bien ! Quel est le titre de votre livre ? »

Merde, je suis baisé.

- « J'ai vingt cinq ans et je suis moyen… 

- C'est une autobiographie…?

- Non absolument pas, c'est un roman qui relate l'histoire d'un jeune homme banal un peu pommé dans notre société. Rien à voir avec moi.

- Ha d'accord ! Vous me rassurez ! J'ai cru que vous étiez ce jeune moyen ! » Dit-elle en rigolant.

- « Non, vous pensez bien ! » Dis-je en rigolant.

- « Vous pourriez nous le montrer ce roman ? Quel est son style littéraire ? C'est très intéressant pour nous de voir votre style d'écriture. C'est un gros plus pour ce job vous savez.

- Alors…euh…c'est à dire qu'il est sur mon ordinateur chez moi. Il n'est pas encore réellement mis en forme voyez-vous. C'est drôle normalement, un peu cynique aussi.

- C'est parfait. Envoyez-nous seulement un chapitre. »

Nous avons continué sur mon parcours scolaire, mes fausses qualités et mes faux défauts. Je crois que le coup du livre a fonctionné, enfin, pas sûr qu'ils apprécient le style. J'ai fais ce que m'avait dis de faire Rémi. J'ai eu droit au « on vous rappelle après avoir vu votre livre » après un serrage de mains assez mou. Je ne me sens jamais bien après un entretien. On n'est jamais naturel dans ces moments, on essaye toujours d'être quelqu'un d'autre, quelqu'un de meilleur souvent. On se vante de choses qu'on n'a jamais faîtes, de qualités qu'on n'a jamais eues et qu'on n'aura jamais. Je n'ai pas fais la moitié des stages qu'il y a sur mon cv. Et alors ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La serpillière.

Le bord du lit tape de plus en fort sur le mur. En plus des coups à intervalles réguliers, ce putain de lit grince comme jamais. La régularité des à-coups commence à me mettre mal à l'aise. Mes mains tiennent fermement ses hanches pour lui montrer quel homme je suis. Je ne sais pas trop à quel moment je dois accélérer, ralentir, forcer, redevenir tendre, lui dire des mots salaces ou simplement lui dire que je l'aime. Les seules choses que je connais m'ont été apprise par Youporn. Notre danse synchronisée continue de plus belle, je ne sais même pas s'il elle prend du plaisir, je ne sais même pas si j'en prends moi même. J'essaye d'être viril et doux à la fois, entreprenant et léger, égoïste et altruiste. J'essaye surtout de ne pas jouir trop vite. Je suis à poil et j'ai le sentiment de faire des créneaux dans une impasse.

La personne qui gesticule à quatre pattes devant moi, c'est Julie. Julie, je l'ai rencontrée il y a quelques semaines lors d'une situation relativement humiliante, dans un lieu peu propice aux rencontres : le métro. Dans le métro on se fait contrôler par des gens pas sympathiques, on rencontre des clodos qui dégagent une odeur très moyenâgeuse et parfois on tente de faire le héros, comme moi. A une station de métro, une vieille dame s'approche du métro à quai dans lequel je me trouve. Soudain, le bruit ultra désagréable qui signifie que la porte va bientôt vous couper en deux, retentit. Cette pauvre dame n'arrivera jamais à temps vu sa faible vitesse de marche. Malgré l'aide de son déambulateur et des milliers de canettes de Redbull, un paresseux serait plus rapide. La porte va se refermer d'une seconde à l'autre et cette petite vieille courbée n'est qu'à un mètre de la rame. Pris d'une profonde empathie pour ses problèmes de vitesse, je décide d'agir. Je prends la décision de m'interposer à cette maudite porte. Je place mon bras de sorte à bloquer la fermeture automatique de la rame. La vieille dame me regarde, esquisse un sourire d'espoir. A la vitesse où elle se déplace, c'est peut-être des heures entières que je peux lui faire économiser.

