Jeane

Alice Neixen

Elle a les yeux brillants des verres de trop.

Ce regard un peu flou, un peu vide et en même temps sans fond, chargé de promesses faites à l'aube qui se lève à peine. Ou peut-être consumé de non-dits qui font des nœuds à ses lèvres.

Ce regard de fille sexy, full of stars, arrimé à ses mains baladeuses, à ses étreintes tendancieuses. Désir, Amour, Alcool, triptyque de choc.

Partout, il y a cet instant qui dérape. Cet instant imperceptible où on franchit une ligne. Une de trop. Une en pointillés mal dessinée qui semble dire entre deux cigarettes :  train d'enfer pour le plaisir.

Elle prend un autre verre.

S'allume une autre clope. Apothéose d'une nana heureuse.


On apprend le calcul mental pour ne pas les aligner, et la chimie pour les molécules qui ne se mélangent pas. Mais le lendemain, les maths et la chimie ont copulé sur nos devoirs bâclés.

Son ange gardien fait la gueule, un bras autour de sa taille. Il a l'inquiétude des saints qui croient qu'on grandit dans l'ignorance. Il ne laisse personne approcher sa poupée rebelle et la dévore des yeux.

Assise sur le comptoir du bar dans ses chaussures de princesse, elle chante, secoue les bras et la salle suit le mouvement.

Quel meilleur moment où l'on se sent maîtres du monde que celui où il nous échappe tandis qu'il danse au bout de nos talons aiguilles ?

L'heure passe et s'égrène en particules musicales qui dégénèrent, et font vibrer le bar sous sa main.

Qu'est-ce qu'être ivre, sinon le retour brut et instantané à l'insouciance qu'on a presque violée pour la perdre ?

Ses gestes se font brusques, appuyés. Au fond de la cour, il y a des mecs qui en ont le genre sans en avoir la classe, dopés à la coke, rires de gosses sur des regards creux.

Encore une cigarette.

Puis, un verre d'eau, pris trop tard. Poupée de chiffon échouée sur une chaise en métal, genoux qui se touchent et chevilles écartées, et son regard d'eau trouble s'enfuit avec la nuit.

                                                           ***

Une heure plus tard, quand elle est sortie de la salle de bain, cheveux trempés et yeux révulsés, j'ai eu un flash : être sexy, c'est un anachronisme.

  • Bon c'est officiel, je suis "fan"... Tes mots, ta façon de dire les choses... C'est frais, c'est juste, c'est juste parfait !

    · Ago over 7 years ·
    20130820 153607 20130820153847362 (2)

    rafistoleuse

  • La décadence jusqu'à la déchirure...la rupture même !! chemin vers l'enfer, pavé de mauvaises intentions.

    · Ago over 7 years ·
    D9c7802e0eae80da795440eabd05ae17

    lyselotte

  • J'ai réagi comme Arzel. mais tout le texte est prenant. Voire addictif... J'aime beaucoup.

    · Ago over 7 years ·
    Profil 2012 juillet 300

    Joëlle Pétillot

  • Très bon texte, je dirais le pendant littéraire de "tu t"es vu quand t'as bu" bravo !

    · Ago over 7 years ·
    Flottins orig

    sophie-dulac

  • @ Frédéric, je trouve le "presque" plus que parfait tant il se compose au passé et se décompose sur le moment présent... :)
    @ Alice, quelle élégance lumineuse poussée au paroxysme de votre grande héroïne ! Respect pour Vous ainsi que pour cet Ange de la Patience en osant rajouter ce simple mot : Vivement...

    · Ago over 7 years ·
    Mariemad

    Ma Ma

  • Beaucoup de belles phrases dont la plupart ont été relevées. Moi j'aime particulièrement celle-ci: " Quel meilleur moment où l'on se sent maître du monde que celui où il nous échappe tandis qu'il danse au bout de nos talons aiguilles." Elle nous dit beaucoup de choses sur la condition humaine où l'euphorie est souvent proche du désespoir.

    · Ago over 7 years ·
    Default user

    arzel

  • Bravo! Un superbe texte. Un peu froid dans l'analyse du narrateur, mais il y a cette phrase: "Qu'est-ce qu'être ivre, sinon le retour brut et instantané à l'insouciance qu'on a presque violée pour la perdre ?"
    Une phrase que j'aime beaucoup, même si le "presque" est sans doute de trop.

    · Ago over 7 years ·
    Un inconnu v%c3%aatu de noir qui me ressemblait comme un fr%c3%a8re

    Frédéric Clément

  • la ligne de trop, faire le pas au-delà, la ligne blanche est rouge, plus loin l'innocence s'en va et quelle sa gueule on en a !!!

    · Ago over 7 years ·
    Page couverture avec sorci%c3%a8res 305 ko bis 326x461 rec 11

    Pawel Reklewski

  • J'adore ta plume! (je découvre).

    · Ago over 7 years ·
    20141112 173659

    alcestelechat

  • @Bout : Le texte entier est parti de cette phrase, ça me fait super plaisir que tu l'aies notée !!
    @Sweety, mon éternel lectrice qui me suit toujours autant, merci pour tes jolis mots :)
    @Wen, dont j'ai trop de mots à lire, tes commentaires me font souvent comprendre mes propres textes dans une dimension que j'ai manqué. Merci :)
    @Aglouzab : J'ai essayé de faire un fond léger, ce n'était qu'une soirée... Ça fait plus grave que ça ?

    · Ago over 7 years ·
    Img 3458

    Alice Neixen

  • @Bout : Le texte entier est parti de cette phrase, ça me fait super plaisir que tu l'aies notée !!
    @Sweety, mon éternel lectrice qui me suit toujours autant, merci pour tes jolis mots :)
    @Wen, dont j'ai trop de mots à lire, tes commentaires me font souvent comprendre mes propres textes dans une dimension que j'ai manqué. Merci :)
    @Aglouzab : J'ai essayé de faire un fond léger, ce n'était qu'une soirée... Ça fait plus grave que ça ?

    · Ago over 7 years ·
    Img 3458

    Alice Neixen

  • Wouah ! Ça marche terriblement bien, on y est, dans le haut comme dans le bas.
    Sur le bar comme devant la glace de la salle de bain avec le rimmel qui dégouline et les pieds qui font encore mal...
    5 cœurs évidemment !

    · Ago over 7 years ·
    Francois merlin   bob sinclar

    wen

  • "Cet instant imperceptible où on franchit une ligne. Une de trop."
    un texte qui résonne...

    · Ago over 7 years ·
    Suicideblonde dita von teese l 1 195

    Sweety

  • être sexy, c'est un anachronisme !!!! trop fort CDC !!!!

    · Ago over 7 years ·
    Default user

    bout

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