Paulette

Stéphan Mary

Paulette par ci Paulette par là alors Paulette elle dit merde ! Le bureau, elle n’en peut plus ! S’asseoir pendant des années à la même place, le cul sur la même chaise ; être l’éternelle copine de Marthe sa collègue, qui prépare sa retraite qu’elle prendra dans sept ans. Mais Marthe parle déjà de son pot de départ. Paulette va craquer.

L’abruti de jeune cadre supérieur la met hors d’elle mais cette colère accumulée depuis des années reste silencieuse. Paulette encaisse.

Les copines sont les voisines du même lotissement de pavillons. Une fois par semaine elles se retrouvent toutes les six devant Desperate housewives. Paulette est comme Linette, submergée et incomprise. Paulette aime bien Linette.

Paulette songe qu’il faut qu’elle fasse les courses. Elle ira vendredi soir à vingt et une heure après le travail. Elle songe que Régis pourrait les faire mais Régis ne fait rien. Régis est un con. Paulette se dit une fois de plus qu’il faut qu’elle le quitte. Elle a en tête le mot qu’elle lui laissera « Je pars, seule. J’en ai besoin.

Au fait, je te quitte. Paulette. »

Paulette aborde la cinquantaine avec l’intime conviction que les choses doivent changer mais elle a l’impression d’avoir les deux pieds dans la glue. Paulette s’énerve car plus elle sent ses neurones  en ébullition, plus elle s’enlise dans les sables mouvants de l’immobilisme.

Mais aujourd’hui Paulette s’en fout ! Elle se sent forte. Elle prépare sa soirée d’anniversaire avec l’étrange sentiment que la cocotte va exploser si elle ne fait rien. Ce soir, devant tout le monde, Paulette a prévu de brandir son billet d’avion pour les States  Aller simple ! Retour si elle veut.

Tout à coup, alors qu’elle regarde par la fenêtre, elle se fige et songe   « Paulette mais qu’est ce que tu fais ? Ton avion est dans six heures, tu as le temps… de foutre le camp ! ». Elle saisit le téléphone, appelle un taxi, attrape ses valises et claque la porte. Paulette s’en va.

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