Le bruit du métro se stoppe d'un coup et la porte automatique se referme violemment sur mon bras qui ne semble n'avoir été d'aucune utilité. Non seulement la porte m'a défoncé le bras droit, mais en plus de cela, j'ai échoué à aider cette petite vieille toute courbée. Le métro est bondé, tout le monde a pu m'admirer me donner en spectacle, à jouer les héros. Le regard de la vieille dame en déambulateur est passé de l'espoir au mépris. Elle disparaît rapidement. Maintenant je sais qu'il faut savoir rester à sa place, que nous ne sommes pas dans un film Hollywoodien. Je suis évidemment tout rouge, j'esquisse des petits sourires niais aux personnes qui me regardent et mon bras est totalement engourdi. Je ne sais plus où me mettre, j'utilise donc la seule technique anti-humiliation que je connaisse : sortir mon téléphone portable et faire semblant de recevoir des messages. C'est à cet instant qu'une personne féminine derrière moi ricane bêtement. Je me demande immédiatement qui est cette salope qui se fout de ma gueule ? Cette salope qui se foutait effectivement de ma gueule est une grande brune particulièrement attractive. Elle dispose de cheveux très long, d'une très belle peau basanée et d'un fessier qui me semble particulièrement ferme. Elle doit surement sortir avec un trader, un footballeur ou encore plus naze : type qui bosse dans le milieu de la nuit. Pour elle, je suis surement l'équivalent urbain des bouseux de l'Amour est dans le pré. Elle continue de me regarder en souriant, alors je me lance sans aucune assurance :

- « Ce n'est pas très gentil de se moquer… Dis-je avec une petite moue gênée.

- Excuse moi. Mais c'était bien essayé, l'intention y était. C'est ce que cette pauvre femme retiendra. Dit-elle en ricanement comme une pétasse.

- Je pense qu'elle ma probablement déjà insulté de tous les noms, de petit con et de moins que rien. Je suis conscient que j'ai bien l'air d'un con là.

J'avais vraiment l'air d'un con.

- Mais non c'était mignon, t'étais mignon à essayer de sauver une pauvre vieille de sa lenteur chronique. Moi, personne ne m'a jamais retenu la porte du métro pour que je puisse le prendre !

- Oui mais tu n'as pas deux-cents ans et tu n'es pas en déambulateur, je pense qu'il y a une hiérarchie des personnes a aider dans le métro tu vois. Tu ne sembles pas en haut de la liste, la vieille un peu plus. »

Elle continue de me sourire tout en me parlant. Je ne sais pas encore si elle trouve ça vraiment mignon ou si elle se fout complètement de ma gueule et a hâte de voir ses copines pour leur parler de ce gros boulet qui s'est fait couper le bras en deux dans le métro en voulant sauver une vieille. Peut importe, je suis déjà dans les tréfonds de l'humiliation.

- « Bon, je descend au prochain. Dit-elle lentement comme pour marquer une déception.

- Pourquoi tu descends ici ? C'est tout pourri comme quartier. »

Nous arrivions à la station Vavin.

- « Parce que j'habite ici.

- Ha pardon. Dans ce cas rendez-vous même heure la semaine prochaine, ligne 4, station Marcadet ? »

Elle me sourit, geste de gentillesse vis-à-vis de cette blague navrante. Je reste l'air niais car je n'arrive pas à soutenir son regard. Merde, ce n'est qu'une fille pourtant. J'aurais voulu que ce trajet de métro continue encore un peu, que quelqu'un décide de se suicider maintenant. J'aurais voulu avoir son numéro sans avoir à lui demander, prendre un café dégueulasse avec elle, l'emmener boire un verre dans un bar en vogue que je déteste, l'embrasser maladroitement devant sa porte, monter chez elle, faire l'amour la fenêtre ouverte, prendre un petit déjeuner sans se parler, lui présenter les potes, la faire rire le plus possible, partir à la campagne, faire encore l'amour, se moquer des handicapés, être jaloux, être ivre avec elle, me réveiller tous les matins à ses cotés, se balader à Paris comme des touristes, la consoler quand son chat décèdera, qu'on s'engueule, qu'on mange de la merde au lit, la regarder dormir, choisir un appartement avec une penderie, choisir un chien, choisir de la déco à la con, avoir plein de bébés bruns, se tromper, s'aimer, vieillir ensemble et rigoler des mêmes choses jusqu'à la fin. En sortant, elle se retourne et me lance : « Je m'appelle Julie. »

