Crime scene do not cross

blonde-thinking-on-sundays

Je ne sais ce qui m'attira tout de suite chez elle.

Sans doute ce visage fermé.

Cet air concentré et tellement sérieux qui vous invite à la fuir, ne pas l'aborder. Un air emprunté peut-être, un peu hautain, qui vous ignore sciemment et vous donne des envies subites de conquête de l'ouest, un goût du challenge…

Elle n'était pas comme la plupart des new-yorkaises, ces femmes apprêtées, campées sur leurs "Jimmie Choo" assorties à la couleur d'un sac à main méthodiquement choisi le matin. Non, elle était bien plus que ça...

J'étais à New York depuis un mois, lorsque je décidai de pousser la porte d'une des 464 salles de sport de Manhattan. Étranger dans cette ville bourdonnante, j'avais pensé, pour me fondre dans la masse, imiter mes nouveaux compatriotes pressés. Aussi, un jour, comme eux, je quittai après le travail mon costume d'homme besogneux, sautai dans mes baskets, et  suivant au hasard des rues un tapis de yoga bleu, je me retrouvai devant la vitrine embuée d'un de ces temples du bien-être, ouverts 24 heures sur 24. J'y trouvai très vite ma place, entre les bancs de musculation et les elliptiques, évacuant comme les autres dans la transpiration, les tensions de ces journées passées à courir après le temps. 

Très vite, je m'amusai à observer ce petit monde de t-shirts mouillés. Comme ailleurs, les plus vaniteux s'accaparaient le pouvoir sur les plus transparents, s'imposant en sportifs exemplaires. Les hommes les plus solides, paradaient les muscles saillants parmi la fonte et choisissaient l'air absorbé, la charge la plus lourde qu'ils brandiraient avec fierté, les veines gonflées. De petits sbires grassouillets préparaient leur barre en silence, rêvant un jour de surpasser leur maître et s'extasiant devant autant de fonte soulevée. Les plus jolies filles, celles à la plastique parfaite, monopolisaient pendant des heures, les tapis de courses. Leurs fesses galbées, moulées dans des micro-shorts indécents,  rebondissaient en rythme sur les machines infatigables. J'aimais regarder toutes ces poitrines alignées, frétillant dans leur brassière de nylon. J'imaginais que le paradis devait certainement ressembler à ça. A des brochettes de seins à portée de main, sautillants dans des corsages perlés et luisants de transpiration ...

Les adeptes des burgers quant à elles, ne pouvaient espérer atteindre la longue rangée de tapis de courses et se contentaient des rameurs et des séries d'abdominaux au sol.

Et puis il y avait cette fille.

Petite, pâle, pas particulièrement jolie, vêtue tous les jours d'un pantalon de jogging trop grand et d'un t-shirt noir "I Love New York". Les écouteurs de son mp3 vissés sur ses oreilles, elle se coupait du monde et ne semblait prêter attention à personne, ni considérer d'ailleurs qui que ce soit. Hautaine donc. Elle enchaînait les exercices sans relâche, avec résistance et endurance. Les coureuses venaient la chercher lorsqu'elles libéraient un tapis. Elle m'intriguait. Très vite, je compris que j'aurais pu vendre ma mère pour percer la brume mystérieuse collée à la peau de cette inconnue. Alors je devins le plus assidu des adhérents de cette salle de sport, quittant le travail de bonne heure, attendant son arrivée tous les jours, épiant le moindre de ses gestes, la frôlant insensiblement à la fontaine à eau. Elle ne parlait à personne, si ce n'est parfois en partant, elle tenait la porte à une des belles plantes occupée à ceinturer son manteau dans le froid de l'hiver approchant.


Un lundi soir comme les autres, alors que je me précipitais de par les rues, impatient de prendre mes doses quotidiennes de dopamine, de contemplation mammaire et de désir énigmatique, je trouvai porte embuée close et foule de sportifs frustrés, amassés devant un ruban jaune, sur le trottoir. "Crime scene, do not cross". Décontenancé et cherchant à comprendre ce qui s'était passé, je sentis alors une main légère se poser sur mon avant-bras. Tournant la tête, je reconnus l'objet de mes fantasmes. Elle m'adressa son tout premier sourire :

"- Sandy won't run anymore..."

Et dans la nuit précoce de décembre, elle disparut au coin de la rue...

 

  • J'aime beaucoup! Re Bonne chance kiss

    · Ago over 5 years ·
    One day  one cutie   23 mademoiselle jeanne by davidraphet d957ehy

    vividecateri

  • oh je suis passée à coté de ce texte que je viens de lire dans la catégorie des concours!!c'est top !
    "Sandy won't run anymore..." ca me fait marrer malgré le sujet!!bonne description et très bonne idée!!!

    · Ago over 5 years ·
    Suicideblonde dita von teese l 1 195

    Sweety

    • Ah ah merci Sweety ! J'ai voulu une phrase rigolote, merci de l'avoir remarquée ;)

      · Ago over 5 years ·
      1

      blonde-thinking-on-sundays

  • bien joué !

    · Ago over 5 years ·
    P 20140419 154141 1 smalllll2

    Christophe Paris

    • Merci ! Et pourquoi j'ai plus de nouvelles bichon ?

      · Ago over 5 years ·
      1

      blonde-thinking-on-sundays

    • une semaine que j'ai cassé mes lunettes , j'écris à la loupe et je tiens max 15mn après j'ai mes gneux qui pleurent, ira mieux mardi qd j'aurai les nouvelles, bijes :)

      · Ago over 5 years ·
      P 20140419 154141 1 smalllll2

      Christophe Paris

    • ptdr, quoi tu es en train de vendre ton appart pour te payer des lunettes ? Comme dans la pub ? Gros bisous !

      · Ago over 5 years ·
      1

      blonde-thinking-on-sundays

  • Pas mal du tout. Intrigant et fantasmagorique juste comme il faut.
    Peut-être aurais-tu pu exacerber un tout petit peu plus cette rivalité qu'on ne devine pas avant la fin.

    Pauvre Sandy...

    · Ago about 6 years ·
    Francois merlin   bob sinclar

    wen

    • Oui c'est vrai, après réflexion ma fin est perfectible Wen... J'avais pas envie de partir dans le meurtre pur et dur... Suggérer me paraît plus à ma portée...

      Sandy's dead :)

      · Ago about 6 years ·
      1

      blonde-thinking-on-sundays

    • Non justement, ta fin est très bien, je l'aime beaucoup telle qu'elle est. Mais c'est dans le corps du texte qu'il faudrait peut-être la faire apparaître. Je ne sais pas, peut-être évoquer ZE fille of the salle de sport, celle autour de qui papillonnent tous les hommes, celle aux courbes parfaites, aux petits seins parfaitement ronds et fermes, à la queue de cheval virevoltante lorsqu'elle court sur le tapis, celle à la brassière en nylon la plus rose flashy, la barbie de service quoi, sans en dire plus pour autant.
      Et à la fin, bam !
      Sandy's dead Baby ! Sandy's dead...

      · Ago about 6 years ·
      Francois merlin   bob sinclar

      wen

    • lol t'es trop fort

      · Ago about 6 years ·
      1

      blonde-thinking-on-sundays

  • J'aime beaucoup l'univers que tu as créé!

    · Ago about 6 years ·
    318986 10151296736193829 1321128920 n

    jasy-santo

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