Le Cinéma de Marcel Pagnol

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A Marcus, Daniel, Edgar et Hervé, nous qui sommes déjà aussi vieux, voire plus vieux, que César ou Panisse, puisque tout cela est condamné à disparaître, et que ça ne parle plus à dégun.

  ''Tout condamné à mort, aura la tête tranchée''. Article 3, Code pénal de 1791.

 Hasard ou fabuleux signe du destin, Marcel Pagnol est né en 1895, l'année de l'invention du cinéma par les frères Lumières, à quelques encablures de la fameuse gare de la Ciotat. Enthousiasmé par "Broadway Melody", l'un des premiers films parlants, projeté à Londres en 1930, il prévoit l'éclosion du septième art.


Séduit par ce nouvel espace artistique, l'écrivain en intègre sur le champ la technicité en autodidacte ainsi qu'auprès des professionnels tout heureux d'accueillir le chantre de la concurrence principale: le théâtre. Voilà pour Pagnol une occasion inespérée d'immortaliser ses pièces et de mettre en images ses romans.


Il seconde d'abord Alexandre Korda dans "Marius" en 1931, puis Louis Gasnier dans "Topaze" et Marc Allégret dans "Fanny" en 1932. En 1933 il signe enfin son premier long métrage "Le Gendre de Monsieur Poirier" où il dépeint la lutte des classes sous la Restauration.


En habile gestionnaire, il est tout de suite producteur, possède ses propres studios, son équipe technique, ses comédiens, et ses agences de distribution. Plus rien ne peut l'empêcher de s'adonner à son style: un cinéma figuratif à forte connotation provençale où les mouvements de caméra sont comptés et surtout utilisés en plein air.


Il s'applique à refléter la société de son temps à l'image de "Topaze", ce professeur d'une infinie conformité qui se transforme en vil magouilleur. Ce grand succès connaitra trois versions: avec Louis Jouvet en 1932, Pierre Asso en 1936 et Fernandel en 1950. "Fanny" aura aussi droit à son remake en 1961 avec Leslie Caron , Horst Bucholz et Maurice Chevalier en improbable César.


La grande force de Marcel Pagnol est avant tout d'être l'inventeur d'une mythologie provençale au travers de ses écrits qu'il a magistralement su exploiter au mieux dans son cinéma.  A cela il faut ajouter bien sûr la formidable peinture du contexte marseillais retranscrit dans le grandiose triptyque "Marius, Fanny, César."


Outre l'écriture de "Topaze", il se lance dans une histoire de marin phocéen qui largue les amarres après avoir engrossé sa petite amie: "Marius" qui fut d'abord créé, coquin de sort,  au Théâtre de Paris, crève l'écran. Pagnol imagine dans l'urgence une suite, "Fanny", avant que le tout ne devienne une fameuse trilogie au retentissant succès, avec la sortie de "César" en 1936.


Le trait dominant de la Trilogie est la peinture de personnages truculents qui consacre des acteurs jusqu'ici inconnus, Raimu, Charpin, Fresnay et Demazis dans un vaudeville haut en couleur sur fond de drame familial: déchirures, réconciliations, bannissements et retours en grâce avec l'accent.


Entièrement maitre à bord, après avoir été secondé dans les deux volets précédents, Pagnol tourne un bon "César" mais ne parvient pas tout à fait à retrouver l'éclat de "Marius" ou la finesse de "Fanny". Alexandre Korda avait la griffe d'Hollywood et Marc Allégret l'audace et l'application d'un jeune cinéaste doué.


                                                        §§§


Conforté par une telle réussite, Pagnol, adepte de Giono et fasciné par l'austère campagne de l'arrière pays provençal, va s'immerger totalement dans le contexte et créer  des histoires pittoresques ayant comme vecteur principal une denrée rare: l'eau, source de convoitises, disputes, espoirs et désespoirs.


Son sens innée de la dramaturgie insuffle à ses œuvres la passion tandis que sa monumentale culture classique lui autorise des créations sur le modèle de la tragédie grecque. De plus, l'aspect bucolique des intrigues l'entraine à tourner essentiellement à l'extérieur. Il devient l'un des rares cinéastes de cette époque à maitriser ce domaine à l'égal des plus grands: Borzage, Hawks et Walsh.


Ainsi dès 1933 Pagnol adapte "Jofroi" de Giono (ou il est question de sauver des arbres fruitiers), un premier tableau campagnard de l'implacable rusticité des collines méridionales. L'année d'après survient le premier vrai chef d'œuvre du genre, "Angèle", avec le futur géant du cinéma français: le légendaire Fernandel.


Trois ans plus tard Pagnol consacre son style avec "Regain" (1937). Le décor d'Aubignane, nom du village fictif, imaginé et construit en dur par l'inégalable Marius Broquier, peut encore s'admirer du coté des Barres du Saint Esprit au dessus du mythique village de la Treille, théâtre de ''La Gloire de mon Père".