Comment me suis-je retrouvé agripér à son bassin ? Quelques semaines plus tard, je marchais seul sur le pont Alexandre III sous une pluie battante avec No Surprises de Radiohead dans les oreilles. C'est alors que j'aperçus une femme marchant au loin, de l'autre coté du pont. Plus j'avançais, plus mes doits tremblaient comme si l'impossible allait se produire. Elle portait un chapeau et était obligé de baisser la tête face à la pluie. A mesure que nous nous rapprochions elle levait un peu plus la tête. Soudain nos regards se sont croisés, ce fut le moment le plus beau de ma vie. Elle m'a souri, je lui ai souri. Nous avons couru l'un vers l'autre et nous nous sommes embrassés comme de vrais amoureux.

Evidemment rien ne s'est passé comme ça. Nous ne sommes ni dans un film, ni dans un roman de Marc Lévy. Nous sommes dans la vie, la vraie. Dans notre vie à tous, les amoureux ne se revoient parfois jamais et ils finissent souvent par s'envoyer des assiettes dans la gueule pour une histoire de vaisselle. Pour revoir Julie, j'ai utilisé un subterfuge très particulier mais surtout très lâche : Facebook. J'ai tapé Julie dans le moteur de recherche de Facebook. Résultat il y a près de 1239 Julie vivant à Paris. Merde. Après avoir trié le tas pour exclure les blondes, les moches, les trop jeunes et celles qui mettent une photo d'artiste pour faire les filles originales, il ne me restait plus que 347 Julie. Le plus gros du boulot était fait. Après beaucoup d'heures passées devant mon petit écran, je crois avoir trouvé la bonne. Toutefois même avec la photo je n'étais pas certain, j'avais vu tellement de Julie en si peu de temps, je n'arrivais plus à les distinguer. Toutes les Julie étaient devenu un seul et même objet de convoitise. Oui, j'avais envie de baiser.

J'arrivais maintenant à la tâche la moins fastidieuse mais la plus compliquée : le message à envoyer. Hey ! Trop naze. Salut ! Trop gamin. C'est Paul le mec du métro ! Trop flippant. C'est Paul ! Trop absurde elle ne connaît même pas mon prénom. Je ne pouvais réussir cette tâche seule, j'avais besoins d'une béquille. Ma béquille allait être Lens. Lens est un ami d'enfance assez bizarre. Il est un peu grognon et un peu violent. C'est l'ami qui dès dix ans et demi commence à vous parler de sexe avec du caca alors que vous aviez déjà du mal à vous imaginez embrasser une fille. C'est aussi cet ami qui fait souvent fuir les filles, celles que vous voulez. En classe de quatrième au collège, il jugeait amusant de mettre le feu aux cheveux de Marie-Claire devant tout le monde ou encore de racketter le gouter de Charles-Henri. Aujourd'hui il répare des moteurs et il est heureux. Il va surtout chez Giselle rue Saint-Denis deux fois par semaine. Une institution, soixante ans de métier la Giselle, elle sait comment le rendre heureux. Bref, c'est carrément un psychopathe, mais c'est un ami d'enfance. Que voulez-vous faire contre ça ?

L'avantage est qu'il est totalement rationnel, pas forcément dans le sens intelligent du terme mais c'est juste qu'il ne réfléchit pas trop. Ce n'est pas qu'il est désagréable, c'est simplement qu'il a de la merde à la place du cerveau. Je décide de lui rentre visite sur son lieu de travail, le garage Chez Mich. En arrivant, il fume une cigarette devant la porte les mains pleines de cambouis.

- « Salut crotte de nez !

- Je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça…le lycée c'est terminé putin. Dit-il en prenant sa clef de 12 posée à coté.

