La voix des livres

Julien Darowski

...

Autrefois, j'étais cet arbre, à l'écorce dure,
Puisant sa force au plus proche de la nature.
Des lettres sont gravées sur mon cuir mystérieux,
Je suis un livre fait de papier granuleux.


Me voilà désormais au bas d'une étagère,
Mes pages sont jaunies et prennent la poussière ;
Nul ne me lit, pourtant je suis plein de secrets ;
Il y a dans mon sang noir bien des trésors cachés.


J'ai besoin d'un regard pour pouvoir être libre,
Pose donc tes yeux sur moi et parcours ma fibre !
Mes mots n'existent que si quelqu'un les entend !
Qui fera résonner ma prose comme un chant ?


Je suis allé partout, au milieu des nuages,
Sous le sable fin et splendide des rivages,
Sur la courbe de cet arc-en-ciel indigo
Qui forme comme un pont entre l'azur et l'eau.


Quand la nuit s'éteindra, laissant place à l'aurore,
En haut de ces sommets où la fleur vient d'éclore,
Raconte mon histoire et propage ma voix
Pour que je sois vivant une nouvelle fois !


Dans les plis reliés de ma chair magnifique,
Tu verras, en reflet, ce miroir authentique
De ta propre existence. Oui ! Nous ne formons qu'un.
Garde-moi dans ton cœur ! Serre-moi dans ta main !


La lumière est parfois prisonnière de l'ombre,
Mais ne t'attarde pas sur cette partie sombre,
Car mon ventre contient des fragments d'infini
Et tout ce qui sommeille avant d'être enfin dit.


Tu peux te réchauffer au calme de mes plaines,
Ma feuille est un buvard qui absorbe les peines.
L'Univers se déploie, palpite sous ma peau,
Vois-tu cet océan ? Entends-tu cet oiseau ?


Emmène-moi au parc que je contemple l'herbe !
Si tu ne retiens qu'un seul et unique verbe,
Puisque tout dépend de lui, ce doit être : aimer.
C'est lui qui te fera grandir et voyager.


Dans ses syllabes, l'âme, en expansion, respire ;
L'amour c'est l'indicible espoir qui fait sourire,
C'est la joie que procure un visage d'enfant,
C'est la sérénité d'un astre au firmament.


Entre ces lignes, que tu crois déjà connaître,
Il y a tant à apprendre, et surtout à transmettre,
Qu'il faudrait mille vies. Voilà une leçon :
La richesse de l'Homme est l'imagination.


C'est elle qui permet de se sortir du gouffre,
Quand la tête devient un enclos où l'on souffre.
Comment t'évader si tu n'as jamais rien lu ?
Ta pensée se nourrit de ce que j'ai vécu.


Ne m'abandonne pas refermé sur ma tranche !
Ouvre-moi, même si ma page n'est plus blanche !
Il y a dans ce récit fabuleux le destin
De tous les oubliés et de chaque être humain.


- Peinture : « À livre ouvert » de Alain Masset / http://aquarellesalainmasset.overblog.com/
- Musique : « On the Nature of Daylight » composée par Max Richter 
- Texte : « La voix des livres » écrit par Julien Darowski en 2018
  • Très beau texte , j'aime lire même si j'avoue je le fais de temps en moins , j'aime aussi l'objet je ne pourrais pas m'abonner pour lire sur une tablette. Lorsque j'ouvre un livre parfois je n'accroche pas et j'avoue le laisse dormir dans un coin mais lorsque l'histoire m'embarque je ne suis plus là je voyage et je suis actrice autant que lectrice. Je ne vais plus prendre un livre sans penser à ce texte et me dire que les livres me parlent. J'ai été absente et c'est un plaisir d'avoir la force de revenir . MERCI JULIEN.

    · Il y a environ 15 heures ·
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    Franie (Françoise) Sallé Pecquery

  • Je feuillette quelquefois les livres que je préfère. Ils sont groupés sur la première étagère de ma bibliothèque et parfois, je les caresse du regard comme pour leur dire : je ne vous oublie pas !
    Un beau texte qui leur rend bien hommage !

    · Il y a 15 jours ·
    Louve blanche

    Louve

    • Merci Martine... Je me doutais que nous étions nombreux ici à avoir un rapport particulier, presque sacré, à ces objets qui n'en sont pas vraiment... Bien à vous.

      · Il y a 8 jours ·
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      Julien Darowski

  • Entre ces lignes, que tu crois déjà connaître,
    Il y a tant à apprendre, et surtout à transmettre,
    Qu'il faudrait mille vies. Voilà une leçon :
    La richesse de l'Homme est l'imagination. <<< Le propre de l'homme est d'apprendre de ses aïeux sous peine de retourner à l'état sauvage. L'état sauvage ne sied pas à l'homme et il y payera le prix de son ignorance empruntée allègrement à la facilité. Merci pour ce beau texte.

    · Il y a 15 jours ·
    Gaston

    daniel-m

    • Merci à vous Daniel, vous avez bien raison... Sans culture ni transmission, nous en serions réduits à la sauvagerie et à l’ignorance... Amitiés

      · Il y a 8 jours ·
      3835 1154541268121 6208533 n

      Julien Darowski

  • Les livres nous apportent tellement de richesses qu'il serait dommage de les oublier sur leurs étagères.
    Ce sublime poème nous incite à les découvrir.
    Amitiés Julien.

    · Il y a 16 jours ·
    Version 4

    nilo

    • Merci Nicole pour votre fidélité sans faille. Amitiés.

      · Il y a 8 jours ·
      3835 1154541268121 6208533 n

      Julien Darowski

  • j'aime particulièrement la première strophe,
    oui tous ces livres oubliés donnent un vertige ... qui enfante à son tour des poèmes et des livres

    · Il y a 16 jours ·
    Photo

    Susanne Dereve

  • Impressionnant ! Je suis époustouflée par la beauté de ce poème, par toutes les idées profondes qu'il abrite...

    · Il y a 16 jours ·
    Coquelicots

    Sy Lou

    • Merci encore une fois Sy Lou ! Je viens de voir que vous aviez fait un texte très réussi sur le pouvoir de la peinture. Il s'appelle "le Départ" pour ceux qui voudraient aller le lire. Bien à vous.

      · Il y a 8 jours ·
      3835 1154541268121 6208533 n

      Julien Darowski

    • C'est moi qui vous remercie infiniment...

      · Il y a 7 jours ·
      Coquelicots

      Sy Lou

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