L'année d'après, il s'offre une superbe parenthèse avec ''le Schpountz''. Mais il revient aussitôt dans les collines avec l'attendrissante "Femme du Boulanger" tournée dans la foulée. Qualifiée de film parfait par Orson Welles, Pomponette restera plusieurs années à l'affiche à New York, mais nous ne saurons jamais si Johan Crawford aurait fait plier Raimu, puisque le rôle lui était un temps destiné.


La guerre n'arrête pas Pagnol. En 1940, il nous offre "La Fille du Puisatier", dernier film avec Raimu. Il réalise ensuite "Nais" (interprétée par une certaine Jacqueline Bouvier) en 1945 et ''La Belle Meunière", avec Tino Rossi en 1948. Il tirera sa révérence au cinéma avec en 1954 "Les Lettres de Mon Moulin".


A l'époque, 1952,  du tournage de son  film apothéose ''Manon des Sources'' (dont les plus jeunes connaissent mieux la version de Claude Berry) il fallait chasser les cigales du boulevard Pasteur à la Treille pour effectuer une bonne prise de son. Aujourd'hui, Pagnol aurait plutôt maille à partir avec les... portables.

                                                                                2003

  • Ah quei plaisir de retrouv8le monde de Pagnol ! Il q définitivement marqué son époque et j'espère qu'il ne tombera pas dans l'oubli tant notre monde d'aujourd'hui est prompt est friand de nouveauté et d'apparence sans jamais asseoir l'héritage culturel, pour ne parler que de celui-ci. Merci pour cette rétrospective que j'ai lu en entendant chanter l'accent et le vent !

    · Il y a environ un an ·
    Coquelicots

    Sy Lou

    • Ah. J'avais peur que vous ne mettiez votre griffe sur ce texte. C'est fait. Précieuse, comme toujours. Merci.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • D'abord, pardon pour les fôtes nombrheuses de ma raiponse... Mes lunettes m'ont fait défaut, emportées par le mistral.
      Ensuite, mes griffes ne sont pas acérées...
      Enfin, vous me qualifiez de "précieuse" ? Non... C'est que je ne sais pas faire simple dans l'expression.
      Merci à vous.

      · Il y a environ un an ·
      Coquelicots

      Sy Lou

  • Bravo et merci pour ce bel hommage à l'oeuvre de Marcel Pagnol, j'ai eu un coup de foudre pour Manon des sources, mais c'est Regain qui m'a fasciné ... quant à la gloire de mon père, cette histoire m'est inoubliable, à la fois parce qu'elle est l'enfance de l'auteur et que le film fût tourné dans ma rue à l'école même où ma fille était scolarisée enfant ... merci pour ce merveilleux moment Enzo.

    · Il y a environ un an ·
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    rosedulas

    • Très heureux que ce texte vous ai touchée. Merci pour votre témoignage, il ajoute de l'authenticité à ce portrait.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Même pas peur du temps qui .....continue

    "Vieillir a déjà commencé"..............................depuis le premier matin , le seul risque c'est de mourir ! :)

    merci cependant de cette délicatesse !

    · Il y a environ un an ·
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    anna-c

  • "et que ça ne parle plus à dégun", si, si moi ça me parle et avé l'assent en plussss !!!

    · Il y a environ un an ·
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    anna-c

    • Merci , bel hommage aux monstres sacrés. Je savais que ça vous parlerait aussi mais j'ai préféré laisser les dames en dehors de la petite dédicace puisqu'elle fait état de l'horrible temps qui passe...

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Ce qui est indissociable de Marcel Pagnol ...une histoire d'amour, une famille, un diable en velours qui unenie et qui désunit...;0)

    · Il y a environ un an ·
    Facebook

    flodeau

    • https://youtu.be/GSnlKgCoC20

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • J'ai conservé les livres de Pagnol au premier rang de ma bibliothèque. Gamine, j'ai naturellement apprécié ses films en noir et blanc. "Tu me fends le cœur !" personne n'a pu oublier cette fameuse tirade et la femme du boulanger, misère comme elle se fait "attraper" la pauvre chatte...
    Et longtemps j'ai écouté, en boucle, la musique de "Jean de Florette" et "Manon des sources" après avoir vu les films avec Yves Montand, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil etc...
    Merci pour cet intéressant récapitulatif !

    · Il y a environ un an ·
    Louve blanche

    Louve

    • Tout le plaisir est pour moi.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Fort possible :)

    · Il y a environ un an ·
    W

    marielesmots

  • Merci, oui, seulement je ne declinerais pas leur identité, par respect pour eux :) ils sont connus ...

    · Il y a environ un an ·
    W

    marielesmots

    • Ça se trouve, ond se connait.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Exact cher Edgar, erreur de ma part :) c'était bien elle qu'ils connaissaient et recevaient ...