- Ok ! Ok ! Je plaisante. Bon, tes bagnoles vont bien ?

- On s'en fout. Tu veux quoi ?

- Il faut que je te parle d'une fille que j'ai rencontrée…

- Et merde tu es encore tombé dans le panneau de la première blonde qui t'as fais un sourire.

- Tu n'y es pas du tout ! Elle est brune et on ne s'est pas vraiment rencontré…

- Ca veut dire quoi ça ? Comment ça on ne c'est pas VRAIMENT rencontré ? Dit-il en insistant. On peut rencontrer des gens à moitié maintenant ? Elle est infirme ? Tu l'as rencontré sur World of machin là ? C'est genre une Elfe et toi un Nain et vous avez niqué dans un buisson virtuel ?

- Mais de quoi tu parles ?

Au-delà de son caractère violent, Lens a un lourd passé d'addict aux jeux vidéo sur internet.

- Rien, laisse tomber.

- Mais non je ne joue pas à ça je t'ai dit. Je l'ai rencontré dans le métro.

- On fait des rencontres dans le métro maintenant ? Je pensais qu'on y croisait que des clodos et des timbrés. En plus ca pue la mort dans le métro.

- Certes. Mais bon j'ai voulu tenir la porte à une vieille et je n'ai pas réussi, du coup elle s'est foutue de ma gueule et tout est parti de là.

- En même temps t'as vu tes bras ? Qu'est-ce qui t'es passé par la tête pour tenter un truc aussi con ? Souviens-toi, il y a deux ans tu t'es tapé une minerve en faisant le malin à porter des cartons sur ta grosse tête d'intellectuel.

- Oui bah c'est bon parle moins fort… »

A ce moment-là une voiture se gare devant le garage, une Corvette jaune à bandes noires. Immédiatement Lens se lève et se dirige vers cette voiture en hurlant :

- « Hé mon gars ! C'est interdit de se garer ici ! Son accent de bouseux revient très vite dans ce genre de situation, comme dans certaines positions chez Giselle.

Le type, tout en restant protégé dans sa voiture, rétorque frileusement :

- C'est bon juste cinq minutes.

Lens déteste qu'on lui réponde, surtout quand il est dans son garage accompagné de ses potes mécanos poids lourds. Ce sont des garçons qui déboulonnent à mains nues des pneus de 33 tonnes à longueur de journée, le genre de type qui peut vous broyer la tête d'une main. De mon côté je reste spectateur. Lens s'avance lentement vers la fenêtre du type dans la Corvette jaune à bandes noires, se baisse afin de se mettre à sa hauteur :

- Dis moi tête de noeuds, t'as vu que c'était un garage ici ?

- Bah…oui j'ai vu.

- Bien, donc tu t'imagines bien que dans ce magnifique garage on y répare des voitures. Pour cela il faut qu'elles rentrent et qu'elles sortent non ?

- J'imagine oui… dit-il en devenant tout rouge. Le coup de pression de Lens faisait son effet.

- Dans ce cas tu prends ta Corvette de merde et tu te casses. »

Ni une ni deux, le type a fait marche arrière et est reparti bredouille. En revenant vers moi, Lens marmonne quelque chose du style « voiture de pédé ». J'aimerais être comme lui parfois, avoir du charisme, avoir des couilles. Mais non je suis ici à geindre car je ne sais pas quoi écrire à une fille que je ne connais pas. Tout va bien, je suis simplement une grosse merde.

- « Bon alors cette poule, tu veux que je t'aide pour quoi ?

- Je ne sais juste pas quoi lui écrire, je l'ai trouvé sur Facebook. J'ai mis tellement de temps. J'ai même l'impression d'être un psychopathe parfois à fouiner de la sorte pour trouver une fille.

- Pour résumer, tu as vaguement parlé à une fille dans le métro qui s'est foutue de ta gueule, tu l'as cherchée toute la nuit et maintenant tu ne sais pas quoi lui écrire ?

- Merci de m'humilier. Les autres mécanos rigolent gravement derrière moi. J'ai l'impression d'être le petit blanc tout frêle qui vient d'entrer dans la salle de musculation de la prison de Fleury Mérogis.

