UN MATIN, ELLE A OUBLIE QUI J'ETAIS

thelma

Elle a perdu le fil de ma vie, coupé tous les liens
qui me reliaient encore à cette enfance décharnée.
Elle a fermé tous les tiroirs, tiré un trait sur toutes
les images, mis en viager mon cœur pour que mon âme
s'en sorte. Elle a claqué les portes et elle s'est assise
dans cette obscurité salvatrice.
Une antichambre de survie, un néant qui hurle son silence
et qui me montre, avant l'amnésie, les dernières images
d'un monde à jamais révolu.

Elle voit cette petite fille assise parterre et qui pleure.
Accusée de chagrin illégitime,
ils l'ont alors condamné à perpétuité.
Des années de réclusion
pour voir le monde telle qu'ils la voient, suivies d'années
de choix controversés pour éveiller leur conscience
à son existence.

Un matin elle a oublié qui j'étais…
Elle a vu les dernières traces de moi, elle a tout rangé
dans les valises, les bavures et le reste...et elle est sortie
plus légère qu'à son arrivée. Elle est allée jusqu'au
pont des suicidés pour balancer les restes d'un calvaire
trop longtemps enduré.

Elle a suicidé mes aigreurs, leurs erreurs, mes regrets
et mes remords. J'ai retrouvé ma langue et mes origines
en jetant ma mémoire… elle a reformaté ce qui restait
de mon âme pour apprendre à mon cœur comment battre
au diapason des cadences sereines.

Cette nuit se répand enfin comme une promesse d'apaisement,
elle éclaire le ciel de sa lune changeante pour noyer
mes yeux de la fin des pleurs.
Désormais, elle habite en moi et veille à ce que l'ombre
de moi-même demeure amnésique…
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