    · Il y a environ un an ·
    W

    marielesmots

    • Je me demandais quand la fameuse Marie se déciderait à me rendre visite. bienvenue à vous. Vous connaissez des gens aux Bellons? Va falloir qu'on en parle fissa..

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Même si les oeuvres de Pagnol ne sont pas de ma génération, j'ai toujours été sensible à ces ecrits... le lieu de son enfance ne m'est pas inconnu ... Pour la petite histoire... des amis décédés de ma famille y avaient fait construire deux maisons à la Treille, une pour eux et l'autre pour leur fille, qui y vit toujours...sur des terrains achetés a la famille Pagnol, chemin des Belons a Aubagne et connaissaient sa soeur Jacqueline...

    · Il y a environ un an ·
    W

    marielesmots

    • Jacqueline, c'était la femme de Marcel Pagnol :)

      · Il y a environ un an ·
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      Edgar Allan Popol

    • Bien vu. Sa sœur c'est Germaine, ils st ts ds le même caveau.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • Ce que j'aime dans son œuvre, c'est cette poésie qui transpire un peu de partout. Elle parait presque involontaire et est de ce fait encore plus touchante. Une agréable chronique en forme d'hommage plus que mérité !

    · Il y a environ un an ·
    Gaston

    daniel-m

    • Oui, vous avez vu, j'ai pensé aux vieux schnocks du site...

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • Hé ho, j'ai 56 ans, je suis encore un gamin ! :o)

      · Il y a environ un an ·
      Gaston

      daniel-m

    • Plus vieux que Volk? Pas possible...

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • C'est grave docteur ? ;o)

      · Il y a environ un an ·
      Gaston

      daniel-m

  • Ah merci Enzo de nous emmener au pays des cigales en ce début de week-end.....
    Ces films ont marqué mon enfance et je les revois avec bonheur....
    Nostalgie de ces monstres sacrés: Jouvet, Raimu, Fernandel, Fresnay....
    et la fameuse partie de cartes qui résonne encore dans nos têtes....

    · Il y a environ un an ·
    Oeil

    anne-onyme

    • Merci , bel hommage aux monstres sacrés. Je savais que ça vous parlerait aussi mais j'ai préféré laisser les dames en dehors de la petite dédicace puisqu'elle fait état de l'horrible temps qui passe...

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • Délicate attention....

      · Il y a environ un an ·
      Oeil

      anne-onyme

  • 1954, Pagnol s’éteignait. 1954, je m’allumais. Certes, le théâtre et le cinéma n’a pas gagné au change. Belle rétrospective de l’œuvre de Pagnol. Au fait, entre nous « avec l’accent », se dit ; « avé l’assent » chez nous, par contre on dit ; Avec, César ! (pas celui de Pagnol, l’autre) Je te salue !

    · Il y a environ un an ·
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    Hervé Lénervé

    • Si toi aussi tu as l'assent, alors, ce n'est plus pareil mon ami.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • P.s: 54?année érotique. Moi je suis plus jeune, mais déjà aussi vieux que Raimu dans Marius;

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • D’aprés Gainsbourg, c’était ; 69, anus cunnilingus.

      · Il y a environ un an ·
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      Hervé Lénervé

    • Anus gestationus pour moi

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • je regarde "Angèle" ce soir, pour Fernandel , indissociable de Pagnol dans mon souvenir !

    · Il y a environ un an ·
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    Susanne Dereve

    • Oui ils sont incontournablement indissociables. Merci.

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • C'est surtout Raimu (Jules Muraire) qui était indissociable de Marcel Pagnol :)

      · Il y a environ un an ·
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      Edgar Allan Popol

  • Vos lignes nous emmène en Provence, cette promenade dans la garrigue pour la fille du Nord que je suis a le goût des vacances et des jours heureux. Merci infiniment. Votre nostalgie nous caresse par l’enfance et malgré un attachement tout particulier à mon portable que j’avoue sans honte je garde au cœur le chant de vos cigales.

    · Il y a environ un an ·
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    sandrine-p

    • Pagnol, le prof d'anglais, vous aurait confisqué votre portable pour ne pas perturber le tournage...

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • J'ai relu Pagnol dans ma grande solitude de cet été ; je me suis attardé sur ce Canal du Midi et passé à proximité du Chateau de ma mère...

    Ah le charme des films français en noir et blanc... Tout une époque. Tout ça a déjà disparu...

    · Il y a environ un an ·
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    Marcus Volk

    • C'est, dans la solitude, face à soi même que la vérité rejaillit. Peu sont capables de l'affronter

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

  • AH ! Excellent. Je me demande si Pagnol est encore étudié en 5° ? (au fait ça se rapproche...)

    · Il y a environ un an ·
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    Marcus Volk

    • 16 jours avant le choc des titans

      · Il y a environ un an ·
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      enzogrimaldi7

    • Tu as réussi à m'arracher un sourire

      · Il y a environ un an ·
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      Marcus Volk

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