- Je ne sais pas moi dis-lui juste que tu veux la voir, c'est simple non ? »

Voilà c'est ça. Je ne suis pas capable de dire à une fille que j'aimerais la revoir. Pourquoi ? Surement parce que je suis partagé entre porno et romantisme. Si je suis trop romantique elle va flipper car elle va croire que je veux me balader avec elle au clair de lune en chantant à tue-tête. Si je suis trop rustre, comme Lens, elle va me prendre pour addict sexuel, un crevard, un chacal. Il me reste donc un entre-deux : faire le mec distant pour ne pas montrer qui je suis, le mec quelconque encore une fois.

Ressentir des sentiments est devenu si honteux qu'on préfère par fierté faire croire à tous que rien ne nous atteint. Ce qui est évidemment faux. Dans cette optique, devenir l'égal d'une machine est devenu sexy, par exemple une machine sexuelle qui peut faire l'amour sur demande. On se rafistole comme des machines, on réfléchit comme des machines, si on n'arrive plus à réfléchir les machines le font à notre place, on se fait soigner par des machines, on court sur des machines, on mange grâce à des machines et bientôt on fera l'amour sur des machines. Ce sera la nouvelle ère du porno, plus besoin de rester devant son écran. On pourra avoir la fille de nos rêves tous les jours à la maison, docile et bien bébête comme il se doit. Ce sera comme la machine à laver, il y aura plusieurs modes disponibles, suivant le temps et la qualité du service. Je ne sais toujours pas quoi écrire à cette fille. Elle ne doit pas percevoir mon mal-être car ce serait lui faire percevoir son probable mal-être à elle et donc tout serait foutu. Elle a plus besoin d'un jouet que d'un miroir. Peut-être bientôt y aura-t-il une application pour rendre les gens heureux. Un algorithme pour anéantir la misère. C'est horrible j'ai peur d'envoyer un message sur Facebook à une presque inconnue. Nous sommes tellement connectés à tout, que nous ne savons plus comment dire Bonjour. Je ne peux m'empêcher ici de penser à cette fameuse scène finale de "2001, l'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick où l'ordinateur central HAL commence à ressentir des émotions humaines et supplie l'astronaute Dave Bowman de ne pas le débrancher, pendant que celui-ci fait son travail avec une froideur machinale. Je suis une machine pleine de virus.

Laissez-moi jouir trop rapidement, laissez-moi avoir des mauvaises notes. Je ne veux pas devenir ce cyborg, je veux simplement écrire à une fille. Laissez-moi dans mon mal-être qui fera ensuite de moi un homme heureux, un homme accompli. J'aurais atteint mon bonheur tout seul, comme un grand, sans l'aide d'une putin d'application ou d'un connard de psy. Toute cette mise en scène pour finalement écrire :

« Salut Julie, c'est le mec qui s'est fait écraser le bras dans le métro pour sauver une vieille. Juste pour te dire que mon bras va bien, et la vieille aussi. »

Elle m'a répondu plusieurs jours après, car ça ne se fait pas de répondre tout de suite. J'aurais pu croire qu'elle était intéressée. Je le sais car je fais la même chose, c'est ridicule. Nous nous sommes revus dans un bar, avons bu quelques bières puis elle m'a rapidement entraîné chez elle. Un appartement sympa avec plein de trucs roses. Je fus un peu étonné de cet entrain envers moi. Elle voulait rapidement clore le débat. Ce n'est que le lendemain matin que la discussion commença par un « II faut que je te parle… » avec sa Vogue à la bouche. Elle m'a expliqué que j'étais un garçon très gentil, très mignon avec un grand sens de l'humour. Elle m'a même dit que j'étais un bon coup et que je sentais bon. Elle m'a aussi dit qu'elle était avec un mec depuis pas mal de temps, et que cette petite entrave libertaire n'était due qu'au malaise actuel de sa relation conjugale, rien qui ne pouvait donc s'inscrire dans le temps. Elle m'a dit qu'elle était assez pressée ce dimanche matin car elle avait plein de choses à faire, mais elle m'a bien dit qu'elle ne voulait pas me presser et qu'elle n'avait rien contre moi. Au contraire elle serait prête à ce qu'on devienne amis. Je suis rassuré.

Parmi les 1239 Julie vivant à Paris, j'ai choisi celle qui a fait de moi une grosse et molle serpillière. En rentrant, j'ai envoyé un message à Lens :

«  Tu pourrais m'initier à World of machin là ? »

  • la vache d'habitude je lis jamais de textes si longs, car quand je m'ennuie je zappe (génération "Y" oblige). et là j'ai souvent été à la limite, mais tu as su me faire aller jusqu'au bout. un grand bravo, et vivement la suite !

    · Ago about 5 years ·
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    valulea

    • Merci 1 milliard de fois. Je le termine actuellement. La question ensuite est de savoir ce que je vais en fait... MERCI.

      · Ago about 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • Putain, j'suis arrivée au bout! C'est le premier texte aussi long que je lis sur WLW, et bh ça valait le coup! J'ai adoré, parce que tout est criant de vérité, de réalité, parce que tout me parle et que c'est fluide, ça passe tout seul... bref c'est génial.

    · Ago about 5 years ·
    Cat

    dreamcatcher

    • Merci beaucoup. C'est toujours un plaisir ce genre de commentaire. Je continue cette "nouvelle" ou roman de mon côté... Merci encore.

      · Ago about 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

    • Je serais la prems à l'acheter lorsqu'il sera publié ;)

      · Ago about 5 years ·
      Cat

      dreamcatcher

    • C'est très gentil ! Mais pour une publication, il faudrait déjà que ça intéresse quelqu'un qui édite ;)

      · Ago about 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

    • Oui ce serait mieux, c'est vrai. Je fais partie de ceux qui croisent les doigts pour que ça se fasse en tout cas, je suis d'ailleurs étonnée qu'il y ait eu autant de lectures et si peu de commentaires...

      · Ago about 5 years ·
      Cat

      dreamcatcher

    • Ça ne peut pas plaire à tout le monde :) Merci de votre soutient ! Il faut que le termine...

      · Ago about 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • Je me suis tellement reconnu dans ton personnage! Une belle écriture, une voix forte et intense, efficace. Les personnages je les ai vus, les décors aussi! je suis vraiment épaté, bravo
    Signé :"un vieux cynique critiquant tout sur son passage qui va mourir noyé dans ses excréments et dévoré par ses chiens."

    · Ago over 5 years ·
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    jasy-santo

    • Au fait, pour la suite, on consulte sur cette page là, si j'ai bien compris?

      · Ago over 5 years ·
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      jasy-santo

    • Merci beaucoup ! C'est très gentil. Pour le moment la suite est sur mon ordinateur... Je ne sais pas trop quoi en faire. Je vais probablement en poster une autre partie.

      · Ago over 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

    • ah trop bien! j'ai hate! envoie nous un petit mot pour nous prevenir!

      · Ago over 5 years ·
      318986 10151296736193829 1321128920 n

      jasy-santo

  • J'adore. C'est très bon.

    · Ago over 5 years ·
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    anaxagor

    • Merci beaucoup. Vraiment... La suite dort sur mon ordinateur...

      · Ago over 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • Je venais voir s'il la suite était là… Déception.

    · Ago over 5 years ·
    Avatar

    nyckie-alause

  • J'ai adoré ! Quelle plume ! Il faut le finir et le faire lire, la publication est forcément au bout... ou alors faut que les mecs changent de taf... j'ai hâte de lire la suite... (mais il faut en garder pour la fin; ne pas tout offrir d'un coup peut être...) . Toujours, je suis fan...

    · Ago over 5 years ·
    Yahn 3

    yahn

    • Merci beaucoup je suis très touché. C'est le tout premier texte que j'écris de ma vie, mais j'adore ça. Je ne connais rien ni personne au monde de l'édition...j'ai le sentiment qu'envoyer des pages par la poste ne fonctionne que très rarement. J'aimerai croire le contraire, je ne sais pas comment m'y prendre.
      Une grosse partie de la suite est en attente sur mon ordinateur...
      Merci beaucoup pour votre message, c'est toujours motivant pour continuer. Merci

      · Ago over 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • excellent, excellent, excellent ! j'ai adoré du début à la fin ! Vrai de Vrai ... c'est du Djian de 2014

    · Ago over 5 years ·
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    woody

    • Merci beaucoup ! (même si je ne connais pas Dijan...)
      J'espère bientôt le terminer...

      · Ago over 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • Tu vas être publié. Et je sais que tu le sais. Tu as beaucoup, beaucoup de talent... Tu m'as fait tellement rire! Et tu sais ce que l'on dit...

    · Ago over 5 years ·
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    sadnezz

    • Merci infiniment. J'espère que vous avez raison... je ne connais rien à l'édition... Merci beaucoup pour votre message, c'est motivant.

      · Ago over 5 years ·
      Haha

      anonymeparisnord

  • du vécu... du vécu.... tellement vrai en plus, je retrouve mon fils dans votre texte ;-) continuez !

    · Ago over 5 years ·
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    Katia Gortchakoff Bigot

    • Merci beaucoup pour votre soutient ! La suite est sur mon disque dur...

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • J ai dévoré votre texte, le moins que l on puisse dire c est que vous savez maintenir l intérêt du lecteur. Vous avez beaucoup de talent. Bravo! Bien sûr, j attends la suite.:-)
    Votre histoire m a d autant plus intéressé que j écris aussi sur les psys..A bientôt.

    · Ago over 5 years ·
    Zen

    marjo-laine

    • Merci. Votre message est l'un des plus flatteur. C'est la toute première fois que j'écris. Merci beaucoup. Pour la suite, je ne sais pas encore quand et si je vais la publier...

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • Bien qu'étant une "vieille" femme de cinquante ans - presque 51! - j'ai adoré ce texte. Est-ce parce que j'ai été poursuivie 4 ans par des études de droit puis 2 par d'autres en marketing? Est-ce que parce que j'ai décroché un job pour lequel je ne connaissais rien à 25 ans dans la com. en montrant une de mes nouvelles de S.F? Et/ou parce que je déteste la puanteur du métro parisien? Ou parce que j'ai plus souvent le sentiment d'être seule en compagnie mais jamais quand je suis avec moi? J'adore le bon sens et l'humour qu'il y a dans ces lignes et serais très heureuse de lire la suite, espérant toutefois que votre opinion sur les quinquas soit révisée à la hausse. Je ne vous trouve pas "moyen" mais sain. La définition du bonheur est personnelle. Si la vôtre est de ne pas faire comme tout le monde en même temps que tout le monde, je trouve ça rassurant. De mon point de vue, ce n'est pas vous le "problème" mais Paris! Trop de bruit, agitation, stress, esprit de compétition, clans, système de castes...

    · Ago over 5 years ·
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    divina-bonitas

    • Merci pour votre message. Je suis heureux que ce texte puis un peu vous "toucher". C'est mon premier. Je me lance directement dans un roman, je vais le continuer évidemment. Merci beaucoup. Pour vous dire je ne sais pas où est le problème, j'aime être à Paris. J'ai juste le sentiment qu'on est tous dans la tendance, mais jamais dans la bonne direction.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

    • Bien sûr que Paris a beaucoup d'atouts, particulièrement sur le plan professionnel, mais bon, comme je suis une dame "âgée" qui y a vécu et en est partie, je me permets...à Paris je trouve qu'il est difficile de souffler, de prendre son temps, d'être soi-même. Chaque fois que j'y retourne, j'ai l'impression d'être une entomologiste regardant un ballet de fourmis hyper-actives. Quand vous dîtes que vous avez le sentiment de ne pas être dans la bonne direction, je comprends bien. Par expérience j'ai constaté que plus près de la nature, le nord et les points cardinaux semblaient d'un coup évidents. Ensuite bien sûr, c'est une question de tempérament et d'âge aussi. Au vôtre j'adorais Paris. J'attends la suite de votre roman.

      · Ago over 5 years ·
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      divina-bonitas

    • Vous avez raison. Pour la suite de mon roman, je ne sais pas encore comment ni quand le publier. Il est vrai que dans un coin de ma tête je garde l'idée de peut-être un jour l'envoyer à une maison d'édition... Mais c'est finalement peut-être inutile.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

    • Je trouve que ce serait très utile au contraire de l'envoyer à des maisons d'éditions (des vraies, pas celles qui demandent de l'argent à l'auteur). Il faut sans doute juste finir de l'écrire, le faire relire par quelques personnes et tenter le coup. Qui sait? J'aime beaucoup vraiment votre écriture, à la fois cash et sensible, amusante et réaliste, cette narration d'expériences. Il y a longtemps que je n'avais pas lu un texte aussi long avec autant de plaisir, or je décroche souvent vite, comme en témoigne la pile de bouquins sur ma table de chevet, ouverts au milieu et pas lus jusqu'au bout. Vraiment, je vous encourage!

      · Ago over 5 years ·
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      divina-bonitas

    • Merci beaucoup, vraiment. Il faut que j'aille jusqu'au bout effectivement.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • Putain!
    C'est Hachement bien! J'ai commencé à lire en diagonale et puis me laissant séduire, j'ai repris depuis le début et tout englouti d'un traite!
    Je me reconnais beaucoup dans votre texte, il y a beaucoup de vrai (forcément si je m'y reconnais c'est qu'il y a du vrai[narcisse]). J'ai 25 ans aussi, et malgré le fait que je sois plus proche du connard cynique qui attend de se faire dévorer par ses chiens, je partage beaucoup de "pensées" avec vous... Oui j'aimerai être moyen, mais un peu à part quand même :D
    "On fait des boulots qu'on déteste pour se payer ces merdes qui ne nous servent à rien" La référence à Fight club est elle volontaire? Fight club, charnière de mon adolescence, je crois que c'est à partir du premier visionnage de ce film que j'ai commencé à vraiment décider de devenir un connard cynique!
    Aussi, vous m'avez un peu calmé vis à vis de mes clichés sur les diplômés d'école de commerce... comme quoi certains d'entre vous ont encore une âme ^^.
    Merci pour ce texte très agréable à lire, très frais, très intelligent. Au plaisir de vous relire, je m'abonne.

    · Ago over 5 years ·
    Elrey

    Michel Michel

    • Merci beaucoup. Mon objectif est en parti atteins si le texte vous a plu est que vous vous êtes un peu reconnu. Merci du soutient. Le roman n'est évidemment pas fini. Ce genre de commentaire m'aide à le poursuivre. Merci.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • Vraiment bien, je me suis régalée de le lire, j'espère que vous serez édité un jour

    · Ago over 5 years ·
    Souffle ton coeur

    mickaella

    • Merci beaucoup pour votre soutient. Pour l'édition je ne préfère pas trop rêver...

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • Franchement j'aime beaucoup....beaucoup de fluidité , une écriture moderne et spontanée...très plaisant à lire .presque une satire du monde contemporain...Bravo ...A poursuivre sans condition

    · Ago over 5 years ·
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    mysterieuse

    • Merci beaucoup, c'est toujours rassurant et motivant !

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • Une écriture fluide, imagée et contemporaine ce qui n'est pas pour me déplaire. Bravo, j'attends la suite :)

    · Ago over 5 years ·
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    Michele Hardenne

    • Merci beaucoup. La suite arrive, c'est promis.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

  • voici un texte fort en description, chose que je ne sais pas faire, de l'humour et de l'autodérision qui font un ensemble fort agréable. Le sage? Coyote.

    · Ago over 5 years ·
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    Pawel Pivovarof

    • Merci beaucoup. Ce n'est que mon tout premier roman (seulement le début), tout soutient est source de motivation. Merci.

      · Ago over 5 years ·
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      anonymeparisnord

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